LA FABRIQUE D’ECHANDELYS

Brève résurgence d’une organisation séculaire.

 

FABRIQUE : au XIVe siècle, a le sens de construction ; vient du latin fabrica ; construction d’un édifice, d’une église ; à l’origine le conseil de la fabrique est un ensemble de clercs et de laïcs chargés de l’administration des fonds et des revenus affectés à la construction puis à l’entretien d’une église.

Petit Robert 1972.

 

L’histoire du quotidien n’est pas toujours facile à appréhender. Nombre d’us et coutumes n’ont pas laissé de trace écrite et le hasard seul, par l’étude d’un livre d’heures trouvé au détour d’un rangement d’archives privées, permet de revivre une tranche de vie. Ceci est d’autant plus marqué pour les petites communautés rurales qui ne voyaient pas l’intérêt de transcrire un quotidien si banal. C’est pourquoi pour beaucoup de petites paroisses rurales, la gestion du temporel et l’organisation du culte, rôle dévolu à la fabrique, n’ont pas laissé de trace tangible.

Déjà au XVIIIe siècle, l’église n’a jamais été totalement l’apanage du curé qui en est uniquement le maître spirituel. L’entretien du gros œuvre est à la charge du principal décimateur, les cloches appartiennent aux paroissiens et la police intérieure de l’édifice est assurée par un juge laïc. L’administration cultuelle proprement dite incombe aux paroissiens qui s’organisent en fabrique. Ils sont responsables de l’entretien intérieur de l’église et de la sacristie, des ornements sacerdotaux, de la fourniture du luminaire, du pain et du vin de messe, de l’arrangement, du placement et de l’entretien des bancs et chaises loués aux paroissiens, du traitement du sacristain, du régent de l’école paroissiale le cas échéant et des prédicateurs extraordinaires. Avec l’organisation de la bienfaisance, la création d’écoles paroissiales et surtout en bien des régions la nécessité d’agrandir ou de reconstruire l’église pour faire face à la croissance démographique après 1750 imposent une réforme de la fabrique paroissiale qui connaissait de multiples problèmes de gestion. La quinzaine de règlements enregistrés entre 1750 et 1770 va servir de référence générale. Dorénavant, les fabriques fonctionneront obligatoirement sous le contrôle de deux instances : le bureau ordinaire, présidé par le premier marguillier et l’assemblée générale. Le bureau se compose de notables dont le mandat jamais supérieur à trois ans n’est pas renouvelable (pour éviter les abus antérieurs) sauf pour le premier marguillier afin d’assurer la continuité des affaires.
Mais avant 1789, il n’y a pas de règlement général et uniforme, chaque fabrique possédant son règlement particulier qu’elle rédigeait elle-même et soumettait à l’approbation de l’évêque du diocèse et à l’homologation du parlement. La Révolution française n’a pas tout d’abord l’intention de détruire les fabriques puisque l’Assemblée constituante, le 22 avril 1790, manifeste la volonté d’en examiner la nature et les fonctions. Toutefois, en ces temps troublés, aucune suite n’est donnée à ce dessein. Si bien que entre 1793 et 1802, les fabriques n’ont plus ni bien à administrer ni église à entretenir et sont supprimées de fait. Le Concordat de 1801 (Convention du 26 messidor an IX et loi du 18 germinal an X) reconnaît la religion catholique comme celle de la grande majorité des français, confie au gouvernement la nomination des évêques institués par la pape et garantit aux ecclésiastiques un traitement par l’Etat. Il prescrit également une nouvelle carte des circonscriptions et établit la reconnaissance par l’Etat de la personnalité civile des agrégations de fidèles réunis par leurs intérêts religieux (article 15). Ces personnes civiles sont les fabriques, les menses curiales et épiscopales(1), les séminaires diocésains et les chapitres. Puis la loi de Germinal an X (18 avril 1802) institue les fabriques qui sont en vertu de l’article 76 des conseils institués pour administrer les biens des paroisses catholiques, agir et contracter en leur nom. Mais les décrets d’application tardent à venir et le 9 floréal an XI (29 avril 1803), une décision du gouvernement consulaire autorise les évêques à faire pour les fabriques de leur diocèse des règlements provisoires et leur donne pouvoir de nommer eux-mêmes les fabriciens. En Auvergne, l’évêché de Clermont édite un tel règlement complet, en 26 articles, daté du 20 nivôse an XII (11 janvier 1804) reproduit ci contre (Document 1).

