A L’ORIGINE, UN MARIAGE

A la mémoire de M. le marquis Etienne des ROYS

La présence d’un château encore habité et parfaitement entretenu dans le petit village d’Echandelys m’a toujours interpellé et m’a donné envie d’en savoir plus. En effet, sur tous les habitats châtelains fortifiés ou non du canton de Saint Germain l’Herm, sites parfaitement connus et recensés (en particulier par l’ouvrage de Michel GAGNAIRE(1)), bien peu ont survécu jusqu’à nos jours. Les châteaux des puissantes familles de la Fayette ou de Montboissier ont (presque) totalement disparu, les châteaux des seigneurs de Condat ou de Fournols ne sont plus qu’un vague souvenir qui va en s’amenuisant dans la mémoire collective. Seules des maisons nobles construites sans but défensif sont encore présentes (château de la Bessière à Aix la Fayette, château de Libertie à Condat les Montboissier par exemple). Cette pérennité a été rendue possible par l’implication locale d’une famille noble, la famille des ROYS qui s’est implantée dans la paroisse au début du XVIe siècle. Comment un cadet du Velay a pu donner naissance à une dynastie locale dont le nom ne s’est éteint que récemment par le décès de M Etienne des ROYS, dernier marquis des ROYS? L’ouverture récente des archives du château par la famille du marquis des ROYS (en particulier sa sœur Hélène des ROYS, et son neveu Amaury de MERODE) m’a permis de comprendre. Qu’ils en soient ici remerciés.

