LE CADASTRE NAPOLEONIEN DANS L’ETUDE DU FINAGE DE L’ACTUELLE COMMUNE D’ECHANDELYS

Seconde partie : LA DYNAMIQUE DU PEUPLEMENT

 

Après avoir étudié dans un précédent article la microtoponymie de la commune d’Echandelys tel que nous l’a fait connaître le cadastre napoléonien, nous allons tenter d’en préciser l’apport dans l’étude de la dynamique du peuplement dans l’emprise de l’ancienne paroisse. La seule source complète permettant une étude topographique du finage consiste en l’étude des plans cadastraux napoléoniens de 1834. En effet, nous n’avons pas la chance comme pour Brousse-Montboissier, de posséder un plan terrier de 1776, fait rarissime en Livradois, qui a pu être étudié par Lucien GACHON. Cette lacune nous interdit de procéder à une analyse régressive comme a pu le faire Samuel LETURQ pour le finage paroissial et communal de Toury, en Beauce orléanaise, qui a eu accès, pour sa thèse de doctorat(1), à plusieurs censiers de 1382 à 1471 ainsi qu’à plusieurs terriers de 1543 à 1696, dont un plan terrier de 1696 dont la précision topographique était telle qu’il a pu le géoréférencer sans déformation majeure. Concernant Echandelys, les plus anciens documents figurés connus à ce jour, et dont l’échelle est suffisamment grande pour une exploitation microtoponymique, sont deux plans très partiels établis pour la famille des ROYS datés du XVIIe siècle et concernant les possessions familiales des domaines des Bordes et des Verts pour le premier, des domaines situés autour du bourg d’Echandelys pour le second (document en très mauvais état)(2). Ils ne représentent que moins de 30 % de la surface de l’actuelle commune.

Mais que peut donc nous apporter le cadastre napoléonien ? Ses renseignements sont de deux ordres. En premier lieu, la toponymie et surtout la microtoponymie peuvent donner une idée de l’ancienneté d’un lieu, habité ou non. La dénomination d’un même fait varie au cours des siècles et ne sera pas identique à chaque époque. Mais si cette assertion est vraie pour certains lieux, il ne faut pas méconnaître les rhabillages que les différentes transcriptions ont pu provoquer, voire les traductions de termes ou d’expression d’une langue à l’autre. Pour Michel ROBLIN, qui a étudié l’origine des toponymes du terroir de Paris, a démontré que bon nombre de noms considérés comme étant d’origine gallo-romaine et de ce fait témoins d’une forte occupation romaine, étaient en réalité plutôt du Moyen âge. Pour lui, les noms de lieux sont des faits linguistiques et non des faits historiques(3). Il souligne la faible valeur des divisions linguistiques de toponymes, la langue gauloise étant parlée jusqu’au IVe siècle au moins et le latin resté une langue de communication générale jusqu’au IXe siècle. La seule utilisation de la toponymie qui ait gardé toute sa validité est celle des microtoponymes cadastraux qui constituent parfois d’utiles indicateurs de site (pièce rouge, vigne rouge, terres noires).
Par ailleurs, un nom a pu totalement disparaître pour être remplacé. C’est le cas du tènement de Siberges (ou Siberghes), attesté par différents actes s’étendant de 1525 à 1669, et qui a totalement disparu ensuite. Certains habitats ont disparu ou ont glissé topographiquement de manière modérée, mais entraînant une modification de leur nom. Paret, actuellement hameau de Parel, apparaît en 1728, accolé au nom de Montchal, Longechal qu’il remplace peu à peu d’après les recettes de taille. Le Cluel, hameau attesté dès 1350, est le siège d’une « extension » vers le nord-ouest, appelée l’Estrade, qui est apparue et a disparu au XVIIIe siècle. Aussi, la confrontation aux archives apparaît indispensable, ce qui limite la fiabilité d’une telle étude au fur et à mesure que l’on remonte dans le temps.
Dans un deuxième temps, la forme et l’organisation du parcellaire, en particulier autour des lieux habités, peut nous donner des renseignements sur la dynamique d’utilisation des terres ainsi que de leur partage. La taille des parcelles, leur orientation, leur rapport avec le réseau viaire peuvent être induits par leur âge et leur environnement au moment de leur création. Faute de pouvoir comparer avec des documents plus anciens, la comparaison avec le plan terrier du domaine des Vers et des Bordes des archives de la famille des ROYS peut permettre de tenter de comprendre la dynamique de l’évolution parcellaire. Enfin la confrontation des donnés de l’analyse du terroir d’Echandelys pourra être réalisée avec celles d’autres études similaires, en particulier celle de Magali WATTEAUX en Vendée(4).