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Document 1 : Règlement pour les fabriques du diocèse de Clermont 1804 Archives départementales du Puy de Dôme.

Un peu plus tard, le 7 thermidor an XI (26 juillet 1803), Bonaparte institue dans chaque paroisse deux espèces de fabriques : l’une appelée intérieure, créée par l’évêque pour administrer les revenus des bancs et chaises, quêtes et oblations(2) ; l’autre, appelée extérieure, préposée par le préfet à la gestion des biens non aliénés rendus à cette occasion aux fabriques (Document 2).

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Document 2 : Décret du 7 thermidor an XI Archives départementales du Puy de Dôme.

Ce système provoquera de tels désordres que Bigot de Préameneu, ministre des cultes de 1808 à 1814 peaufine un règlement général des fabriques très détaillé (114 articles) qui est décrété par l’empereur le 30 décembre 1809(3) . Il est complété par une législation de détail notamment en 1825 (ordonnance du roi du 12 janvier qui prescrit que seules ont droit d’avoir une fabrique les églises érigées en cure, succursale ou chapelle vicariale ; Document 3) en 1826 mais reste le seul code des fabriques.

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Document 3 : Ordonnance royale du 12 janvier 1825 Archives départementales du Puy de Dôme.

Chaque paroisse a dès lors l’obligation de disposer d’une fabrique, seul établissement public chargé de veiller à l’entretien et à la conservation des lieux de culte, d’administrer les aumônes et les biens, rentes et perceptions autorisées par les lois et règlements, les sommes supplémentaires fournies par les communes (nous y reviendrons), et généralement tous les fonds qui sont affectés à l’exercice du culte ; d’assurer cet exercice et le maintien de sa dignité, dans les églises auxquelles elles sont attachées, soit en réglant les dépenses qui y sont nécessaires, soit en assurant les moyens d’y pourvoir. On passe alors pour toutes les petites paroisses de village, d’une organisation de fait, sans convention ni texte, vivant totalement dans l’ombre avant la Révolution, à une structure obligatoire, organisée et qui doit rendre des comptes (loi de finance du 26 janvier 1892 qui soumet les comptes et budgets des fabriques et consistoires aux règles de comptabilité des établissements publics et décret du 27 mars 1893 qui porte règlement d’administration publique sur la comptabilité des fabriques, complété par celui du 18 juin 1898 sur le même sujet). C’est la raison pour laquelle au premier janvier 1864 il existe en France 35 718 fabriques : 86 fabriques de cathédrale, 3 519 fabriques de cure de 1e et de 2e classe, 31 164 fabriques de succursale et 949 de chapelle communale ou vicariale. La seconde conséquence, faste pour les historiens, réside en l’obligation d’un contrôle par l’Etat de la comptabilité des fabriques qui laissent alors des traces claires dans les archives aussi bien publiques que privées. La fabrique de la paroisse d’Echandelys a pu de ce fait être étudiée a la fois à partir des déclarations de budget obligatoirement versées à la préfecture du Puy-de-Dôme et présentes soit aux archives départementales soit aux archives municipales (Document 4) ainsi qu’à l’aide d’un Livre-journal des dépenses des années 1879 à 1888 comprises présent aux archives municipales, tenu par le trésorier de la fabrique Mathieu (Document 5).

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Document 4 : Budget de la Fabrique d’Echandelys pour l’année 1846 Archives communales d’Echandelys.

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Document 5 : Page du Livre-journal des dépenses de la Fabrique d’Echandelys pour l’année 1882 Archives communales d’Echandelys.

Mais comment fonctionne alors la fabrique ?

Chacune est composée d’un conseil de fabrique, assemblée délibérante, et d’un bureau de marguilliers possédant le pouvoir exécutif. A Echandelys, paroisse de moins de 5000 âmes, le conseil est composé de cinq membres qui doivent être catholiques, domiciliés à la paroisse et choisis parmi les notables. En sont membres de droit le curé ou desservant et le maire ou à défaut le premier adjoint catholique si le maire ne l’est pas. Il se renouvelle partiellement tous les trois ans, les conseillers entrants étant élus par les conseillers restants et les sortants pouvant être réélus. Il s’assemble ordinairement quatre fois par an : le dimanche de Quasimodo où est voté le budget annuel, et le premier dimanche des mois de juillet, octobre et janvier. Il délibère sur le budget de la fabrique, le compte annuel du trésorier, l’emploi des fonds excédant les dépenses, les legs et donations, le réemploi des capitaux remboursés, toutes les dépenses extraordinaires au delà de 50 francs, les procès à entreprendre et à soutenir, les baux, aliénations et échanges.