LE DOCUMENT :
Il m’a donc été permis de consulter les pièces contenues dans la bibliothèque du château d’Echandelys et, outre de multiples ouvrages d’érudits des XIXe et XXe siècles concernant l’histoire de l’Auvergne, j’ai pu découvrir la transcription faite sur du papier bible de l’équivalent du chartier de la famille des ROYS, relié en 12 tomes, tapé à la machine et reprenant tous les documents présents dans la bibliothèque. Cette transcription de plusieurs centaines de documents, non datée et non signée a certainement été réalisée vers le milieu du XXe siècle, peut-être par Me BANIERE, avocat, ou par Me QUIQUANDON-QUIQUANDON, notaire et amis de la famille des ROYS. Les documents transcrits sont certainement présent dans la bibliothèque, classés, mais non encore accessibles, en partie faute de temps. Je ne désespère pas avoir accès à eux, dans un avenir proche, avec l’aide du prince de Mérode, lui aussi intéressé par le passé de cette branche de sa famille.
Si la première mention(2) de la famille des ROYS est retrouvée dans la charte des croisades de la Bibliothèque Nationale (Jean des ROYS fit partie de la 7e croisade (1248-1254) , Jean ROAIS, chevalier, sans doute le même, devient en 1253 propriétaire grâce à la vente effectuées par Jean CHARDONNAL, chanoine de Saint Georges du Puy, d’un moulin, d’une maison et de divers cens et rentes autour du Puy. La famille, appartenant à la noblesse d’épée, est donc dans la mouvance de la famille de SOLIGNAC, elle-même dépendant de la famille de POLIGNAC. Progressivement, le chartier égrène les actes notariés ainsi que les actes d’état civil jusqu’à la fin du XIXe siècle, permettant de suivre la famille du Brignon (diocèse du Puy en Velay), jusqu’en Normandie, en passant par Auzat, la région de Thiers, puis s’éloignant progressivement en Limousin, dans l’Allier et enfin en Normandie.
Le premier document concernant Echandelys est donc le contrat de mariage entre Valentin des ROYS et Marie de BOURDELLES transcrit ci-dessous :
A tous ceux qui ces presentes lectres verront et orront Alain DUTERME, bachelier en loix, garde et tennent le scel royal aux contraitx en la terre et baillage d’Usson, en Auvergne, estably, salut.
Scavoir faisons que par devant noz amés Estienne DEBOS, bachelier en decretz et Guillaume BAUDON clertz, feals notaires jurés dudit seel et de nous, ausquieulx quant à oyr, passer et recevoir en lieu de nous le contenu en ces présentes avons commis depputés et par ces présentes lectres commectons et deputtons totellement noz fource, pouvoir et auctorité, personnellement establys noble homme Valentin de ROYS, de la paroisse de Sainct Martin du Brinnon, en l’avesché du Puy pour soy et les siens à perpetuité, d’une part et demoiselle Marie de BOURDELLES, veuve de feu PONTHUS, bastard de COYSSE dame ses droictz. elle non estand en puissance d’autruy, ainsi qu’elle a affermé par son serement pour elle et les siens à perpetuité, d’autre part, les dictes parties, une chacune d’icelles tant que leur touche et peut toucher, de leur bon gré, pure, franche et irrévocable volunté, ont cogneu et confessé et par devant les dits notaires et tesmoigne cy amprès nommés congnoissent et confessent que entrevenent le traictié d’aucuns parens et amys des dictes parties, a esté traictié et accordé de faire fiancailles par paroles advenir, en esperance de acomplir mariaige au nom de Dieu, et en face de Saincte mère Esglise par paroles de présent entre ledit Valentin de ROYS, et ladite Marie de BOURDELLES, expoux advenir, au contraict duquel mariaige et par faveur et comtemplacion d’icelluy . ladicte Marie de BOURDELLES, c’est constituée en doct et chencere et par manière de dot audit Valentin de ROYS, son dit expoux advenir, elle, ensemble tous et chacuns les biens à elle appartenens et constitués en contrat de son premier mariaige tant par feus nobles hommes Jacques, Guilliaume et Loys de BOURDELLES ses frères, que aussi par vennerable personne messire Glaude de BOURDELLES, son oncle, que à elle advenue par le decès et trespas dudit feu PONTHUS bastard de CÖYSSE, son premier mari, en vertu et sorte du contenu es lectres de mariaige confectes, receues et passées par les notaires soubz escriptz, ensemble maistre Jehan FLOQUET, lesdits biens contenus et declarés esdictes lectres de mariaige ; ad ce ont estés présens et personnellement establys ledit messire Glaude de BOURDELLES, prebstre curé du Vernet, et ledit noble homme Loys de BOURDELLES, son nepveu et frère de ladicte Marie, lesduieulx en aulmentacion de ladite dot et chanière à ladicte Marie donnée et constituée par sondit premier mariaige, comme dit est, de leur bon gré, pure, franche et agréable volunté ont donné et constitué à icelle Marie et par elle audit Valentin son dit expoux et es descendens de ladicte Marie, les biens et choses qui s’ensuyvent, et premièrement : la moytié par indivis d’une vigne assise et située au vinoble d’Usson et au terroir appelé de la Peyreura, contennent sept (…) de vigne ou environ, jouxte le chemin public d’une part, la vigne de Jehan AMOUROUX à cause de sa femme d’autre part ; item plus ung pré contenent deux (…) de pré ou environ, situé es appartenances du Romier au terroir de (…) ; item plus tous et chacuns les cens et rentes de ladite de BOURDELLES, appartenans dans la paroisse des Chandellis, soient deniers, grains, gellines maneuvres, et autres droicts et directe seigneurie en quelque part et par quelconques héritaiges es dits de BOURDELLES, appartenans en et dans ladicte paroisse des Chandellis, desquieulx cens et rentes et héritaiges lesdicts de BOURDELLES, oncle et neveu ont constitué les ditz expoux advenir procureurs, propriétaires, seigneurs et possesseurs, comme en leur chose propre, en couraige et intencion de transferer et transpourter et ont iceulx de BOURDELLES, oncle et neveu transféré et transpourté et par ces dictes présentes lectres transferent et transpourtent ausdiz expoux advenir et à leurs hoers et successeurs, ayant cause, à perpetuité la seigneurie, possession et propriété des dictes choses, en dot, données et constituées dessus déclarées et que d’icelles les dits de BOURDELLES, ont tiegnent et possedent, avoient, tenoient et possedoient paravant ce present contraict, icelles mesmes ont velu et se sont constituées tenir, pourter, jouyr et posseder au nom de précaire, prouffit et utilité desdits expoux advenir et des leurs jusque avec que les ditx expoux advenir ou les leurs ayent prins de fait la réalle, actuelle et corporelle possession et saisine desdictes choses en dot données et constituées, dessus déclarées ; laquelle possession et saisine ont volu et consenti les dictz de BOURDELLES, que les dictz expoux ou les leurs, tantes et quantes fois qu’ils vouldront et quand il leur plairra, de leur auctorité privée, et sans demander à nully congié et licence, ou actendre autre mandement, puissent prandre et prinse, la retenir à eulx ; et avecques ce lesdictz de BOURDELLES, rien de droit, action, possession, saisine, propriété, droicture, devoir, seigneurie, cause querelle, question, peticio et demande réelle, personnelle et autre quelconque n’ont retenu ne reteignent esdictes choses données, dessus déclarées ; esquelles choses données et constituées, dessus déclarées, iceulx de BOURDELLES, s’en sont desmis, dessaisis et devêtus et en ont saisi et investu, saisissent et investent lesdicts expoux advenir par l’octroy et concession de cesdictes presentes lectres, priant et requerant iceulx de BOURDELLES, par cesdictes présentes lectres le seigneur ou seigneurs censiviers, feodal ou feodaux dont les dictes choses données et constituées sont tenues et movens en sa seigneurie ou censive ou leurs gens ad ce commis, que lesdictz expoux ou les leurs en veulhent recevoir à vassaulx et tenanciers, et pour bailher autrement, de fait ausdictz expoux advenir, si mestier est ou es leurs, la realle, actuelle et corporelle possession des dictes choses données et constituées, dessus declarées et en faire recevoir vassaux et tenanciers lesdictz expoux advenir et les leurs et leurs faire les deyte, response et lieteralle recognoissance desdicts cens, rentes, droictz et devoirs es tenanciers des heritages, doivans iceulz cens, rentes et autres devoirs et droict dessus déclarées a la seule simple et extrajudiciaire requeste desdictz expoux, ledit mariage célébré et a comply en consommé et faicte ladicte response et licteralle recognoissance, en quicter iceulz tenanciers de la nouvelle perception desdiz cens et pour ce faire, iceulz de BOURDELLES, ont fait, estably et constitué leurs procureurs, acteurs, négociateurs et messagiers