Le choix géographique de la commune et donc approximativement de la paroisse comme surface d’étude mérite discussion. Il s’est révélé naturel car l’étude régressive tentée se fait à partir du cadastre napoléonien, seul vestige complet du terroir datant d’avant le remembrement des années 1970, et donc non impacté par le regroupement parcellaire et l’appauvrissement toponymique qui y est corrélé. Une étude des sections contiguës des communes voisines sera réalisée afin d’y établir la présence ou l’absence de certaines continuités morphologiques, mais le temps passé à la vectorisation des données impose de limiter cette étude à des portions géographiquement restreintes (anomalie géographique du tènement de Roure, extension au nord du parcellaire de Deux-Frères par exemple). Une étude plus globale pourra être réalisée dans un second temps et faire l’objet d’un article ultérieur. Cette limitation pose toutefois deux problèmes.
Le premier est l’utilisation d’un cadre géographique, celui de la paroisse, pour étudier des phénomènes de transmission de formes du parcellaire et de trames d’habitat dans un cadre géographique qui n’était pas encore constitué. En effet, l’organisation paroissiale suppose la présence de la religion chrétienne, ce qui exclut toute référence à une organisation spatiale antérieure qui aurait eu d’autres critères de formation, en particulier gallo-romaine ou proto-historique. De plus, la création du réseau paroissial s’est fait progressivement et même si les églises rurales se multiplient en Gaule dès le IVe siècle, les paroisses primitives couvrent de grandes surfaces, toutes les églises rurales n’ayant rang d’église paroissiale. A partir du VIIIe siècle, on assiste à une augmentation considérable des sanctuaires ruraux, due en grande majorité à des initiatives privées. Ce n’est que dans le courant du XIe siècle que le terme de parochia, désignant la circonscription territoriale dépendant d’un église rurale, se répand (alors qu’il était auparavant utilisé pendant le Haut moyen âge pour désigner un groupe de fidèles parfois rassemblés au sein de ce que nous appellerions aujourd’hui un diocèse). De même, alors qu’au Xe siècle, les patrimoines de ces églises rurales étaient réduits à des dîmes et à des biens fonciers, ce n’est qu’au cours du siècle suivant que les offrandes apportées à la messe, les prémices des récoltes et surtout les droits de baptême et de sépulture y seront adjoints. Quoique dotées de fonction paroissiales, de nombreuses églises rurales continuent aux XIe et XIIe siècles d’appartenir à des laïques, certaines constituant même le noyau d’un petit fief. Elles peuvent alors être données à des abbayes, permettant à un moine d’être attaché au sanctuaire devenu siège d’un petit prieuré. C’est vraisemblablement ce qui s’est déroulé pour l’église d’Echandelys. La création d’un paroisse est donc tout d’abord régie par les besoins religieux d’une population et nécessite l’accord de l’évêque. Le territoire résulte alors d’une logique radiale d’extension du pôle ecclésial et les limites en sont définies progressivement à la fois par les pratiques cultuelles des populations locales mais aussi par la rencontre ou le conflit avec d’autres pôles en expansion.
Cette organisation spatiale est variable dans le temps comme en témoigne l’appartenance de la Bournerie, hameau dépendant actuellement de la commune de Condat-les-Montboissier à la paroisse d’Echandelys. En effet, en 1522 la rente du Livradois, levée par Christophe de Callard seigneur du Freysonnet, cite les hameaux de la Faye et de la Bournerie comme appartenant à la paroisse d’Eschandellis, puis en 1656 en y adjoignant les hameaux de Labat et le bourg d’Echandelys, certainement en raison d’acquisitions ou de dons survenus dans l’intervalle. Lorsque la rente passe en 1658 à Christophe de Chalmazel, ermite de la Faye, les possessions nommées auparavant à Echandelys disparaissent. Est-ce pas revente, échange ou simplement en raison d’une lacune dans la nommée(5) ? De même en 1668, une saisie à la requête de Jacques Boitte, fermier du domaine d’Usson, demeurant au château de Bois-Rigaud, des fruits pendants par la racine dans l’estendue de Bois-Grand est faite contre les habitants de Lanramas, alors paroisse d’Echandelys(6). Si pour la Bournerie le fait est parfaitement possible en raison de sa position géographique faisant enclave dans le territoire communal actuel, le cas du hameau de Lanramas est peu vraisemblable, sauf à imaginer un déplacement de l’habitat. Ces faits traduisent toutefois le caractère fluctuant des limites paroissiales dont la détermination ne s’est faite que progressivement en fonction de la mise en valeur du finage, nécessitant à chaque création d’un nouvel habitat en particulier sur les limites floues des finages, des discussions entre les différents protagonistes religieux mais aussi laïcs afin de rattacher ces nouveaux paroissiens à un lieu de culte donné. Si les limites de certaines paroisses (comme Cournon par exemple) n’ont été fixées qu’au XVIIIe siècle, on n’observe toutefois pas à Echandelys le phénomène de tournantes, correspondant à des hameaux appartenant une année sur deux ou sur trois à une paroisse et le reste du temps à une autre. Enfin, la position géographique du domaine de Roure, formant une excroissance nord-ouest sur la forme générale du territoire communal paraît difficile à comprendre compte tenu de la proximité géographique de l’ancienne paroisse de Montboissier, formée à partir du pôle seigneurial représenté par l’ancien château de Montboissier, berceau de la famille éponyme (nous y reviendrons dans l’étude de la forme des parcellaires).
Mais l’organisation de l’espace rural rejoint la notion de territoire agraire qui ne correspond pas forcément à la réalité géographique de la paroisse. Une paroisse peut englober plusieurs territoires agraires et vice versa. La Coutume d’Auvergne précise que les pâturages sont limités par village (mas). On observe par exemple que le territoire de la paroisse d’Echandelys comporte des communaux du hameau de Limoges de la paroisse d’Aix-la-Fayette. L’étude des autres cadastres napoléoniens n’ayant pas été réalisée, il est possible que des hameaux d’Echandelys possèdent des territoires communautaires dans d’autres paroisses adjacentes. Les territoires agraires s’apparentent volontiers à des « aires de chalandise », des bassins d’attraction sur lesquels des groupes d’exploitants, soudés par des nécessités liées à l’exploitation de la terre, exercent un contrôle par le biais de conventions tacites, parfois énoncées dans des règlements (S LETURQ). Ils sont donc liés à deux critères géographiques fondamentaux, la distance (critère qui rejoint celui de la création de l’espace paroissial et qui explique une certaine collusion spatiale) et la hiérarchie entre les centres de peuplement, et à un cadre juridique et institutionnel, les coutumes en vigueur. Enfin, le dernier pôle influençant l’organisation des paroisses correspond au pouvoir politique. Si bon nombre de paroisses n’étaient le domaine que d’un seul seigneur, Echandelys se partageait entre deux pouvoirs féodaux d’égale importance, sur lesquels planait le pouvoir royal en forêt domaniale de Bois-Grand. Au sud-est se trouvent les possessions de la famille de la Fayette, alors que le nord-ouest correspond à la zone d’influence de la famille de Montboissier, scindée en deux maisons à la fin du XVIe siècle lors de l’héritage de Jacques de Montboissier-Beaufort-Canillac avec la création de la nouvelle baronnie de Sugères dont dépendent les anciennes possessions de la famille de Montboissier.

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Limites entre la justice de Sugères (à gauche) et celle de la Fayette (à droite) tirée d’un document réalisé par Magnin le 30 juillet 1785 à la réquisition des bénédictins de Sauxillanges lors d’un procès (Archives privées).

Le deuxième problème consiste en l’impossibilité de travailler en changeant d’échelle, technique chère aux archogéographes actuels, issus de l’école de G CHOUQUER. S ROBERT, mais surtout M WATTEAUX, dans sa thèse sur la dynamique parcellaire dans le sud de la Vendée, utilise l’échelle du Centre-Ouest, puis l’échelle départementale et enfin l’échelle du secteur étudié qui ne comporte « seulement » que 800 km2. On est bien loin de l’étude du territoire communal ! Elle en déduit, plutôt qu’une confirmation des césures historiques classiques, la présence de bifurcations temporelles dont les deux principales se situent au moment de la Tène finale qui voit la mise en place de la planimétrie actuelle, et le processus d’embocagement et de remembrement lié au développement des métairies à l’époque moderne. Le Moyen Âge ne paraît être, de même que la période gallo-romaine, qu’un fixateur et un transmetteur de cette trame parcellaire. Le village médiéval, considéré comme né aux environs de l’an Mil dans un contexte de révolution (R FOSSIER) est un concept abandonné, de même que la spécificité médiévale de la forme dite radioconcentrique, au profit de la forme radioquadrillée issue de la superposition du quadrillage protohistorique du parcellaire auto-organisé et du réseau viaire concentrique à l’habitat médiéval. Toutefois, cette « hauteur » d’analyse ne permet pas ou très difficilement l’étude des changements de modelé ou des variations locales, en raison, de l’aveu même de l’auteur, de l’échelle spatiale utilisée. Ces études, de plus en plus en vogue en raison d’opération de sauvetage menées lors de grands travaux (autoroutiers ou ferroviaires en particulier) ne peuvent donc pas entièrement répondre aux questions posées par l’évolution temporelle et spatiale d’un parcellaire paroissial.

BREF RAPPEL DES CONNAISSANCES SUR L’EVOLUTION DU PEUPLEMENT EN AUVERGNE.