Le bureau des marguilliers quant à lui, dont le curé ou le desservant est membre de droit, est formé par trois membres choisis au scrutin par et parmi les membres du conseil de fabrique. Il se réunit tous les dimanches après la messe paroissiale au presbytère ou à l’église. Chargé du contrôle et de l’exécution des délibérations du conseil, il est aussi (et surtout) responsable de l’administration journalière du temporel de la paroisse : gestion des marchés et affermages, réparation des édifices paroissiaux, entretien et achat du mobilier de l’église et de la sacristie, location des chaises et bancs. Les marguilliers fournissent l’huile des lampes, le pain et le vin de messe, l’encens, la cire et généralement tous les objets nécessaires à l’exercice du culte. Sur présentation du curé ou du desservant, ils nomment et paient prédicateurs, sacristains et bedeaux et avec la commune ils assurent le traitement des vicaires(4) et des prêtres habitués.

Les revenus de la fabrique se forment généralement :
* du produit des biens et rentes restituées aux fabriques par Bonaparte ;
* des fondations pieuses ;
* du produit spontané des terrains servant de cimetière ;
* du prix de la location des chaises et des bancs ;
* des quêtes faites pour les frais du culte ;
* des troncs placés pour le même objet ;
* des oblations propres à la fabrique comme pain bénit, casuel(5) des mariages et des convois, partage des cires ;
* du secours alloué par la commune le cas échéant.

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Document 6 : Evolution des recettes de la fabrique d’Echandelys de 1843 à 1890.

Le seul bien possédé par la fabrique d’Echandelys est un legs testamentaire effectué par M Chaboissier effectif en 1891 fait d’une terre et d’un pré nommés la font, section E du cadastre (Document 7) d’une contenance respective de 3,90 et 36,80 ares, dans le but d’entretenir la lampe du sanctuaire. Ces deux biens avaient été acquis par Me Chaboissier en 1878 du sieur Alphonse Mantin, habitant les Epines, commune de Condat les Montboissier.

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Document7 : Cadastre napoléonien d’Echandelys ; partie de la section E ; Archives de la commune d’Echandelys.

Ils correspondent actuellement à un pré en pente situé à la sortie du hameau de la Foresterie sur le chemin menant à la Cibeaudie, contre le ruisseau de la Maillerie (Document 8). Leur valeur locative est alors de 60 francs en 1907.

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Document 8 : Photographie de l’ancienne possession de la fabrique d’Echandelys.