genneraulx et spéciaulx, c’est assavoir Guillaume BAUDON, Etienne MOLINIER et Guillaume BONNAT, et le porteur des présentes et chacun d’eulx, seul et pour le tout, en tel façon que ce que par aucun d’eulx aura esté en ce fait (…) u commencé par qui que ce soit des autres procureurs puisse estre parfait et acomply, esquieulx procureurs et chacun d’eulx seul et pour le tout ont donné et par ces présentes lectres donnent iceulx de BOURDELLES, plain pouvoir, auctorité, commission et cestuy expres mandement de toutes et chacunes ces choses et autres, au cas afferans fere et exercer en jugement et dehors tout ainsy que iceulx de BOURDELLES, par eulx mesmes feroient et faire pouroient se presens y estoient ; item plus ont donné et donnent iceulx de BOURDELLES, ausdiz expoux advenir deux peres de beufz et six vaches bonnes et souffisantes pour mectre et meubler à la metairie appellée des Bordes, donnée et constituée à ladicte Marye par sondit premier mariaige, à les balher et randre endiz expoux advenir par lesdictz de BOURDELLES, oncle et neveu, incontinent après le dit mariaige celébré et consommé, et pour ce que la maison et mectarie des Chandellis, a la dicte Marie, appartelement à cause de la succession et trespas du dit feu PONTHUS, son premier mary, est empeschée ou quoy que soit litigieuse entre le procureur du roy, au baillage de Montferrand, comme demandeur et ladicte Marye, deffendersees, lesditz oncle et neveu ont promis et promectent garentir et deffendre esdiz expoux advenir lesdictes maison et mectairie envers ledit procureur du roy, ou ses seccesseurs et randre quicte de tous arreyraiges de cens a obligé jusques aujourduy, item et la somme de deux cens livres tournois restans a payer par le dit messire Glaude, à la dicte Marie de dit son premier mariaige, le dit messire Glaude, a promis payer à la dicte Marye, et par elle au dit Valentin, son expoux advenir et es descendans de la dicte Marye, es termes qui s’ensuyvent, c’est assavoir la somme de cinquante livres tournois du jour de la célébration du dit mariaige en ung an prouchain advenir autres cinquante livres tournois d’illes en ung an et ainsi d’an en an, au dit jour de la célébration du dit mariaige cinquante livres tournois jusques à entier payement de la dicte somme de deux cens livres tournois ; et par le moyen des choses dessus dictes et en faveur et contemplacion d’icelluy mariaige le dit Valentin, expoux advenir a donné en douhaire, au nom de douhayre à la dicte Marye, sa dicte expouze la somme de cent ecus d’or pour icelle somme estre mise et employée en chevance, domayne ou heritaiges pour d’iceulx jouyr par la dicte Marye, sa vie durant, au cas que le dit expoux iroit de vie à trespas, la dicte Marye, à luy survivant ; item plus, en joyaulx la somme de cent livres tournois, et au cas que restitution des dits biens detaulx auroit lieu, par le temps advenir, icelluy Valentin de ROYS a obligé à la dicte Marye, tous et chacuns ses biens meubles et immeubles, presens et advenir ; et a ceste reconvenance entre les dictes parties et du voloir et consentement d’icelles et de chacune d’elles et en faveur et contemplacion du dit mariaige que au cas que le dit Valentin, expoux, yroit de vie à trespas, sans enfans descendens de luy, ou en enfans qui apres trespasseroient sans enfans du dit mariaige, en icelluy cas la dicte Marye, expouse gaignera à icelle appartiendra et es biens à perpetuité la dite somme de cent cinquante livres tournois par le dit expoux advenir, payée realement et de fait, ensemble tous et chacuns les biens meubles au dit expoux advenir, à l’eure de son trespas appartenans ; et au cas contraire, c’est assavoir que la dite Marye yroit de vie à trespas, sans enfans descendens du dit mariaige ou les dix enfants sans enfans, son dit expoux advenir à elle survivant icelluy expoux gaignera et a luy appartiendra et es siens à perpetuité les dictes maison et mectairie des Chandellis, avec ses aises et appartenances quelconques, ensemble la moytié de la dite vigne dessus confinée, pour d’icelle jouyr sa vie durant tant seulement ; et pour ce que au dit premier contraict de mariaige, par la constitution de la dite dot furent donnés à la dicte Marye, et par elle au dit feu PONTHUS, ung lit de plume garny, bon et souffisant, sellon l’estat des parties, ensemble un coffre de chayne aussy bon et souffisant qui pas n’ont esté payés à la dicte Marye, ne autre pour elle, à ceste cause les dis de BOURDELLES, oncle et neveu ont promis et promectent payer es diz expoux advenir les ditz lict et coffre incontinent amprès le dit mariaige célébré et accomply. Et en oultre a volu et consenty icelluy Valentin, que la dicte Marye, sa dicte expouse future au cas qu’elle survesquit à son dict expoux advenir, que la dicte Marye soit administraresse legitime de ses enfants et biens quelxconques, sans ce que la dicte expouse soit tenue prandre iceulx biens par inventaire, ne en rendre aucun compte et reliquat ; et moyennant les choses dessus dictes les dits expoux advenir et ung chacun d’eulx tant que leur touche et peut touché, ont loué, approuvé, confermé et ratiffié et louent, approuvent, conferment et ratiffient les quictances et autres choses contenues et déclarées audict premier mariaige toutes lesquelles choses dessus dictes, ainsi que dictes est, faictes et passées, ont promis et promectent les dictes parties et une chacune d’elles pour tant que une chacune partie touche et peut toucher moulz l’ippotheque et de tous et chacun leurs biens, meubles et immeubles, presens et advenir et ont juré sur sainctz euvangiles de Dieu, iceulz manuellement touchés, tout ce que dit est actaindre, tenir et encontre non venir et que icelles parties et chacune d’elles n’ont fait ne dit, fairant ne diront, doresenavant chose quelconque par laquelle les choses dessus dictes n’ayant bonne et valable fermeté ; et oultre, iceulz de BOURDELLES, oncle et neveu, à leurs propres coustz et despans, garantir et deffendre ausditx expoux advenir et es leurs, à perpetuité les dictes vigne et pré et autres choses en dot données et constituées dessus déclarées, envers tous et contre tous, de tous troubles, debtes, ypothèques, obligations et autres empeschemens et disturbes en jugement et dehors et neantmoings, icelles parties une chacune d’elles pour tant que leur touche et peut toucher leur propre randre et restituer tous despans, couslz, missions, decostemens, interestz et dommaiges qu’elles et chacune d’elles ou les leurs fairont ou soubstandront, porront faire ou soubstenir par faulte de actandre et tenir les choses dessus dictes et chacune d’elles et ont renoncé et renoncent les dites parties et chacune d’elle en cestuy fait et par leurs dits seremens à la exception des dictes confessio, recognoissance, promesses, doimacions, constitutions, pactes, convencion restitucion de dot et traictié dudict mariaige que autres choses dessus dictes non avoir esté faictes, dictes ne passées, ainsi que dessus est dit et à toutes autres excepcions tant de fait, de droit d’usaige que de costume et autres, par lesquelles les dictes parties et chacune d’elles ou les leurs porroient venir à l’encontre des choses dessus dites et chacune d’elles, et au droit disant la generalle renonciacion non valoir se n’est que la spéciale précède ; et ont volu et consenty, veulent et consentent les dictes parties et chacune d’elles, pour tant que leur touche et peut toucher elles et les leurs, hoirs et successeurs, pour ce devoir estre contrainctz et compellés par nous tenant le dit sel ou par celluy qui au temps advenir sera en lieu de nous, par la prinze, vante et exploictation de tous et chacuns leurs ditz biens et sans monicion, conié, licence de ladicte court précédente pour actandre, tenir accomplir, garder et observer toutes et quelconques les choses dessus dictes et chacune d’elles, quelconque privilège ad ce contraire nonbstant.
En tesmoign desquelles choses dessus dictes, nous, à la relacion des dictz notaires qui feablement nous ont rappourté les choses dessus dictes et icelles par devant eulx et de nostre auctotité avoir esté faictes et passées, présens et appelés pour tesmoigns : nobles hommes Henry du BREULH, seigneur de Colombier ; Symonet de ROYS, seigneur dudit lieu, Jehan de la RODE, de Senenjols, religieuse personne frère Anthoine GUEYTON, prieur d’Usson, et messire Anthoine CLUZE, prebstre, ausquelz notaires et a leur dicte relacion nous avons adjousté plaine foy, et à ces presentes lectres qui sont tripples, avons mis et apposé ledict seel que nous tennons. Fait et donné le septiesme jour du moys d’AVRIL l’an mil cinq cens et deux.