Le schéma spatial et temporel de l’humanisation de l’Auvergne tel qu’il est connu montre un homme néolithique en nombre infinitésimal. D’abord itinérant, puis semi-nomade, il délaisse les secteurs mal adaptés à son mode de vie plus pastoral qu’agricole dont les massifs orientaux couverts de forêts aux sous-bois peu pâturables font partie. Toutefois la découverte de silex et pointes de flèches lors de la construction d’une maison à Echandelys en 1985 démontre que les forêts d’altitude n’étaient pas totalement exclues des zones d’influence de ces populations. A partir de 5000 avant JC, s’installent des civilisations fondées sur des activités d’élevage et de culture. Le type de céramique fabriquée permet de distinguer deux groupes distincts. La céramique rubanée, apanage du nord, se retrouve jusqu’à Aulnat, alors que la civilisation cardiale est présente en Haute Loire. Une réunion s’opère avec la civilisation chasséenne ( de 3000 à 2000 avant JC), basée sur l’élevage et la culture comme l’atteste le résultat des fouilles à Espaly (Haute Loire). A partir de 1800 avant JC, on assiste à l’arrivée de la période du Bronze pendant laquelle les groupes humains, mieux outillés et organisés socialement, permettent l’implantation d’une tradition agraire basée sur l’élevage bovin et la céréaliculture, la seconde suivant lorsque la première s’était suffisamment implantée pour stabiliser les noyaux d’implantation humaine. La densification humaine a ainsi permis la mise en valeur de nouveaux territoires, en particulier les massifs de l’est tout en recouvrant les zones de peuplement antérieur, et permettant une redistribution de l’habitat qui se poursuit pendant l’époque romaine. H CUBIZOLLES note en effet une arrivée tardive, entre 640 et 860 après J.C., des pollens de céréales (et de leurs corollaires de rudéoles et messicoles) dans les tourbières de Virennes. L’axe de peuplement principal, persistant pendant toute la période gallo-romaine, correspond à la vallée de l’Allier, principalement sur les flancs des buttes et des plateaux qui la dominent et qui s’échelonnent de 600 à 800 mètres d’altitude. Au delà, le peuplement devenait lâche et les bois restaient nombreux, séparant des îlots d’habitats égrenés le long des axes de communication, correspondant aux rares découvertes faites à Auzelle (tuiles à rebords, moellons et céramique commune), à Fournols (borne du hameau de Garnisson) et à Chambon sur Dolore (murs, céramique commune et sigillée à Tirevache où M LEMEE fait une excellente mise au point des connaissances(7)). Aussi, à la fin du Ve siècle de notre ère, le peuplement était déjà ancien, mêlant les sites de hauteurs défensifs de tradition hallstattienne et les centres de peuplement à vocation agricole, situés en plaine ou directement sur les versants. Au VIe siècle, les renseignements deviennent plus précis, en particulier grâce à Grégoire de Tours qui fait apparaître le même contraste entre une plaine riche et fertile et une montagne boisée où le peuplement était beaucoup plus lâche. Ces territoires forestiers correspondaient souvent au saltus d’un domaine agricole plus bas situé en plaine, servant de réserve de bois et de terrain de chasse au propriétaire. Parmi ces vastes territoires incultes couverts de forêts ou de végétation arbustive et herbacée, une grande partie appartenait au fisc. En l’absence de source écrite, l’évolution du peuplement reste obscure pour les deux siècles suivants et ce n’est qu’au IXe et surtout Xe siècle que la documentation rend son évaluation possible. Même si le contraste entre une Limagne concentrant la majorité de l’habitat et les hauteurs boisées reste de mise, deux textes semblent indiquer que des transformations importantes se sont produites dans les forêts environnantes. L’un d’eux correspond à la charte de fondation de l’abbaye de la Chaise-Dieu, en 1052, dans un lieu où s’élevait déjà une église. Ces églises et les villages qui les environnaient prouvaient la présence d’un habitat permanent même dans ces lieux désertiques (in eremo sitam). C’est de cette époque que datent aussi dans le cartulaire de l’abbaye de Sauxillanges les premières mentions de lieux habités autour d’Echandelys. On trouve une donation concernant Saint Eloy : hoc est ecclesia S. Ilidii cum universis appenditiis suis, mansis videlicet, campis, silvis, pratis, farinis, et quicquid ipsi visum fuerit ad ipsum locum pertinentem (charte n°436 de 961, puis chartes 437 de 954 à 986, 636 de 994 à 1049, et 712). Aix la Fayette y est nommée dans les chartes 632, 633, 634 (avec mention du hameau de Limoges toujours présent), 801, 802, 937, de même que Condat les Montboissier (charte 788) et Fournols (chartes 16, 235 et 481). Outre le don de tout ou partie des bénéfices de l’église, sont notés la présence d’habitations, de leurs dépendances, de prés, champs, forêts voire de vignes, témoignant d’une implantation pérenne et économiquement autosuffisante des habitats de cette période. Ces lieux habités, composés de manses et appendaries, ont des noms précédés du démonstratif ille, ce qui pour G FOURNIER et DAUZAT, correspond à l’article et dont l’usage toponymique s’est répandu aux X et XIe siècles. A partir de la fin du IXe siècle, on assiste donc à une extension des territoires cultivés sous la forme d’écarts composés de quelques feux. Cohabitent alors des points de peuplements anciens avec des noms de formation plus récente en rapport soit avec des zones de défrichement soit avec la construction d’un château féodal. De plus, l’époque carolingienne a été marquée par un mouvement général d’appropriation des terres montagnardes par les seigneurs de la plaine avec usurpation de terres du fisc, encore vastes dans les montagnes et difficiles dans ces terrains peu accessibles. Naît alors le partage du finage de la paroisse d’Echandelys entre la famille de Montboissier dont la première mention date de 969, la famille Motier de la Fayette, connue dès l’an mil et le fisc dont sera issue la châtellenie d’Usson possessionnée de la forêt de bois Grand.
Tout au long des XIe et XIVe siècles, on observe une augmentation sensible de la population, même un premier retournement intervient en 1315-1316 en raison d’une famine touchant l’Europe occidentale non méditerranéenne en rapport avec un excédant de précipitations. L’étude de différents documents montre une Auvergne fort peuplée au début du XIVe siècle, avec une forte production agricole, dont le « blé » tient une place prépondérante. Même si on retrouve de grands domaines, il existe une prépondérance de la petit exploitation paysanne dont le tenancier peut se conduire en quasi propriétaire à condition de payer les redevances qui apparaissent assez fortes car fixées en nature et échappant de fait à la dévaluation monétaire. Mais bientôt le retour de la peste en 1348 (disparue depuis le VIe siècle), qui devient progressivement endémique, est responsable d’un taux moyen de décès de 23 % (d’après le taux d’heredes noté dans le rôle de taille levée dans le Comté d’Auvergne pour la chevalerie du comte Philippe de Rouvre en 1352). La guerre de Cent ans, suivie par les exactions des routiers, ainsi que les aléas climatiques, explique la survenue de famines et de l’enchérissement des cours du blé. Il semble alors que la reconstruction des campagnes postérieure à la guerre de Cent ans a redistribué l’habitat tout en modifiant les modes de mise en valeur de la terre. Certains habitats désertés ne seront jamais réoccupés. Leur finage n’est toutefois pas abandonné, même si il peut exister une mise en valeur différente des sols (pacages extensifs, voire reprise de la forêt). On assiste alors à la concentration de terres aux mains d’une classe dominante ce qui permet la création de grands domaines, les métairies, provoquant la disparitions de villages jusqu’alors d’organisation communautaire, même si une partie des métairies est née à partir du XIe siècle de la volonté des seigneurs locaux de faire valoir des parties de leur réserve. Au début de cette renaissance rurale, les paysans disposent de terres abondantes et les exploitations sont nettement plus vastes qu’au début du XIVe siècle. Mais la population croissant rapidement, se pose dès la première génération le problèmes des successions. On assiste alors à une formule peu usitée jusqu’à présent, la communauté de famille. Touchant jusqu’à plus de la moitié de la population des villages, elles apparaissent éphémères et l’autorité n’y étant pas aussi bien définie que dans les communautés du XVIIIe siècle, elles engendrent de fréquents conflits. La poursuite de la montée démographique a pu provoquer des situations de surpopulation, en particulier dans les montagnes, poussant à une émigration temporaire que l’on retrouve parfois dans les lettres de rémission. Cette augmentation de population, tolérable jusqu’au XVe siècle, est vraisemblablement à l’origine de la crise affectant le monde rural au siècle suivant. A la diminution de la surface de la propriété moyenne dont dispose une famille paysanne (même si on a pu gagner quelques espaces), s’ajoutent l’absence d’augmentation des salaires de complément (en raison de l’augmentation de la main d’œuvre disponible) et surtout l’augmentation de l’impôt royal qui, injustement réparti, frappe surtout les petites gens. Les paysans petits propriétaires sont alors de plus en plus contraints d’emprunter, notamment dans le cas de mauvaises récoltes. Ils achètent du blé au prix fort pour faire la soudure, mais doivent céder le leur à leur créancier au moment où les cours sont les plus bas. Ce cycle amène progressivement à l’aliénation de la propriété au profit des bourgeois créancier qui vont se constituer ainsi un patrimoine foncier, mais aussi au profit du seigneur en cas d’impossibilité d’acquitter le cens. Le seigneur devient alors possesseur d’une partie de sa directe. Une bonne partie des paysans propriétaire devient alors des métayers qui, s’ils peuvent compter sur une aide du propriétaire en cas de période difficile, sont toutefois redevables de la moitié de la récolte. Cette situation désastreuse va perdurer jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Après la Révolution française, qui voit la récupération des terres nobles puis non paysannes par les paysans aisés, deux phénomènes se succèdent. On observe tout d’abord une tendance croissante de partage des communaux en particulier non boisés, mettant à bas des siècles de pratiques communautaires transcendant les limites paroissiales, et rendant difficile la vie des petits exploitants et des non possédants en raison de la diminution des espaces de pacage libre. Puis, avec l’exode rural, qui commence dès le milieu du XIXe siècle, et à la mécanisation progressive de l’agriculture on assiste au boisement progressif des parcelles tout d’abord les plus difficiles à mettre en valeur, parallèlement à la disparition du polycultivateur.