Ces différentes sources de revenu sont l’occasion de frictions entre fabrique et curé en raison du flou de la loi à ce sujet, en particulier en ce qui concerne le produit des troncs, des quêtes et des oblations. L’usage est que les offrandes faites à l’autel sont dévolues au clergé et que celles qui sont faites ailleurs appartiennent à la fabrique. Mais à qui revient le produit du tronc dit des âmes du purgatoire, ou celui du bassin tenu par l’enfant de chœur près du prêtre présentant les reliques de la vraie croix ? Et puis il y a la cire des cierges, produit précieux et négociable. S’il est généralement admis que les cierges offerts pour les baptêmes, premières communions, mariages relevailles appartiennent au curé (offrande faite à l’occasion d’un sacrement ou d’un bienfait), il n’en est pas de même des cierges placés sur et autour du pain bénit par les familles qui l’offrent. Par contre, le cierge porté par la personne qui offre ledit pain est dévolu au curé. La destination de la cire des cierges d’enterrement et services funèbres est toutefois bien précisée par le décret du 26 décembre 1813 qui a tranché comme suit : les cierges qui seront portés pendant les enterrements et les services funèbres par les membres du clergé leur appartiendront ; les autres cierges placés autour du corps et à l’autel, aux chapelles ou autres parties de l’église appartiendront pour moitié à la fabrique et pour moitié à ceux du clergé qui y ont droit (le partage sera fait en fonction du poids de la totalité des cierges). Une fois le partage opéré, la partie de la cire est revendue au fabricant de cierges. Sinon, lorsqu’elle est consommée en nature par la fabrique pour les besoins du culte, le prix fixé par kilo est porté en recette et immédiatement en dépense pour la même somme. C’est la seconde source de revenu d’Echandelys, passant de 10 francs en 1843 à 130 francs en 1863.
Traditionnellement, ce sont les inhumations qui rapportent le plus, même si à Echandelys on ne retrouve pas cette configuration, les inhumations faisant entrer entre 36 et 60 francs par an. Selon le décret de 1806, les fabriques perçoivent des droits sur le transport des corps, les sonneries, les tentures et le drap mortuaire qui recouvre le cercueil. Par contre, le produit de la location des bancs et chaises est la source la plus certaine, la plus constante des revenus en général et la plus importante pour la fabrique d’Echandelys, réalisant en moyenne la moitié des recettes. De ce fait, l’équilibre est parfois difficile à établir entre l’intérêt des fidèles qui s’ils sont très assidus aux offices ou pauvres ne doivent pas être pénalisés et l’intérêt de la fabrique qui, devant assurer les dépenses du culte, cherche à maintenir ou à augmenter ce qui correspond à son principal revenu, d’autant qu’un décret du 1er août 1805 prévoit qu’un sixième des recettes liées aux bancs et chaises sera versé au diocèse par l’intermédiaire du curé ou du desservant pour alimenter un fonds de secours à répartir entre les ecclésiastiques âgés et infirmes. Il existe deux modes de perception du prix des chaises et bancs d’église (article 66 du décret du 30 décembre 1809) : la régie directe, les marguilliers ou leur employé louant directement les chaises à chaque office et percevant les sommes réglées selon un tarif agréé par le curé et affiché sur la porte de la sacristie, et la ferme, consécutive à une adjudication, le fermier salariant ses employés comme le fait la fabrique avec les siens. Par ailleurs les fidèles ont la faculté de louer bancs ou chaises par abonnement pendant un temps plus ou moins long, entraînant parfois des conflits d’occupation des lieux (place déjà occupée lorsque le loueur arrive à l’office en retard) ou d’entretien (distinction entre les réparations dues à l’usure courante et celles nécessitant une réfection plus importante). Enfin celui qu a permis de bâtir entièrement une église ou tout donateur ou bienfaiteur sur l’avis du conseil de fabrique approuvé par l’évêque et le ministre des Cultes a la possibilité de retenir la propriété d’un banc ou d’une chapelle pour lui et sa famille tant qu’elle existera. Des conflits peuvent naître avec le curé ou le desservant au sujet des bancs pour de multiples raisons. Considérant que la police du lieu saint est dévolue au curé, c’est lui qui désigne aux marguilliers ou aux préposés le moment où ils peuvent demander aux fidèles le paiement des chaises. De plus le règlement du 30 décembre 1809 spécifie que le placement ne peut en être fait sans le consentement du curé qui est seul apte à juger si tel chaise ou banc gêne ou non le service. Il a enfin le droit de réserver des places où il désire placer les chantres, chanteurs, enfants du catéchisme par exemple. Il existe une grande différence de prix entre les villages où dominent les bancs favorables aux pauvres et les villes dont les églises sont occupées généralement par des chaises fixes ou mobiles aux tarifs élevés (10 à 15 centimes par dimanche contre un franc par banc pour une année entière).

Les charges de la fabrique sont :
* de fournir aux frais nécessaires du culte, savoir : les ornements, les vases sacrés, le linge, le luminaire, le pain, le vin, l’encens, le paiement des vicaires, des sacristains, chantres, organistes, sonneurs, suisses, bedeaux et autres employés au service de l’église selon la convenance et les besoins du lieu ;
* de payer l’honoraire des prédicateurs de l’Avent, du Carême et autres solennités ;
* de pourvoir à la décoration et aux dépenses relatives à l’embellissement intérieur de l’église.

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Document 9 : Répartition des dépenses de la fabrique d’Echandelys pour l’année 1847.