ETAT DES LIEUX EN 1502.

Lorsque Valentin des ROYS s’installe en 1502 dans la paroisse d’Echandelys, celle-ci se situe géographiquement dans la mouvance de deux familles puissantes qui s’en partagent le territoire. Au nord-est, le seigneur de Montboissier règne comme haut justicier sur les hameaux et domaines de Roure, la Faye durif, Labat, Chabreyras, le Buisson, le Fau Plantat, Coppat, Chers, le molin de Giry, le molin neuf, les Vers, Lossedat, les Enclos, Coudeyras, Louspeux, les Bordes ainsi que ses moulins. La justice de la Fayette quant à elle concerne le bourg d’Echandelys, le moulin de la Maillerie qui lui est rattaché parfois, le Mas, Fiosson, Paret, Montchal, Longechal, le Cluel, Lestrade, le Brut, Langlade, la Foresterie, la Sibaudie et son moulin. La famille de Montboissier, intimement liée à la famille de Polignac qui possédait le fief de Roche-Savine, fait construire le château dont elle prend le nom à la fin du Xe ou au début du XIe siècle. La justice de Sugères, née d’un démembrement de la justice de Montboissier en raison du partage de la terre de Montboissier par les héritiers de Jacques de Montboissier-Beaufort-Canillac à sa mort à la fin du XVIe siècle prend alors le relais de la justice de Montboissier. Bien que la famille délaisse le château de Montboissier relativement tôt, la justice y est rendue lors d’assises, tenues respectivement à Sugères, Condat puis Echandelys, Saint Eloy et Egliseneuve, dont la dernière eut lieu en août 1789.
La famille de la Fayette, possessionnée dans la partie sud est de la paroisse, est elle aussi connue dès le XIe siècle lorsqu’un Motier fait une donation à l’abbaye de Sauxillanges (cartulaire de Sauxillanges, charte 800). Elle a le contrôle du bourg où elle exerce le droit de haute justice, ce qui permet à François, comte de la Fayette, de se faire reconnaître le droit au XVIIIe siècle de faire peindre une litre funéraire à l’intérieur et à l’extérieur de l’église d’Echandelys. Là encore, la famille la Fayette quitte relativement tôt son château situé dans les confins de la paroisse d’Aix mais y conserve des biens puisque le premier septembre 1649, Jean de la Fayette, gouverneur du duché de Nevers, nomme François des ROYS gouverneur des terres de la Fayette et Echandelys, avec pleins pouvoirs(3).
Toutefois, la présence de ces deux centres de pouvoir ne doit pas faire oublier celui de la puissance royale qui se manifeste de plusieurs façons. Tout d’abord, le registre de levée de taille de 1350 fixe les Deux Frères, le Mas, la Cibaudie, la Foresterie Echandelys et le Cluel dans la mouvance de la seigneurie d’Usson, qui faisait partie du domaine des comtes d‘Auvergne et dont la légitimité au haut Moyen-âge est issue du pouvoir royal. Enfin, la persistance de la forêt royale de Bois-Grand comme dernier reliquat d’une immense zone de saltus royal, faisant partie du fisc, est prouvé par la longue bataille juridique commençant au XVe siècle et trouvant son issue par un jugement rendu le 13 messidor an V (premier juillet 1797). D’une étendue beaucoup plus vaste (elle englobait entre autres l’actuel bois de Mauchet), on voit sa superficie se réduire au cours des siècles, en partie en raison d’une usurpation par les riverains et sa dégradation est telle que certaines zones sont aliénées en 1729 moyennant redevance au Roi des nouveaux occupants. Un processus antérieur a pu être à l’origine de la création des hameaux de Deux Frères et plus tardivement de la Foresterie entre autres. Mais l’amputation la plus manifeste est le fait des seigneurs locaux de Guérines et de la Fayette dont le commissaire du pouvoir exécutif concède qu’ »une portion de ce terrain avait passé dans les temps les plus reculés aux ci-devant seigneurs de Guérines et de la Fayette(4)». Il est vraisemblable qu’une partie de cette forêt constitue actuellement le bois du Marquis, propriété de la famille des Roys.
La famille des Roys se trouve donc très tôt en rapport avec les familles de la Fayette comme nous l’avons vu ci-dessus, mais aussi avec le seigneur de Guérines puisque lors de la donation de Marie de Bourdelles, veuve de Valentin des Roys, en 1532, celle-ci est propriétaire du bois de la Carroite, de la justice de Gérines et en indivision avec son châtelain(5). Enfin, le fief noble des Bordes est tenu porté et possédé « en foi et hommage franc et noble, de haut et puissant seigneur messire Jacques de Beaufort, chevalier, comte d’Allègre, marquis de Canilhac, seigneur et baron de Montboissier et autres places à cause de sa seigneurie et baronnie dudit Montboissier » comme en témoigne le nommé (6) fait par Antoine des Roys, fils de Valentin le 16 avril 1539.

LES PROTAGONISTES.