On constate donc que la phase la plus importante dans la mise en place du peuplement des montagnes de l’est de l’Auvergne se situe durant le haut moyen âge. Quelles étaient donc les modalités d’occupation du sol à cette époque ? A l’image simpliste des grands domaines gallo-romains, vastes exploitations associant réserve et tenures, ont été associés nombre de petites et moyennes exploitations allodiales abritant des paysans indépendants soit dans des exploitations isolées, soit dans des hameaux ou villages (Cf. la définition du village), le terme de villa étant utilisé dans les textes dans le sens de grand domaine ou de regroupement géographique d’exploitations de propriétaires différents. Là encore, on peut opposer la répartition géographique de ces grands domaines, plutôt situés en plaine, sur des terres riches, plus rares en montagne (même si on retrouve la notion de villa à Saint Amant), et des plus petites unités d’exploitation, correspondant à des unités de défrichement plus tardives des montagnes d’altitude. Dans les Formulae arvernenses, datées du VIIIe siècle, on retrouve la notion de manse, située au sein d’une villa, et comprenant des bâtiments divers, des champs, des prés, des vignes, des bois et des eaux, faisant l’objet d’une cession à perpétuité entre deux hommes libres. Le sens en est difficilement compréhensible si l’on ne donne pas à villa le sens de village ou de hameau et à manse le sens d’exploitation rurale familiale. Aussi les textes mentionnent dès le VIe siècle la présence de laboureurs libres, possesseurs d’un attelage, voire de paysans moins fortunés obligés pour survivre de louer leurs bras et leurs services une partie de l’année. Cette paysannerie indépendante était alors fréquemment en butte à l’autorité de plus puissants désireux d’arrondir leurs possessions, aboutissant parfois à l’asservissement volontaire, forme extrême du patronage. L’importance quantitative de la tenure allodiale est difficile à apprécier dans des textes concernant en majorité les grands propriétaires, les mieux à même de répertorier leurs possessions, d’ester en justice, ou de faire des donations aux abbayes alors que les petits propriétaires n’avaient parfois pas suffisamment de surface à cultiver pour vivre.
Proche de la villa, la cour (curtis)(8) correspond elle aussi du IXe à la fin du Xe siècle à un lieu habité qui appartient avec ses dépendances à un même propriétaire. La mieux connue est celle de Sauxillanges où le comte d’Auvergne fonde en 927 un monastère. Outre un manoir (casa), on y trouvait deux églises, le tout enfermé dans un enclos lui même entouré de clôtures plus vastes. Y étaient adjoints cinq moulins fariniers ainsi qu’un breuil (bois aménagé en réserve de chasse). Tout autour se trouvaient, des terrains incultes et des terres cultivées contenant de multiples exploitations paysannes, appelées manses, appendaries, réparties en de nombreuses localités. Plusieurs églises distantes figuraient aussi parmi les dépendances. Le manse associe un terrain bâti comprenant des bâtiments à usage d’habitation et d’exploitation. Il s’y associe souvent une cour et un jardin. Les terres qui en dépendaient pouvaient être attenantes ou plus éloignées en fonction des modes de créations du manse (héritage ou achat progressif de parcelles), et de nature variable (champs, prés, vignes, bois, terres incultes …). Enfin, les textes énumèrent les droits divers afférents ainsi que les eaux y participant. Le manse est souvent occupé par un seul cultivateur, libre ou non, la terre étant cédée avec l’occupant qui en assurait la mise en valeur. A partir du milieu du Xe siècle, quelques textes mentionnent des manses sur lesquels étaient installés plusieurs cultivateurs, vraisemblablement en rapport avec le caractère héréditaire de la conditions des occupants qui exercent à partir de cette période des droits de jouissance qui pourraient indiquer la mutation progressive de ces droits vers la notion de tenure. Enfin c’est à partir de cette période que l’on voit apparaître un habitat dispersé constitué de manses isolés formant chacun un écart, en liaison soit avec des défrichements, soit des allotissements de terres détachées de grandes propriétés. Le mot, sous sa forme romane de mas, a perduré pendant tout le moyen âge jusqu’à l’époque moderne pour désigner soit une tenure d’un seul tenant, soit un hameau de quelques feux dont les membres étaient les descendants des premiers occupants du manse. L’appendarie, dans son sens strictement étymologique, correspondent à un petit bâtiment annexe. Dans la pratique, elle est comme le manse, le noyau d’une exploitation agricole, mais moins complexe et plus réduite dans l’espace. Sous l’effet du recul de l’esclavage, de l’augmentation de la population, des familles paysannes sont donc installées dans les saltus des montagnes, provoquant un resserrement des villages ainsi qu’un morcellement de plus en plus important des parcelles. De nombreux villages primitivement desserrés se recomposent autour des châteaux et des églises dont le rôle devient essentiel au cours des IXe et Xe siècles. Si les forteresses semblent avoir été nombreuses dès avant le haut moyen âge, on assiste au cours des Xe et XIe siècles à l’apparition des châteaux à motte qui vont essaimer dans toute l’Auvergne, en relation avec une recrudescence de l’insécurité non pas en rapport avec les invasions normandes, mais plutôt en raison de la généralisation des conflits de seigneur à seigneur. Il paraît donc légitime d’ajouter à la liste des châteaux connus aux Xe et XIe siècles ceux qui entrent dans la formation des patronymes chevaleresques ou nobiliaires (même s’il est difficile de distinguer les seigneurs châtelains alleutiers, vassaux et les chevaliers qui formaient la garnison des forteresses et l’entourage des seigneurs châtelains). La trace de ces châteaux peut être difficile à retrouver en raison soit d’une occupation ultérieure effaçant toutes traces des aménagements primitifs, soit d’une réaffectation de l’espace urbain. La tradition orale fixe à Echandelys la présence d’un château primitif au lieu dit la Croix. La topographie de l’endroit, sa configuration générale, de même que la présence d’une croix ancienne, d’origine inconnue, rend possible cette hypothèse. Dans un second temps, avant la fin du XVIe siècle le château, vraisemblable dépendance de la famille de Montboissier, est transféré plus au sud-est où il est attesté par plusieurs documents des archives de la famille des ROYS. La présence de l’église actuelle, située au contact du second château, peut traduire le passage d’une chapelle castrale érigée en église paroissiale au plus tard au cours du XIVe siècle. L’église actuelle possède toujours un banc dans le bras sud du transept, réservé à la famille des ROYS, et que la situation topographique pouvait faire communiquer directement avec la parcelle du château par une porte attenante. Mais dans certains cas, comme à Thiers par exemple, l’église est préexistante au château

APPORTS DE LA MICROTOPONYMIE.

Nous avions vu lors de l’article précédent que l’origine latine (patoise et occitane) représente la grande majorité des microtoponymes en nombre (44,68 % pour seulement 28,24 % de la surface totale) alors que les racines pré-celtiques et gauloises occupent une surface (19,06%) plus importante que leur nombre (16,44%). Ces derniers noms sont souvent liés à une origine naturelle, correspondant à des parcelles de vaste étendue, plus ou moins incultes, donc peu mises en valeur. La carte de leur répartition en fait principalement des bois. L’étude des noms des lieux encore actuellement ou anciennement habités peut donc nous renseigner au mieux sur leur origine. Les tableaux ci-dessous reprennent les différents lieux habités d’après les sources actuellement disponibles que j’ai pu consulter. Le premier tableau reprend les données les plus anciennes issues du registre de levée de taille de 1350(9) , de registres notariés présents dans les archives de la famille des ROYS (en particulier un registre provenant des archives de Maître GUERINON, notaire royal) et dont les dates sont notées en gras souligné, ainsi que du projet de réfection du terrier de la famille des ROYS datant de 1586(10).