Les dépenses les plus importantes concernent les employés d’église qui sont nombreux au XIXe siècle, encore que leur nombre varie beaucoup d’une église à l’autre, les paroisses rurales étant moins bien loties que les paroisses urbaines. Alors que dans les villages le bas chœur se réduit souvent au clerc instituteur qui fait office de fossoyeur, sacristain, chantre et parfois organiste et est obligé de quémander son pain le samedi aux familles en échange d’un peu d’eau bénite. Voulant régler d’un seul coup toutes les questions de personnes, le décret du 30 décembre 1809 avait édicté que « la nomination et la révocation de l’organiste, des sonneurs, des bedeaux, des suisses et autres serviteurs de l’église appartiennent aux marguilliers, sur la proposition du curé ou desservant. Mais l’expérience montra que dans les villages où les bureaux de marguilliers sont souvent fantomatiques, les serviteurs d’église étaient sous les ordres immédiats et à la disposition du curé. Aussi l’ordonnance royale du 12 janvier 1825 place dans les paroisses rurales leur nomination et leur révocation sous l’autorité du curé seul, leur traitement continuant à être assuré par la fabrique. Le contingent le plus fourni en nombre mais pas nécessairement la dépense la plus importante des serviteurs d’église est fourni par les enfants de chœur. A Echandelys, de 1860 à 1880, on retrouve toujours deux enfants de chœur payés chacun 10 francs par an. Avant d’être admis comme titulaire, l’enfant est aspirant pendant trois mois. Ensuite il lui sera possible de revêtir la tenue de son état : soutane, ceinture, calotte et gants, bas blancs et souliers à boucle. Il s’agit d’une fonction recherchée qui certainement récompense à la fois les enfants assidus au catéchisme et les familles socialement influentes. Le vicaire représente ensuite pour les paroisses rurales en tout cas, une dépense non négligeable dont le traitement est pris en charge par l’Etat. Son traitement, de même que celui du desservant est discuté par le conseil municipal comme l’atteste la délibération du conseil municipal d’Echandelys de 1805 (Document 10). Il ressort de la délibération que les sommes proposées par l’Etat, respectivement 500 et 350 francs pour le curé et son vicaire, sommes perçues avant la Révolution, sont devenues insuffisantes. Toutefois, la pauvreté de la commune, dont le sol fait de bruyère et de lande, rend impossible tout effort financier et cette dernière s’en remet à la sagesse du gouvernement et à sa bienfaisance.

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Document 10 : Délibération du conseil municipal d’Echandelys du 5 prairial an XIII (25 mai 1805) Archives départementales du Puy de Dôme.

De reste, une décision préfectorale et religieuse encadre étroitement les émoluments des desservants en fixant les tarifs habituels en fonction de la localité concernée (Document 11).

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Document 11 : Décision préfectorale du 19 vendémiaire an XIV (11 octobre 1805) Archives départementales du Puy de Dôme.

La subvention du poste de vicaire a ensuite été supprimée car une demande de rétablissement de ce dernier a été formulée le 10 avril 1826 (Document 12). Nous y apprenons que les émoluments de ce dernier s’élèvent alors à 300 francs par an et que la fabrique ne peut y faire face, la commune s’imposant alors extraordinairement pour couvrir la dépense.

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Document 12 : Autorisation préfectorale du 10 avril 1826 Archives départementales du Puy de Dôme.

Mais coup de théâtre, le budget de l’année étant arrêté, la somme ne peut être débloquée et le poste ne sera pourvu que l’année suivante. En 1842, le vicaire doit changer car nous possédons à la date du 1e janvier 1842 un procès verbal d’installation(6) du sieur Guillaume Goyon comme vicaire de la paroisse signé par messieurs Anglade, Vaisse, Pupidon, faisant partie du bureau de la fabrique, par Redon, maire et Gervais desservant. Dans la lettre(7) du maire d’Echandelys accompagnant ce procès-verbal à destination de la sous préfecture d’Ambert, il est fait mention que pendant quelques années, le vicaire précédent a touché les subsides de l’Etat s’élevant à 300 francs par an et que depuis, ce dernier ne touchait plus que les 300 francs que la commune lui vote au budget, le maire demandant la raison pour laquelle le vicaire ne recevait plus ces émoluments. Une lettre de la sous-préfecture d’Ambert du 14 janvier 1842 part pour la préfecture avec demande de renseignements … Las, la réponse du préfet indique sèchement que le vicariat a été supprimé le 29 janvier 1831 et transféré à Fayet-Ronaye où il a été reconnu plus nécessaire. Une nouvelle demande a été adressée à la préfecture le 13 octobre 1844, toujours financée par la commune qui, épuisée par les sacrifices qu’elle s’est imposée pour réparer son église, restaurer son presbytère et acquérir un cimetière, ne peut plus avoir plus longtemps à sa charge le traitement intégral d’un vicaire. Cependant, deux prêtres sont indispensables pour satisfaire aux exigences du service religieux dans une commune placée dans la haute montagne et où l’éloignement des villages du chef-lieu ne permet pas à un seul ecclésiastique de se transporter partout où son ministère devient utile. Malgré l’appui de Monsieur le Comte des Roys, pair de France auprès du Ministre de la Justice et des Cultes, le vicariat a dû être refusé car il n’a été accordé qu’en 1857 comme l’atteste le document 13.