Comme lors de chaque mariage, deux familles sont parties prenantes dans l’aventure qui va lier leurs membres, certainement plus étroitement pendant ces périodes de l’histoire où mariage, pouvoir et parfois richesse sont intimement liés. Les raison de la rencontre de ces deux familles reste à l’heure actuelle un mystère.
En effet, la famille des Roys, tout d’abord, n’est absolument pas originaire du Livradois. Un échange de lettres(7) en 1778 entre le comte Jacques des Roys et Bernard Cherin, généalogiste des Ordres du Roy, nous montre que, à cette date, l’ascendance de Valentin des Roys dont il est question dans le contrat de mariage étudié, n’est absolument pas établie, ce qui pose problème pour la présentation à la Cour de Claude Etienne Annet des Roys, fils du sus-dit Jacques des Roys. Cette présentation à la Cour, ainsi que le privilège de monter dans les carrosses, semblaient en effet indispensable à Claude Etienne Annet pour réaliser un mariage qui lui assurerait fortune et rang. Une lacune de 14 ans dans les documents disponibles à l’époque rend impossible de déclarer avec certitude que Jean et Simonet des Roys sont frères, et issus de la maison des Roys, connue au Brignon dans le diocèse du Puy depuis 1231. Toutefois, dans le contrat de mariage, Valentin des Roys ainsi que son frères sont qualifiés pour le premier de la paroisse de Sainct Martin du Brinnon, en l’avesché du Puy et pour le second seigneur dudit lieu (c’est à dire de Roys). Simonnet des Roys n’aurait pas fait le voyage du Brignon à Echandelys si Valentin n’avait été de sa famille, voyage qui représente tout de même 90 de nos kilomètres actuels. Antoine des Roys, futur fils de Valentin, renoue avec les origines géographiques paternelles puisqu’il va chercher épouse dans le diocèse du Puy(8) . Enfin, les armes de la famille des Roys d’Echandelys ne diffèrent que dans les couleurs utilisées (d’or à la bande de gueules chargée de trois étoiles d’argent pour les des Roys du Brignon, et d’azur à la bande d’argent chargée de trois étoiles de gueules pour les des Roys d’Echandelys). Or l’usage en héraldique est pour les branches cadettes de briser les armes des aînés ou d’en changer les émaux. Ces arguments furent convainquants puisqu’en 1780, Claude Etienne Annet des Roys est autorisé à être présenté au Roy et à monter dans les carrosses royaux(9). La recherche ultérieure de documents a permis de retrouver le testament de Jean Roays(10), du Brignon, qui en 1479, institue Simonet comme héritier universel et cite Valentin comme noble et fils légitime et naturel, l’octroyant par la même occasion héritier de 50 livres tournois payables sur 10 ans. Ce testament, appuyé par la présence de Valentin des Roys dans quelques actes notariés de cette période dans le Velay permet aujourd’hui de lever les derniers doutes. Il est donc possible de rattacher notre Valentin des Roys à la famille des Roys (ou de Roys ou Roais) du Velay, connue depuis 1262(11), évoluant dans la mouvance des familles de Solignac et de Polignac. Valentin des Roys est donc un cadet de la petite noblesse vellave d’épée, dont les possibilités vellaves locales ont dû paraître trop étroites. Les hautes terres du Livradois ont alors représenté pour lui la seule possibilité d’aventure, d’autant que lors de son mariage, il doit certainement être âgé d’au moins 23 ans.
Il n’hésite pas à convoler avec Marie de Bourdelles, veuve en premières noces d’un nommé Ponthus, de surcroît bâtard de Coysse(12). Vraisemblablement issue de la paroisse de Saint Germain Lembron (domaine de Bourdelles), la famille remonte environ à 1450. Ecuyers et seigneurs du Pouget (paroisse de Saint Martin des Plains), ils semblent possessionnés dans la vallée de l’Allier et rendent foi et hommage le 14 octobre 1485 au seigneur de la Fayette et le 21 juin 1486 au duc de Bourbon. Jacques de Bourdelles déclare tenir en fief 60 livres de rentes lors de sa convocation au ban de la noblesse en 1488. Le premier mari de Marie de Bourdelles, Ponthus est déclaré bâtard de Coysse. Coysse, château disparu situé à proximité d’Arlanc, donne son nom à une famille noble connue dès 1300 et qui s’est éteinte au début du XVIIe siècle dans la maison de Fay de la Tour-Maubourg par le mariage de Anne fille unique de Jehan en 1663 avec Jacques de Fay. Il est possible que Ponthus, premier mari de Marie de Bourdelles soit fils illégitime de Claude de Coysse, écuyer, seigneur de Coysse et de Monteil dont on ne connaît ni la date de naissance approximative, ni la date de son mariage ainsi que le nom de son épouse. Il est déclaré décédé dans un bail à cens du 9 avril 1487. Toujours est-il que cette famille du reste peu connue, ne semble jamais avoir étendu son influence dans la région d’Echandelys, alors que la famille de Bourdelles par son hommage de 1485 fait partie de la sphère d’influence de la famille de la Fayette, et de ce fait semble être la seule à même d’apporter à Marie les métairies d’Echandelys et des Bordes. De son premier mariage avec Ponthus, elle ne paraît pas avoir conservé de biens venant de ce dernier(13).

CarteFamilles.jpg

Carte de la répartition géographique des différentes familles.

L’âge de Marie de Bourdelles apparaît difficile à déterminer. Alors que Valentin, vivant en 1513(14), est décédé en 1525, Marie règle ses affaires en 1532 par une donation des ses biens à Echandelys à son fils Antoine des Roys(15) et assiste ensuite à son mariage en 1533(16). Le nommé du fief des Bordes en 1539(17) par Antoine des Roys indique peut-être que le décès de sa mère a eut lieu en 1538. Si l’on estime que Valentin avait environ 23 ans au moins l’année de son mariage, il est donc décédé au plus tôt à 34 ans et au plus tard à 46 ans. Il a eu le temps de faire trois enfants à sa femme. Son aîné, Claude dit Guillaume des Roys, est mort avant 1526. Il avait porté plainte contre divers habitants d’Echandelys et de Condat pour non paiement de cens qui lui était dus(18). Après son décès, situé entre 1524 et 1526, sa mère reprend le procès en tant qu’administrateur de Antoine et Magdelaine des Roys ses enfants. Magdelaine des Roys se marie avec Gilbert Chavatier dont elle est veuve en 1557. Sa postérité n’est pas connue à ce jour(19). Si Marie a le même âge environ que Valentin lors de son deuxième mariage, elle est donc décédée au plus tôt vers 55-60 ans.