Barbye (la) : 1596
Bois (le) : 1580
Bordes (les) : 1502 1539 [les Bordes et Saignelongue] 1586 1611 1612 1645 1655 1667 1669 [les Bordes et Sagnelongue] 1674 1688 1724 1752 1775
Brohet (le) (Brethet) : 1284(11) 1607(12) 1609 1664(13)
Brusto (Brouste) : 1284(14)
Brut (le) : 1596 1607(15) 1680
Buisson (le) : 1560(16) 1627
Carroicte (la) : 1611 1740(17)
Chabreirat : 1607(18) 1627
Cher : 1525 1526 1539 1624
Cluel (le) (le Cluzel) : 1284(19) 1350 1596 1607(20) 1620 1625 1626 1659 1664(21) 1680 1728(22) 1734
Codierre : 1526
Codortrasse : 1526
Coppat : 1525 1526 1586 1609(23)
Seytadour de Coppat : 1525 1526 1539
Couderettes : 1525 1539 1586 1669
Coudeyras : 1586
Courbadour (situé au nord de Coupat) : 1690(24)
Deux Frères (les) : 1350 1485(25) 1607(26) 1624 1629 1664(27) 1728(28) 1740(29) 1775(30)
Echandelys : 1240(31) 1350 1373(32) 1381(33) 1502 1504 1505 1513 1596 1522(34) 1535 (35) 1586 1618 1620 1645 1646 1659 1675 1680
Enclaux (les) : 1199(36) 1357(37) 1425(38) 1539 1586 1607(39) 1624 1629 1664(40) 1733(41) 1752 1775
L’étang des Enclaux : 1465(42)
Fauplantat : 1560(43) 1629
Faye (du rif) (la) : 1425(44) 1522(45) 1586
Fiosson : 1607(46) 1664(47) 1728(48)
Foresterie (la) : 1350 1586 1596 1607(49) 1611 1624 1680 1728(50)
Foresterie (le moulin de la ) : 1586
Giry (le moulin de ) : 1607(51) 1627 1733(52)
Labbat : 1522(53) 1586 [Labas] 1627
Lalo : 1586
Langlade : 1485(54) 1574 1586 1596 1607(55) 1610 1611 1618 1645 1659 1675 1680
Lestrade : 1485(56) 1590 1607(57) 1625 1740(58) 1775(59)
Longechal : 1586 1607(60) 1609(61) 1629 1633 1724
Longechalin : 1284(62) 1526 [Longechatun] 1539 1609(63)
Lospeux (le Peux) : 1539 [Ospeulx] 1586 [Louspeux]
Lossedat : 1350 1539 1586 1669
Maillerie (la) : 1350 1353(64) 1539 [la Malherie] 1586
Malgoutte : 1525 [Mellegoucye] 1526 1539 1609(65) 1610(66) 1740(67)
Mas (le) : 1350 1586 1596 1607(68) 1611 1625 1626
Molin (le) : 1525 1526 1539 1586 1609(69) 1669
Montchal : 1607(70) 1609 1626 1684(71) 1728 et 1763(72)
Montchalin : 1284(73) 1607(74)
Paret – Montchal : 1626 [Parel] 1728(75)
Regolis (la) (Regalia) : 1284(76)
Roure (le) : 1425(77) 1529(78) 1544(78) 1547(79) 1559(80) 1616(81) 1681(82) 1742(83)
Sagnerade : 1532
Saletas (la) : 1586
Serolde (la) : 1611
Siberges : 1525 1526 [Ciberges] 1539 [Ciberges] 1586 [Ciberges] 1669 [Ciberges]
Sibodie (la) : 1284(84) 1350 1596 1601(85) 1607(86) 1624 1664(87) 1680 1684(88) 1728(89)
Vers : 1525 1526 1539 1586

Une deuxième source, les registres de taille, croisés avec les registres d’état civil peut nous apporter des renseignements concernant les lieux habités de 1679 à la Révolution française(90). Les données sont relevées dans un tableau (Annexe 1). Le tableau en Annexe 2 correspond à une synthèse des lieux connus habités ou ayant été habités sur la paroisse d’Echandelys. On y constate que les premières mentions attestées ne remontent pas au-delà du XIIIe siècle.

Formations du haut moyen âge.
Parmi les noms les plus anciens on retrouve les Enclos et Echandelys. D’origine latine, ils peuvent être les témoins des points de peuplement initiaux de la paroisse. Tous deux sont situés à flanc de vallée, à la partie terminale de la vallée de l’Astroux. Echandelys est placé juste au niveau du cirque terminal de la vallée, avant que la pente ne s’élève de manière plus marquée pour permettre de franchir la crête boisée qui correspond au balcon du Haut Livradois, débouchant vers St Eloy la Glacière (attesté en 961) et Fournols (attesté vers 980-990), ce qui peut correspondre à l’origine du terme, M BOY évoquant le verbe latin scandere pris au sens d’escalader. Les Enclos sont situés quant à eux à la sortie d’une vallée sèche, au bord du même massif forestier primitif, regardant vers le sud-ouest le long de la vallée qui contient le ruisseau des Bordes, voie de passage de Condat les Montboissier à Aix la Fayette, et qui essaimera par la suite sur son trajet les domaines seigneuriaux des Verts et des Bordes. Echandelys est certainement le point d’ancrage du peuplement initial du terroir paroissial non pas en raison de son caractère de chef-lieu, mais en raison de sa situation géographique, au flanc de l’amphithéâtre naturel s’appuyant sur les crêtes du Haut Livradois, allant du bois de Mauchet au nord-est jusqu’au bois du Marquis au sud-est, en passant par la forêt domaniale de Bois Grand. Cette situation privilégiée s’est trouvée confortée par la fondation à la fin du XIe siècle d’un prieuré dépendant de l’abbaye de la Chaise Dieu, uni au XIVe siècle à l’office de l’abbé ouvrier, abbaye qui possédera des biens dans la paroisse jusqu’au XVIIIe siècle. Le patronage du prieuré, puis de l’église, placée sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption, correspond bien à celui d’un établissement fondé entre les IX et le XIIIe siècles. Les derniers éléments, bien que ne faisant pas partie des plus anciens attestés, peuvent être liés à une origine latine.
Présents dès le VIIe siècle pour le Mas ainsi que pour la Pendarille (issue du bas latin appendaria), ces deux termes attestent la présence de lieux habités. Le Mas, exploitation rurale plus modeste que la villa est cultivé en autonomie. La Pendarille, qui ne correspond plus à un nom de lieu habité aujourd’hui, évoque le dénombrement d’une manse primitive. Ces deux termes sont bien en rapport avec l’accroissement de l’exploitation du saltus en raison de la poussée démographique du Xe siècle. Ils forment une première couronne de peuplement à partir d’Echandelys.
L’origine latine des microtoponymes de la Cour, situé au contact du hameau de Cher (à son flanc sud-est), de Lestrade, qui fut un lieu habité du XVe au XVIIIe siècle (au nord-ouest de l’actuel hameau du Cluel), ainsi que de l’Anglade qui correspond vraisemblablement à une création secondaire issue de la métairie d’Echandelys, peut préjuger d’une occupation relativement ancienne, de même que leur localisation géographique qui les cantonne à un étage relativement proche des premiers sites de peuplement.
Le terme de la Grange se réfère vraisemblablement au lieu de collecte de l’impôt par le propriétaire. Trois pouvoirs se partage essentiellement les terres de la paroisse. Tout d’abord l’abbaye de la Chaise Dieu qui est toujours propriétaire des dîmes collectées sur la paroisse d’Echandelys, affermées jusqu’en 1761 à un certain Joseph Amouroux marchand d’Aix (cautionné par le sieur des Roys) et à Barthélémy Mozac, avocat (cautionné par Jean Baptiste Mozac, son père, conseiller du roi en l’élection d’Issoire)(91). Ensuite le pouvoir temporel se partage comme nous l’avons vu entre la famille de Montboissier et la famille de la Fayette qui perçoivent des cens, ainsi que la famille des Roys comme l’atteste un procès qui s’est déroulé en 1526 et qui la confirme dans ses droits de cens, lods et ventes en directe seigneurie(92). Mais dès le haut moyen âge, le terme prend la signification d’exploitation agricole. Présent sur trois sites, les deux premiers, situés à l’étroite proximité des hameaux des Verts et de Lossedat semblent plutôt dépendre de la mouvance de la famille de Montboissier, alors que la dernière occurrence appelée terre de la Grange, est située sur le plateau descendant doucement de la Foresterie vers le plateau de la Maillerie dans une zone qui fut porteuse de multiples zones d’habitat disparu qui semblaient dépendre plutôt directement de la châtellenie d’Usson (donc du roi de France ou de la famille la Fayette à laquelle le roi avait concédé plusieurs de ses avantages féodaux).