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Document 13 : Autorisation ministérielle du 10 mai 1857 Archives départementales du Puy de Dôme.

La subvention abaissée à 250 francs est enfin supprimée au budget 1883 par décision préfectorale et reprise par la commune après délibération du conseil municipal(8).
Plus constante dans le temps est la rétribution par la fabrique d’Echandelys des services d’un chantre, Mr Dumas, au moins des années 1878 à 1888, pour des émoluments de 100 francs par an. Il devait en outre sonner les cloches. Lorsque celui-ci, en 1878, ne l’a pas fait régulièrement (en raison de problèmes de santé ?), 30 francs ont été retirés de son salaire et 40 francs furent donnés au fossoyeur qui en avait assuré l’office. De même une bélesse (ou baylesse) est chargée de l’entretien courant de l’église et du tabernacle, parfois de sa décoration pour les grandes occasions. Outre le remboursement de ses achats et le paiement des ouvrages qu’elle réalise elle-même, elle perçoit 85 francs de 1878 à 1884, puis 90 francs jusqu’en 1887 et 100 francs à partir de 1888. Joséphine Genestier en 1879, puis sœur Berthelay et sœur H Paul en 1880, sœur Paul seule en 1881, nous retrouvons Marie Berthelay en 1882 pour remplir cet office, qui est confié à partir de 1887 à sœur du cœur de Jésus (congrégation reconnue ou béate comme c’était souvent le cas dans le proche Velay ?).

Suivent les frais de fonctionnement courant qui représentent une part non négligeable des dépenses. Il s’agit de l’huile d’éclairage, de la cire qui représente la charge la plus importante en dehors des frais de personnel soit 100 à 150 francs par an(9), du pain et du vin de messe, dépenses peu compressibles. Enfin, la fabrique doit faire face à des dépenses imprévues parfois importantes d’entretien en particulier de l’église et de la sacristie, des bancs, ainsi que la venue de prédicateurs pour les missions par exemple qui connaissent un grand essor au cours du XIXe siècle.

Les budgets des fabriques paroissiales varient considérablement selon les lieux. Si les recettes des petites paroisses rurales avoisinent 1000 à 2000 francs vers 1850, certaines paroisses urbaines peuvent compter sur 10 à 100 fois plus comme à Nantes (14949,45 francs pour la paroisse Sainte-Croix) ou à Paris (180000 francs pour la Madeleine). En Auvergne, dans les paroisses rurales, même lorsqu’elles sont peuplées, les sommes n’atteignent pas de tels sommets. A Fournols (1660 habitants en 1802), les dépenses s’élèvent à 616 francs en 1823 pour des recettes de 50 francs seulement. A Echandelys (1118 habitants en 1802), les recettes débutent à 130 francs environ pour les années 1840 pour atteindre environ 1000 fracs en 1879, les dépenses ordinaires suivant la même progression passant de 150 à 1000 francs pendant les mêmes périodes. De même, les hommes d’Eglise sont traités différemment selon leur lieu d’exercice. L’équilibre budgétaire est souvent difficile à atteindre et bon nombre de fabriques rurales sont en déficit. Une lettre du ministre de l’Intérieur relative aux dépenses communales remet au point les règles de subventionnement des fabriques devant les nombreux abus constatés (Document 14).

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Document 14 : Lettre ministérielle du 5 octobre 1825 Archives départementales du Puy de Dôme.

Les abus persistant, le vote de la loi du 18 juillet 1837 obligea les conseils municipaux à voter alors des secours aux fabriques en difficulté. Mais, prémices de la laïcisation des idées et pierre dans l’édification de la Séparation des Eglises et de l’Etat, les lois républicaines du 5 avril 1884 et du 6 juin 1895 limiteront ce devoir de secours à l’indemnité de logement dus aux ministres du culte ne disposant pas de presbytère et aux grosses réparations des édifices cultuels appartenant exclusivement à la commune. Un document non daté des archives départementales, mais estimé correspondant aux années 1879-1880, donne un chiffre de 143 communes subventionnant leur fabrique sur un total de 466 (soit 31%) pour frais de culte (dont 40 000 francs pour traitement des vicaires) et un chiffre de 21 communes sur 466 pour grosses réparations (120 000 francs pour les églises et 70 000 francs pour les presbytères)(10) .

Les hommes qui l’animent.