LES TERMES DU CONTRAT.

Comment s’articule donc le contrat de mariage entre les deux époux ? Comme dans la majorité des contrats de ce type de l’époque, il débute par l’énumération des apports de la famille de la future épouse. Et dans le cas présent, ces apports sont particulièrement nombreux. Sans être détaillés, ils comprennent à la fois la confirmation des biens liés au premier mariage de Marie, ainsi que ceux en rapport avec ce seul second mariage.
En premier lieu, le contrat apporte la confirmation que les biens apportés par Marie son soit en franc alleu, soi nobles, faisant des futurs époux les vassaux et tenanciers des seigneurs censiviers et féodaux par qui la famille de Bourdelles avait été investie. Cette absence de dérogation à la qualité de noble personne prendra toute son importance en permettant aux descendants de contracter à leur tour de nobles alliances ou d’entrer dans certains ordres pour lesquels les preuves de noblesse sur plusieurs générations est indispensable(20).
De son premier mariage, Marie garde tout d’abord une moitié de vigne en indivision (avec son frère Louis seul survivant de ses frères et sœurs ?) situé dans le territoire d’Usson, témoignant de l’implantation initiale de la famille de Bourdelles. Un pré complète cette première possession, mais sa localisation n’est pas connue. Ensuite, Marie devient propriétaire des cens et rentes, droits et directe seigneurie situés dans la paroisse d’Echandelys, ceci en pleine propriété et jouissance. Ces bien et droits, non énumérés malheureusement, consistent entre autres en la métairie des Bordes, donnée en dot à Marie lors de son premier mariage, ainsi qu’en la maison et métairie d’Echandelys dont la pleine propriété est toutefois l’objet d’une action en justice entre le procureur du roi à Montferrand et Marie dont les droits semblent remis en question. La raison en est mystérieuse : s’agit-il d’une contestation liée à la validité du premier mariage (union non consommée ?), d’une contestation de la propriété de la métairie par la famille de Bourdelles d’un bien qui n’aurait pas été concédé en fief par la famille de la Fayette, ou que la famille de la Fayette n’aurait pu concéder car appartenant au domaine royal, ou plus simplement du non paiement de cens par la famille de Bourdelle ? La raison n’en est actuellement pas connue et la propriété de la métairie d’Echandelys ainsi que de la maison ne fait l’objet dans les actes suivant d’aucun litige et correspond au noyau des possessions de la famille des Roys. En tout état de cause, l’origine de ces deux fiefs est différente puisque la maison, futur château d’Echandelys, peut être librement vendue pour une raison inconnue en 1532 à Claude Floquet, notaire royal et châtelain de la Fayette, qui en fait don quelques mois plus tard à Antoine des Roys, fils de Marie(21), alors que le fief noble des Bordes fait l’objet de cérémonies de foi et hommage d’abord à la famille de Montboissier, puis au roi de France lorsque ce dernier récupère les possession de la famille de Montboissier et enfin au comte d’Artois, duc d’Auvergne(22). Parmi les biens non énumérés, se trouvent vraisemblablement les tènements du molin, de Siberge, liés à la terre des Bordes et situés à l’ouest du bourg d’Echandelys, dont Marie revendique dès 1525 le paiement des cens et rentes de la part des occupants dans un procès déjà cité(23). Enfin, elle reçoit la somme de 200 livres tournois, due par son oncle Claude, curé du Vernet, à raison de 50 livres par an. Plus prosaïquement, elle est dotée d’un lit de plume garni ainsi que d’un coffre en chêne, qui auraient dû lui être donnés par la famille de Bourdelles lors de son premier mariage, témoin de la brièveté de cette première union.
Pour son deuxième mariage, Marie ne bénéficie de sa famille que du don de deux paires de bœufs et de six vaches pour occuper la métairie des Bordes. Son futur mari s’oblige quant à lui de la somme de cent écus servant de douaire, permettant à Marie de vivre en cas de décès de son époux. Il y adjoint la somme de cent livres tournois en bijoux.
Il est difficile de se représenter exactement la valeur des différents biens mis en jeu dans ce mariage. L’absence d’énumération des biens apportés par Marie de Bourdelles complique les choses. Toutefois, la vente en 1532 par Marie de la maison d’Echandelys, d’une autre petite maison ainsi que d’un bois sur la paroisse d’Aix se fait pour 60 livres tournois(24). Il semble donc qu’il y ait une certaine disproportion entre les biens apportés par Marie de Bourdelles, certainement supérieurs en valeur aux sommes données par Valentin des Roys. Un siècle plus tard, en 1610, lors du mariage de François des Roys avec Anne de la Richardie, cette dernière reçoit 6000 livres tournois comme dot valant successions paternelle et maternelle pour lesquelles elle s’engage à renoncer, le paiement de ses habits de mariée (somme non chiffrée), ainsi que 700 livres en bijoux de la part de son époux. Les sommes en monétaire pur en jeu dans les deux mariages sont de 500 livres tournois en 1502 (un écu valant trois livres), et de 6700 livres en 1610. Compte tenu de la dévaluation de la livre tournois entre le deux dates, évaluée d’un facteur 2 à 3, la somme de 1610 peut être ramenée entre 2233 et 3350 livres, ce qui reste nettement supérieur aux 500 livres de 1502, même si l’on rajoute les biens fonciers et les rentes. Le mariage de 1502 permit donc d’apporter essentiellement une assise foncière et terrienne noble à un cadet en rupture de biens, et l’augmentation des enjeux financiers lors de mariages successifs témoignent de l’augmentation progressive du niveau socio-économique de la noblesse dans laquelle va évoluer la famille des Roys dont un certain membre deviendra pair de France et qui s’alliera avec la fille du maréchal Hoche, permettant son implantation durable en Normandie au château de Gaillefontaine.
On retrouve une certaine disparité concernant les clauses liées au décès des deux intervenants. En cas de décès de Valentin et en l’absence d’enfants ou de petits enfants, Marie obtiendra la somme de cent cinquante livres tournois, permettant de subvenir à ses besoins. En cas de décès de Marie par contre et sans descendants, Valentin devient propriétaire de la moitié de la vigne d’Usson, mais surtout les maisons et métairie d’Echandelys (avec aisances et appartenances quelconques). Marie serait donc indemnisée en numéraire, libre à elle de trouver un toit (éventuellement chez un frère ou un neveu, voire à la métairie des Bordes dont il n’est pas fait mention et qui devrait lui revenir) alors que Valentin conserve une terre, type de biens qui lui faisait jusqu’à présent cruellement défaut. L’importance de ce bien, situé au chef lieu de la paroisse et qui est en fait le siège du château, est supérieure à celle du fief des Bordes, largement excentré par rapport au bourg. De plus les aisances et appartenances, termes bien vagues, peuvent correspondre à certaines possessions situées à l’ouest du bourg. Bien que la différence de valeur des biens soit certainement faible voir nulle, leur différence de nature est révélatrice de l’intérêt différent des deux parties. Le problème ne s’est de toute façon pas posé puisque l’on sait , par des actes ultérieurs déjà cités, que Valentin et Marie ont donné naissance à trois enfants. Leur fils aîné, Claude des Roys, dit Guillaume, meurt avant sa mère, certainement jeune, car Marie est encore tutrice des ses deux autres enfants Antoine, qui assurera la descendance familiale, et Magdelaine, qui se mariera plus tard avec Gilbert CHAVATIER.
Comme pour la majorité des contrats de cette période, les conditions du contrat de mariage s’arrêtent là, et il faudra attendre le siècle suivant pour voir des contrats devenant de plus en plus complexes, devenant à la foi contrats de mariage et testaments, ce qui posera parfois des problèmes importants nécessitant le recours à la justice afin de départager les parties. Malgré une timide apparition dans le contrat de mariage entre Vital des Roys et Louise Chenin en 1574(25), on retrouve un testament inclus dans un contrat de mariage uniquement en 1610. Lors du mariage de François des Roys et d’Anne de la Richardie(26), outre les clauses sus-jacentes déjà analysées, Vidal des Roys, père de François, institue ce dernier à la fois bénéficiaire de la donation de la moitié de ses biens, et héritier universel du reste, à charge pour lui d’indemniser ses frères qui devront renoncer de ce fait à leur héritage. Ce type de clause faisait l’objet à la fin du XVe siècle d’un acte testamentaire(27).
Un dernier élément, assez révélateur, nous est donné par le nombre et la qualité des signataires du mariage. Ils sont au nombre de cinq seulement dont deux prêtres et trois nobles. Deux personnes représentent la famille de Marie. Il s’agit de Henry du Breulh, seigneur du Colombier, certainement dans la paroisse de Saint-Martin-des-Plains dont est originaire la famille de Bourdelles, et Anthoine Gueyton, prieur d’Usson. Deux nobles, Simonnet de Roys, frère de Valentin et Jehan de la Rode, de Senenjols, représentent la famille des Roys. Anthoine Cluze, quant à lui, est qualifié de prêtre sans autre précision. On est loin des la magnificence et de la puissance des signataires de mariages ultérieures de la famille des Roys, comme par exemple en 1610, lors du mariage de François des Roy et de Anne de la Richardie(28), où on trouve 14 signataires dont une quasi totalité de nobles (dont en particulier la famille de Parentignat), ou lors du mariage de Marie Marguerite des Roys avec Annet Marie de la Chassaigne de Sereys en 1761, est présent à la cérémonie Gabriel de Bosredon, baron de Sugères, haut justicier d’une partie de la paroisse d’Echandelys(29).