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Ensuite vint la succession de termes dérivés anciens du bas latin calma (dérivé du latin campus ancêtre linguistique de champ) qui a donné sur le territoire communal Longechamp, Longechalin, Longechal, Montchalin, Montchal à qui fut accolé à Paret, donnant les formes transitoires de Paret-Montchal (XVII et XVIIIe siècles), puis actuelle de Parel. Il est de plus possible que les formes Longechalin et Montchalin soient les formes initiales des termes Longechal et Montchal, compte tenu de l’antériorité de leur utilisation.

Derives de calma

Toutefois, cette hypothèse peut être invalidée par la mouvance de laquelle dépendent ces toponymes. Alors que Longechalin et Montchalin dépendent de la maison de Montboissier, Longechal et Montchal sont cités dans les dépendances de la maison de la Fayette. Mais alors il est possible que le glissement toponymique soit le reflet d’une redistribution des territoires seigneuriaux, ces lieux étant à la frontière entre les deux. De plus, compte-tenu du flou présent dans les textes de référence, il est impossible de localiser la majorité de ces endroits, seuls Longechal et Longe Champ étant encore présents en 1834 lors de la confection du cadastre.
Lissard, issu du latin exsarire puis du bas latin exsartum apparaît dès le Xe siècle et correspond à une parcelle de terre défrichée dans les bois d’après G FOURNIER. Sa position excentrée par rapport aux sites de peuplement ancien renforce cette hypothèse puisque les seuls zones d’habitat l’entourant sont de formation plus tardive (le Buisson, Faux Plantat, la Bournerie, Labat).
Pour la Mondeyre, la situation est plus incertaine, même si l’origine est chronologiquement aussi ancienne. Il peut s’agir de la terre de Mondon (la Mondaria) ou venir du latin mundus qui signifie nettoyé, propre, prêt à être cultivé). Compte-tenu de la forme de la parcelle ainsi que de l’éloignement géographique de tout lieu habité, cette deuxième hypothèse est la plus vraisemblable et témoigne de l’importance des défrichements opérés au haut moyen âge, avant la déprise démographique et agricole liée à la guerre de Cent ans et à la peste. Elle renforce le caractère ancien de la zone d’occupation des crêtes matérialisée par le hameau de Deux Frères. Dans le même ordre chronologique, peut se situer la Juria, correspondant soit à la terre de Jury, soit à une hauteur boisée (du gaulois juris). Comme Lissard, elle est située dans la même zone d’habitat toponymiquement plus récent.
Enfin, les Enclos dont l’origine latine du terme se réfère au caractère fossoyé du lieu, correspondent à une terre noble comme en témoigne le procès de 1733(93) intenté par Damien Bournerie, Blaize et Jean Longechal et Benoit Mouay habitants du moulin de Gery, contre Claude Teyras alors fermier des cens de la seigneurie des Enclaux. Il y est noté que le moulin de Gery doit des cens à la seigneurie des Enclos. Cet état, de même que les textes qui s’y réfèrent, permet d’écarter une création plus tardive de type ferme fortifiée comme on peut en voir au XVe siècle La majorité de ces occurrences toponymiques renvoie à des lieux éloignés des villages, dont la vocation est la mise en valeur du finage. Peu d’entre eux donneront naissance à un hameau ou à un chef-lieu parroissial(94). La distance entre les deux sites (1,9 km à vol d’oiseau alors que la distance entre le bourg d’Echandelys et les Enclos n’est que de 1,6 km) témoigne de l’importance historique du finage des Enclos, ainsi que du mode de propagation des sites de peuplement venant de Condat-les-Montboissier par le biais des vallées, en particulier de la vallée sèche par laquelle court l’actuelle D58 et qui passe par les Verts, Lospeux, les Enclos, pour arriver au Rouvet puis au bourg d’Aix-la-Fayette.

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Formations germaniques.
De manière plus tardive, la présence de toponymes germaniques a pu voir le jour, bien que l’Auvergne soit restée relativement à distance des zones d’invasions. L’existence des Bordes (borda : planches puis cabane, petite maison), atteste, pour Gabriel Fournier(95) , d’une zone de mise en valeur mérovingienne postérieure aux premiers siècles de notre ère, au sein d’une forêt correspondant à la silva du haut moyen âge. Ce terme est vraisemblablement à l’origine de la forêt de Bort, au nord du département du Puy de Dôme. Il est à distinguer de la Borderie, terme de création plus tardive. La zone du fisc, correspondant au saltus, se serait donc étendue jusqu’au contrefort des Barthes, franchissant la petite vallée contenant actuellement les hameaux de Lossedat et du Rouvet, séparant Aix-la-Fayette d’Echandelys. De plus, la topographie du site des Bordes d’Echandelys qui est placé non loin du ruisseau éponyme, rend possible le roseau (bourde, d’origine inconnue mais assez fréquent dans le Massif Central(96)) comme étymon du terme. Toutefois, la faible implantation de l’habitat ainsi que la grande taille des parcelles en fond un habitat ancien noble dont la mise en valeur n’a donné lieu qu’à une forme d’exploitation de type métairie (voir plus loin Les formes du parcellaire).
La Loge, dérivée du germanique lobia correspond à un abri, une petite maison, une hutte provisoire utilisée par les défricheurs du XIe au XIIIe siècle pendant les travaux de déforestation. Elle peut aussi être une petite construction destinée à abriter du matériel agricole. On ne retrouve sur la paroisse qu’une seule occurrence proche du hameau de Cher dont elle correspond vraisemblablement à une de ses zones de défrichement secondaire, sur le flanc du petit sommet appelé de nos jours Rochecheire. Ce groupe de parcelles est actuellement de nouveau boisé.

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Dans la même origine, le terme de Litte donne un groupe de toponymes issu du germanique lista (qui du sens de bordure, a pris la signification de parcelle étroite et longue). Elle est présente sur de nombreuses zones du territoire, toujours à proximité d’une zone d’habitat. Toutefois, sa répartition géographique est un peu inhabituelle. Si elle est absente de tous les massifs forestiers qui sont les résidus témoins de l’ancienne zone du fisc (Bois de Mauchet, forêt de Bois Grand et bois du Marquis), elle épargne toute la vallée du ruisseau de la Maillerie, la zone des Bordes et des Verts, et dans une moindre mesure la zone des Enclos. Ces zones correspondent aux possessions initiales de la famille des ROYS (domaines des Bordes, des Verts, tènements de Siberges et du Molin, domaine de Langlade et d’Echandelys) et de la famille de SERMENT (domaine des Enclos), et ont donc vraisemblablement d’un peuplement plus ancien. Les rares occurrences du terme proches des Enclos sont certainement liées à la présence des hameaux de Lospeux et Lossedat.