La fonction de fabricien est un honneur recherché aussi bien dans les paroisses urbaines que dans les paroisses où notables et agriculteurs se partagent les sièges. Ils sont fiers à la grand-messe du dimanche d’offrir le bain bénit ou de porter les bannières aux processions. Pour Echandelys, nous possédons plusieurs documents issus des archives départementales du Puy-de-Dôme qui nous indiquent non pas la composition totale des bureaux et conseil de fabrique mais le nom des fabriciens renouvelés. Ainsi le 7 ventôse an XII, sont nommés à la fabrique de la paroisse d’Echandelys les sieurs Georges Chaboissier, Jean Baptiste Sauvadet et Jean Mayet. Si le dernier n’a pas semble-t-il exercé de responsabilité ayant laissé de trace dans la commune, le premier appartient à une famille d’ancien et de futur maires ainsi que de notaires de la commune, habitants le château de la Cibaudie. La famille Sauvadet quant à elle donnera une autre fabricien, Alexis nommé en 1811, ainsi qu’un conseiller municipal dans le courant de la seconde moitié du XIXe siècle. De même, en 1809, le deuxième fabricien nommé est Joseph Redon, famille qui elle aussi donnera un conseiller municipal dans la seconde moitié du XIXe siècle. Tous deux sont alors qualifiés de propriétaires.

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Document 15 : Archives départementales du Puy de Dôme.

Avant la Révolution, les marguilliers jouissaient de certains privilèges comme l’exemption du logement des gens de guerre ou la collecte des tailles. Depuis 1809, tous ces privilèges ou exemptions d’impôts ont été supprimés en dehors d’une place réservée au banc d’œuvre, souvent placé en face de la chaire d’où sont suivis offices et prédications. Mais quel ordre de préséance faut-il observer au banc d’œuvre ? La question, anodine en apparence, a été l’objet de plusieurs développements dans le Journal des conseils de fabriques (notamment en 1840 et 1881) dont le rédacteur en chef a été ému par des rivalités d’amour-propre, des susceptibilités exagérées [ayant] divisé des hommes honorables. En fait aucun texte n’ayant répondu clairement à la question, tout le monde s’accorde pour placer d’abord les dignitaires du conseil (président, trésorier et secrétaire), puis les autres membres du bureau puis du conseil dans l’ordre d’ancienneté. La gestion des biens paroissiaux crée une solidarité paroissiale autour du clergé, solidarité qui prend parfois des allures de rivalité soit entre la fabrique et le maire soit entre la fabrique et le curé sans oublier l’opposition fréquente entre le maire et le curé. Le maire est membre de droit du conseil de fabrique pendant toute la durée de ses fonctions. Il ne peut toutefois en être le président et doit lors des séances du conseil se tenir à la gauche du président, le curé se tenant à sa droite. Exclu du bureau des marguilliers, le maire a sa place au banc de fabrique. Le curé quant à lui n’est pas soumis aux mêmes interdits. Il peut être président du conseil de fabrique et il arrive souvent dans les petites paroisses qu’il cumule les fonctions de président, trésorier et secrétaire. Dans les paroisses plus importantes, il est de bon aloi pour ne pas exacerber les rivalités de nommer président ni le maire ni le curé. De toute manière, le curé ou le desservant joue un rôle déterminant dans la vie de la fabrique. Membre de droit du conseil de fabrique, c’est lui qui annonce au prône les réunions ordinaires, qui propose l’état des dépenses nécessaires à l’entretien du service divin, qui prévient le bureau des réparations nécessaires, qui signe l’inventaire annuel du mobilier de l’église. Il possède une clé de l’armoire à trois clés(11) et un double de l’inventaire du mobilier. Il présente chantres, sonneurs et sacristains. Mais les défauts et manques de la législation expliquent les litiges entre fabriques et curés, corrigés partiellement par l’ordonnance royale du 13 mars 1832 qui stipule que le traitement des vicaires et desservants démarre le jour de leur installation constatée par le bureau des marguilliers.

Cent ans après l’officialisation de cette institution, la loi du 9 décembre 1905 dite de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat la fait repartir dans l’ombre. Une circulaire préfectorale du 12 août 1907 fait connaître que les biens des établissements publics du culte qui n’ont pas été recueillis par une association cultuelle sont attribués à titre définitif aux établissements communaux d’assistance et de bienfaisance. Le seul bien possédé par la fabrique d’Echandelys, non l’avons vu était le legs testamentaire effectué par le sieur Chaboissier. Deux délibérations du conseil municipal de la commune vont alors sceller le sort de cette possession en la transférant au bureau de bienfaisance malgré les réticences des ayant-droits (Document 16).