RECTIFICATIONS GENEALOGIQUES.

Enfin, la découverte de ces documents nous permet de rectifier deux erreurs ou imprécisions concernant le remarquable travail du comte de Remacle. La première omission, somme toute mineure, concerne l’adjonction d’une fille au couple Marie de Bourdelles – Valentin des Roys en la personne de Magdeleine des Roys, mineure en 1526, veuve de Gilbert Chavatier en 1557.
Mais surtout, elle remet en cause la filiation de Marie de Bourdelles que Remacle considère comme fille de Louis de Bourdelles, écuyer seigneur du Pouget et de Catherine de Chalus. Pour Remacle, les enfants de ce couple furent Jehan, Valentin, Bertrand, Gabrielle et Marie. Or, le contrat de mariage de Marie de Bourdelles et de Valentin des Roys cite Jacques, Guillaume et Louis de Bourdelles(30) comme ses frères, et Claude de Bourdelles comme son oncle, curé du Vernet. En reprenant Remacle, nous découvrons à la génération précédante que les enfants de Jehan de Bourdelles, peut-être marié à Jehanne d’Aurelle, eut comme enfant Jacques, Louis (le soi-disant père de Marie), Guillaume, Philippe et deux filles vivantes en 1488. Deux incohérences nous apparaissent immédiatement. Tout d’abord les frères cités de Marie de Bourdelles correspondent aux frères de Louis, son soi-disant père, mais surtout, Marie se marie en 1502 alors que Louis, considéré par Remacle comme le père de Marie se marie en 1503 ! Il faut donc dans la généalogie de Remacle faire repasser Marie à la génération précédente comme sœur de Louis et non comme sa fille.

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Généalogie des Roys de Bourdelles d’après Remacle.
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Généalogie des Roys de Bourdelles corrigée.