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On observe par ailleurs que les Littes, étant toutes groupées autour d’habitats connus actuellement, elles ne peuvent nous aider dans la découverte d’habitats anciens disparus pendant la guerre de Cent ans ou lors de la grande Peste. Une deuxième explication à cet état de fait est que le terme est passé dans le langage courant relativement rapidement et est resté tardivement utilisé (avant le XIXe siècle toutefois ou son sens initial devait être perdu) pour désigner une bande de défrichement secondaire sur des zones froides, laissées temporairement en jachère, mais régulièrement remises en culture.
Enfin les deux dernières occurrences d’origine purement germanique correspondent à des noms de personnes. Il s’agit des tènements de Lalo et de Siberges. Autrefois habités, si ils ne correspondent aujourd’hui à aucun lieu connu sur les éléments de cartographie dont nous disposons (essentiellement le cadastre napoléonien), leur description dans les textes de la fin du XVIe siècle dont nous disposons nous permet de les situer approximativement. Si aucun patronyme correspondant à Siberges n’a été encore retrouvé en archive, un nommé du fief des Bordes de 1586 fait état comme confins du tènement de Lossedat, des terres qui furent de Guilhaume ALO de nuyct. Une autre hypothèse concernant le tènement de Lalo serait un terme d’origine latine, alodis ou allodium, qui traduit le caractère libre de redevance d’une terre ou d’un domaine. Dans notre cas particulier, il faudrait toutefois (ce qui n’est pas strictement impossible), qu’une terre ait tout d’abord donné son nom à un homme, peut-être même à un autre endroit, et que celui-ci ou sa lignée redonne son nom à une terre. Il pose en outre le problème du caractère allodial des terres auvergnates. Y a t’il eu au haut moyen Age une main mise par les grandes maisons féodales de l’ensemble des terres disponibles ou existait-il une part non négligeable d’hommes libres, exploitant leur bien en pleine propriété, et que les événements ultérieurs ont obligé à se donner à un pouvoir seigneurial ou religieux qui faisant pression ?

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Formations témoignant du couvert forestier ancien.
Pour M BOY, la mémoire des grands défrichements peut être gardée par des toponymes formés à l’aide de suffixes latins qui cessèrent d’être utilisés au temps de la féodalité et ne sont pas passés dans les parlers locaux(97) . Ils seraient donc antérieurs à l’an mil. C’est le cas du suffixe –ea à valeur collective, ainsi que des diminutifs ou des noms utilisés au singulier qui, plus tardifs, ne seraient que des éléments résiduels de la forêt disparue. Il faut toutefois se méfier des noms utilisés au singulier qui peuvent témoigner d’arbres remarquables qui ont pu de tout temps servir de repère pour le finage, ou comme on peut le voir sur les cartes, d’élément suffisamment remarquable pour permettre l’élaboration du cadastre napoléonien comme les pins du Buisson ou du Cluel ou le cerisier de Langlade par exemple.

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Il s’agit pour le territoire d’Echandelys, des termes essentiellement en rapport avec les trois essences principales de la forêt primitive à partie du IVe siècle comme en témoignent les analyses palynologiques des tourbières de Varenne, c’est-à-dire le chêne, le hêtre et le pin. Les toponymes retenus en rapport sont respectivement Roure pour le chêne, la Faye, le ou les Faux, éventuellement la Faillonnade pour le hêtre, et enfin la Pinatelle ou les Pinatelles pour le pin. J’ai retenu le(s) Bèze(s) comme marqueur de la forêt initiale, traduisant la présence de bouleaux, alors que le terme la Bessière ou Besseyre, issu de la même origine, est vraisemblablement de formation plus récente. Il traduit la recolonisation naturelle de terres anciennement cultivées puis abandonnées (prairies plus ou moins humides ou landes sèches). Enfin, bien que ne faisant pas partie des végétaux habituellement considérés comme issus de la forêt initiale, la Grifoulière, traduisant la présence du houx, nécessite une ombre importante pour se développer, donc la présence d’un sous-bois relativement opaque. Elle représente une surface importante, identique à celle des autres toponymes d’origine végétale primaire et se concentre en une seule zone géographique intégrée aujourd’hui au massif forestier du Bois du Marquis.
La Foresterie, dont le terme originel, forestis silva désignait à l’époque carolingienne un espace du fisc (pas nécessairement boisé) placé par droit régalien en dehors du droit commun. Lors du fractionnement de l’autorité publique, ce droit est passé entre les mains des princes puis des seigneurs châtelains(98) . une forêt relevant du domaine et de la justice du roi, traduit la mise en culture par le pouvoir royal d’une partie de la forêt royale de Bois Grand. En effet, une reconnaissance de cens de 1680 cite les différents feux astreints au cens du tènement de la Foresterie qu’ils possèdent en pagésie et cens uniforme dans la neulve censive et directe du Roy, à cause de son domaine et chatellenie d’Usson(99). Les différents habitants se répartissent pour une majorité (dix) sur le hameau de la Foresterie, mais un habite au Bru, deux au Cluel, trois à la Cibaudie et le châtelain du bourg, Jacques des Roys, y reconnaît y posséder des terres.
Tous ces toponymes traduisent un accroissement de la population jusqu’au XIVe siècle, nécessitant la mise en valeur de nouvelles terres.

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Formations en –ie ou -erie.

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Parallèlement, au moins à partir du XIIe siècle (voire dès le Xe siècle), l’Auvergne se dote de noms de lieux le plus souvent formés sur des noms de personnes auxquels sont adjoints un suffixe –ia ou –aria et un article défini au féminin. M Boy en distingue 4 groupes ayant donné respectivement des noms actuels se terminant en –erie, en –ière, en –ie et enfin un quatrième pour lequel le suffixe-ia est atone entraînant la disparition du son –ie.
Nous avons retenu la Juria, la Barbye, la Bauderie, la Gerie, la Giry, la Cibaudie, la Foresterie, la Vigerie, pré de la Vigerie, la Grifoulière, Barthereynie, le moulin de Giry, Labardie, la Mayerie et la Bournerie, bien que cette occurrence se situe actuellement sur la commune de Condat les Montboissier. Il faut par ailleurs noter que la Barbye, absente du cadastre napoléonien, peut d’après les textes qui y font référence, être située à proximité de la parcelle appelée Labardie sur le cadastre napoléonien. Il s’agit vraisemblablement de la même terre dont le nom a subi une petite modification phonétique. C’est la raison pour laquelle les deux occurrences sont fusionnées sur la carte. La formation de ces toponymes a pu s’étendre jusqu’au XIVe siècle, et il est alors difficile de savoir s’ils correspondent à des formations du moyen Age ou à une reprise du terroir consécutive à la reprise démographique survenant après les périodes sombres de la grande Peste et de la guerre de Cent ans. Toutefois, seuls la Sibodie et la Maillerie, apparus respectivement dans les textes en 1284 et 1353, sont candidats pour une origine moyenâgeuse, même si ce seul critère est loin d’être formel compte-tenu de la faible représentativité des textes concernant Echandelys pour cette période.
On peut remarquer que la majeure partie de ces toponymes se situe en lisière des massifs forestiers encore actuellement en place : le bois de Mauchet pour la Gerie, la Giry et la Bauderie et la forêt domaniale de Bois-Grand et son extension le bois du Marquis pour la Cibaudie, la Foresterie, la Vigerie et son pré, la Maillerie, la Grifoulière ainsi que Berthereynie. La Juria quant à elle est située à la lisière du bois de Roure. Seuls Labardie, le moulin de Giry et la Bournerie échappent à cette localisation.
Un problème particulier est posé par la présence sur la carte de Cassini d’un lieu habité appelé la Sauvadière. En raison de sa formation, ce toponyme fait partie du groupe étudié, procédant du suffixe –aria. Compte-tenu du nom propre à partir duquel il est formé, Sauvade (issu lui-même du latin silva la forêt), il est certainement de formation relativement récente. Ce groupe de toponyme n’est représenté qu’à Fournols et à Auzelle en ce qui concerne les lieux habités. Il est actuellement situé dans une zone actuellement totalement vide d’habitat, dans une parcelle de grande taille appelée le Cros de la femme sur le cadastre napoléonien et qui correspond à un communal possédé par le hameau du Cluel.