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Document 16 : Registre des délibérations du Conseil municipal de la commune d’Echandelys.

Le passage de propriété se fait entre 1908 et 1911 comme l’atteste le folio n°947 du tome 2 de la matrice cadastrale d’Echandelys reproduit ci-dessous (Document 17).

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Document 17 : Matrice cadastrale de la commune d’Echandelys tome 2 Folio 947 ; Archives municipales de la commune d’Echandelys.

Tous les signes pérennes de l’existence des fabriques des petites paroisses rurales vont alors s’effacer, disparaître aux générations futures alors que même la notion de paroisse avec la crise de vocation que vit actuellement l’Eglise catholique s’efface au profit de territoires géographiques plus grands.

ANNEXE.

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BIBLIOGRAPHIE.

Archives du département du Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand.
Archives municipales de la commune d’Echandelys, mairie d’Echandelys.
Code des paroisses, Paris, 1875.
De la location des chaises d’église, Paris, 1903.
DUCROCQ M. Cours de droit administratif, tome second. Ernest Thorin, Paris, 1881.
Journal des Fabriques, Paris.
PIERRARD P., La vie quotidienne du prêtre français au XIXe siècle 1801-1905, Hachette, Paris, 1986.
PLONGERON B. La vie quotidienne du clergé français au XVIIIe siècle, Hachette, Paris, 1974.
RIVET A., MORET P., BURGER P., CREMILLIEUX A., Voyage au pays des béates, De Borée, Romagnat, 2003.

NOTES :

(1)  Une cure ou une succursale est une personne morale capable d’acquérir et distincte de la personnalité de la paroisse représentée par la fabrique. On appelle mense curiale (ou épiscopale) l’administration et l’ensemble des biens qu’un curé ou desservant possède à ce titre. Le titulaire de l’office est considéré comme usufruitier des biens de la cure et transmet le fonds à son successeur. La fabrique est chargée de veiller à leur conservation. L’article 33 du décret du 6 novembre 1813 maintient au profit de l’Etat de droit de régale ayant pour effet de lui faire acquérir les fruits de la mense pendant la vacance.
(2)  Oblation : acte par lequel le prêtre offre à Dieu le pain et le vin qu’il doit consacrer. Oblat : tout ce qui est offert à l’occasion d’une messe (pain bénit, cierge, quête, etc.).
(3) Voir le texte en annexe.
(4) Vicaire : celui qui exerce en second les fonctions attachées à un office ecclésiastique ; prêtre qui aide et remplace éventuellement le curé.
(5) Casuel : profit, revenu incertain et variable d’un office ; honoraires que les fidèles donnent parfois au curé.
(6) (7) Archives départementales du Puy-de-Dôme.
(8) Délibération du 23 juin 1883, archives communales de la commune d’Echandelys.
(9) Fournie d’abord par Dilaire, cirier à Courpière, puis Morin de Sauxillanges en 1880, elle provient ensuite exclusivement du sieur Gourneneyre cirier à Saint-Amant-Roche-Savine à partir de 1881 au moins jusqu’en 1888.
De même, la fabrique avait ses fournisseurs attitrés : Clavelier, marchand à Echandelys, Rouvet maréchal-ferrant au bourg et Jean Dumas qui en plus de ses fonctions de chantre est menuisier de son état et est employé pour diverses réparations.
(10) La fabrique d’Echandelys sera mise à contribution lors de la réfection de l’église à la fin du XIXe siècle. Ceci fera l’objet d’un article ultérieur pour les Chroniques du GRAHLF.
(11) Chaque fabrique doit avoir une caisse ou « armoire à trois clés », avec trois serrures dont chaque clé est respectivement en la possession du trésorier, du curé ou desservant et du président du bureau des marguilliers. Y sont déposés tous les titres appartenant à la fabrique, ses papiers importants, ses registres de délibérations et les clés des troncs de l’église.

Toutes les photographies sont de l’auteur, réalisées en 2005.

Remerciements au personnel des Archives Départementales du Puy-de-Dôme, de la municipalité d’Echandelys, en particulier de Melle Joly, secrétaire de mairie, de Me Dutour, première adjointe, de Mr Heu, maire d’Echandelys.

Fichier PDF de l’article : Fabrique