Même si la rencontre entre Marie et Valentin reste encore un mystère, l’ouverture des archives de la famille des Roys du château d’Echandelys permet donc de mieux comprendre l’origine de l’implantation de celle-ci sur ce plateau livradois. La présence de nombreux autres documents nous aidera à retracer l’histoire de cette famille si riche dans son évolution en écrivant d’autres chapitres, vraisemblablement variés et parfois inattendus …

NOTES :

(1) GAGNAIRE J., Les fortifications médiévales du pays d’Ambert et ses abords, Clermont-Ferrand, Service Régional de l’Archéologie d’Auvergne, 2002.
(2) En 1133, un certain noble Amalric de ROYS, fils de noble Gaucher, habitant alors au château de Mornas (diocèse d’Orange), prête hommage au baron de la GARDE ADAYMARD pour un tènement dans le diocèse de Saint Paul Trois Châteaux, selon la transcription d’un acte de Me Bertrand HENRY, notaire au Monteil, transcription réalisée le 10 novembre 1778 à la demande de Jean Baptiste FAUCHER. Comment Amalric de ROYS de Mornas peut-il être lié à Jean ROAIS du Puy? Rien n’est moins sûr.
(3) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°138.
(4) Donation par Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert Motier seigneur de la Fayette du quart de Bois Grand en 1284 in Notes et documents pour servir à l’histoire du Livradois, du Vallorgue et des pays de la vallée de la Dore. Tome XI, L DROUOT, 2007, document n°3. La donation de ce quart explique que au XVIIIe siècle, la marquise la Fayette réclame le quart du prix obtenu par l’aliénation de 1729 ainsi que le quart du prix de vente des coupes pratiquées dans la forêt royale en sa qualité de tutrice de ses enfants mineurs.
(5) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièces n°72 ter et 73.
(6) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°76.
(7)  Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°290 bis et Bibliothèque Nationale, Section des manuscrits, Collection Clairambault, Volumes 932, 933 et Collection Cherin Volume 131.
(8) Il s’agit de demoiselle Glaude du Mas fille de Guilhaume du Mas, écuyer, seigneur du dit lieu, paroisse de Sansac, diocèse du Puy. (Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°74) Sansac est distant de 14 kilomètres du Brignon.
(9) Il deviendra même premier page du Roy en sa petite écurie, puis capitaine en second dans le régiment Dauphin-Cavalerie, avant de jouer un rôle non négligeable pendant la Révolution française en Limousin où il fut grand Sénéchal, puis en Bourbonnais, mais nous y reviendrons ultérieurement.
(10) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°53 bis et Archives départementales de la Haute-Loire, registre G 16 folio 163 SQQ.
(11) Vente faite par Gilbert de Solignac à la communauté des clercs du Puy de certaines dîmes sur les territoires de Floyrac, de las Aschassossa et du Brignon moyennant 6000 sous, monnaie du Puy et dont Bertrand de Chalancon, Guillaume de Saint Privat et Jean Roays, chevaliers, se portent garants. Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°2.
(12) Aucun élément actuellement en notre possession ne permet par contre d’affirmer que Valentin était veuf. Il n’existe aucune mention d’une éventuelle épouse ou d’enfants nés avant ce mariage.
(13) Seul leur contrat de mariage permettrait d’en apporter la certitude.
(14) Acquisition d’un pré à Echandelys par noble Valentin des Roys, seigneur des Bordes – Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°70.
(15) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°73.
(16) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°74.
(17) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°76.
(18) Sentence en date du 5 juillet 1526 – Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°72.
(19) Quittance de 15 livres tournois donnée par mademoiselle Magdeleine des Roys, veuve de feu Gilbert Chavatier à noble Antoine des Roys, seigneur des Bordes, son frère – Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°80.
(20) C’est le cas des célèbres preuves de noblesse faites pour être reçu chanoine comte de Brioude, ou entrer comme sœur à l’abbaye de Lavaudieu.
(21) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°73.
(22) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièces n°76, 97, 105, 108, 154, 156, 255 et 278.
(23) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièces n°71 et 72.
(24) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°72ter.
(25) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°86.
(26) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°104.
(27) Testament de Jean Roays, du Brignon, père de Valentin des Roys de 1479 déjà cité.
(28) Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°104.
(29) Extrait du registre des mariages de la commune d’Echandelys du 21 juillet 1761, Archives privées du château d’Echandelys, famille des ROYS, pièce n°262.
(30) Louis apparaissant comme le seul survivant des frères de Marie.

 

BIBLIOGRAPHIE :

Archives départementales du Puy de Dôme, Clermont-Ferrand, en particulier les registres de taille de la paroisse d’Echandelys, cotes Bis 739, 740 et 741.
Archives privées du château de la famille des Roys, Echandelys.
ACHARD A., Sugères et ses habitants, une ancienne justice seigneuriale en Auvergne, Clermont-Ferrand, Imprimerie Générale, non daté.
DONIOL H., Le Cartulaire de Sauxillanges, in Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, nouvelle série, tome III, Clermont-Ferrand, imprimerie Ferdinand Thibaud, 1861.
FOSSIER R., La société médiévale, Paris ,Armand Colin (U), 1994.
GARRIGOUX P., Le droit des gens mariés dans la Coutume d’Auvergne, Paris, Imprimerie A. Rousseau, 1905.
LEVASSEUR E., Les prix : aperçu de l’histoire économique de la valeur et du revenu de la terre en France, du commencement du XIIIe siècle à la fin du XVIIIe, Paris, Imprimerie de Chamerot et Renouard, 1893.
REMACLE A. de, Dictionnaire généalogique Familles d’Auvergne, 3 tomes, Clermont-Ferrand, ARGHA, 2004.
WAILLY N. de, Mémoire sur les variations de la livre tournois depuis le règne de Saint Louis jusqu’à l’établissement de la monnaie décimale, Paris, Imprimerie Impériale, 1857.

Remerciements à Madame la princesse Hélène des ROYS ainsi qu’à son fils Amaury de MERODE pour le libre accès à leurs archives familiales. Remerciements à Madame Michelle DUTOUR, maire d’Echandelys sans qui tout ce travail n’aurait pu être réalisé.

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