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Ces éléments nous amènent deux réflexions. Il peut s’agir d’un toponyme ancien, né avant la déprise démographique du XIVe siècle et qui est resté suffisamment présent dans la mémoire collective pour être indiqué aux géomètres de la carte de Cassini. Car à ce moment, le hameau devait être en fin de vie en raison de son absence dans les actes d’état civil ainsi que les registres de taille présents de manière continue pour la paroisse d’Echandelys à partir de la fin du XVIIe siècle. De même, sa fondation a certainement été tardive compte tenu de son absence dans les textes, même récents. La dernière possibilité consiste en une importante imprécision topographique liée à la qualité médiocre des cartes de Cassini, sa localisation se reportant alors sur les communes de Saint-Eloy-la-Glacière ou de Fournols. Toutefois l’étude des microtoponymes de leur cadastre napoléonien n’a pas permis d’en retrouver la trace.
Les exactions commises pendant la guerre de Cent ans (1337 à 1453) avec ses bandes de routiers dont les exactions sont assez bien documentées en Auvergne ont eu deux conséquences. Une diminution de la population civile en raison des pillages de villages commises par les bandes de mercenaires en particulier après la fin de leur engagement dans les combats, ainsi qu’une diminution de la noblesse qui subit de véritables hécatombes sur les champs de bataille, en particulier à Azincourt face aux archers anglais. On estime que 40 à 70% des chevaliers français périssent à cette occasion. En Beauce, par exemple, vers 1500, seuls 19 % des nobles peuvent se prévaloir d’un titre antérieur au XIVe siècle. Les pillages et destructions de villages, à l’origine de l’augmentation des friches, provoque de multiples disettes qui faciliteront, par une dégradation de l’état sanitaire des populations, le caractère destructeur de l’épidémie de peste noire (1347-1355). Avec une perte globale de 50% de sa population (environ 21 millions d’habitants vers 1310-1320 pour 8 à 10 millions en 1430) la France se retrouve avec un niveau démographique comparable à celui de l’an mil. C’est à cette occasion que de nombreux habitats sont abandonnés, ne laissant de traces que dans les textes antérieurs ainsi que dans certains microtoponymes correspondant actuellement à des lieux non habités. Si d’autres habitats ont pu être réoccupés, des changements de nom ne permettent pas toujours d’en faire le lien.

Formations évocatrices de défrichements et de techniques de défrichement d’aspect récent (fin du moyen Age et Renaissance).

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Après un certain recentrage de la population consécutif à l’abandon de l’exploitation de terres de moindre qualité, on assiste à nouveau à une expansion démographique permettant la réoccupation d’anciens site habités ou la création de nouveau hameaux, comme le font penser Coupat, Labat et Lossedat. Toutefois, les microtoponymes nés à cette occasion ne témoignent pas nécessairement de ce phénomène, mais peuvent aussi correspondre à la mise en valeur de terres situées aux confins d’anciens hameaux, abandonnées pendant les années sombres, et remises en exploitation progressivement en fonction de l’augmentation du nombre de bouches à nourrir et de bras disponibles pour travailler la terre. C’est certainement le cas pour Bilitoux, le Brichon, les Curettes, Fougat (vaste terre situées au nord-est de Deux Frères au contact de l’ancienne forêt royale de Bois Grand), Lissard, Litte brulade, les Rotisses, la Routisse, la Souchère et les Souches.
Il est possible de leur adjoindre un certain nombre de toponymes issus de la colonisation naturelle d’espaces anciennement cultivés par une végétation pionnière dont la composition se modifie en fonction du type de sol et au cours du temps. On observe ainsi la succession des fougères, joncs ou bruyères, auxquels font suite les genêts, bouleaux, sorbiers et genévriers pour finir par les chênes et hêtres. En y ajoutant des termes plus généraux, on obtient la Barte ou les Barthes, la Bessière, le Bouquet, les Brousailles, les Friches, Genevry, les Vesses, la Vessette, les Voisses et les Voissières, parmi ceux-ci, les noms se terminant en –ère ou en –ière faisant partie d’une couche linguistique plus ancienne que les autres.
L’analyse de la répartition topographique de ces toponymes met en évidence un point commun qui les différencie de ceux dont l’origine est plus ancienne. Alors que les noms issus du couvert forestier « primitif » ainsi que ceux issus de couches linguistiques plus anciennes se répartissent sur l’ensemble du territoire, en particulier sans exclure les interfaces avec les massifs forestiers primitifs constitués par le bois de Roure, le bois de Mauchet, la forêt de Bois Grand ainsi que le bois du Marquis, ce dernier groupe ce concentre nettement plus à proximité des lieux habités, sans ouvrir de front de défrichement pionnier.

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Toponymes végétaux évocateurs du couvert forestier primitif
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Toponymes de défrichement récent et de colonisation naturelle récente

Enfin, progressivement s’adjoignent quelques toponymes récents issus de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe comme Bellevue dont l’origine n’a pas besoin d’explication.

Le problème des buges, des chaumes et des champs.

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Issu d’une racine prélatine (gauloise) bodica, puis occitane boiga, le terme de Buge et ses dérivés peut prendre en fonction des endroits et tu temps plusieurs significations, dont deux groupes se dégagent. Soit il s’agit d’une friche, plus ou moins remise en culture (lieu inculte où l’herbe a poussé naturellement, prairie basse et humide, terre nouvellement défrichée, champ temporairement ouvert dans une friche), soit il s’agit d’un pacage ou pâturage situé à proximité du site d’habitation. L’étude de la répartition de ces toponymes ne permet de trancher en faveur de la prépondérance de l’une ou l’autre de ces significations, car à Echandelys, il existe autant de buges situées à proximité des habitation que de buges plus solitaires. On peut seulement affirmer qu’elles se situent toute à proximité de lieux parmi les plus anciennement habités.

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Toponymes contenant Chaume à gauche et Champ à droite.

Les Chaumes et les Champs et leurs dérivés quant à eux sont issus de deux racines différentes. Les premiers, issus du préceltique cal, donnant en latin calmis et calma en bas-latin, correspondent à des plateaux dénudés, peu fertiles, devenant au moyen âge des terres généralement peu fertiles servant de pâture aux animaux. Le champs issu du latin campus (plaine, espace libre) prend le sens de terre labourable avec le bas-latin. La répartition géographique de ces toponymes rend compte de ces différences, avec des Champs proches des lieux d’habitation et des Chaumes plus rares, plus éloignés, correspondant pour la plupart aujourd’hui à des parcelles boisées.

ANALYSE DE LA MOUVANCE DES TERRES.

Les terres fiscales.

Les terres fiscales correspondent à l’ancien domaine foncier public d’origine romaine et hérité de la période mérovingienne. Il s’agit soit de possessions mises en valeur (comme le territoire d’Ebreuil), soit le plus souvent de terres peu ou pas peuplées, correspondant eu Auvergne à des forêts, en particulier en altitude. L’histoire du peuplement auvergnat met en évidence une densité de peuplement importante sur les zones de basse altitude à l’époque gallo-romaine, correspondant essentiellement à la Limagne, prolongée au nord vers le Bourbonnais. Les coteaux de la Limagne servent essentiellement de réserve de bois et de terrain de chasse, et correspondent au saltus (zones sauvages non cultivées) des grands domaines gallo-romains de la plaine. Progressivement, l’expansion démographique aidant, des zones du fisc sont mises en valeur comme la cour (curtis) de Sauxillanges et ses dépendances, certainement pendant la période gallo-romaine tardive, ce qui traduit déjà une expansion vers les hautes terres. Cette court reste toutefois dans le domaine public.
Progressivement, l’affaiblissement du pouvoir royal fait passer ces possessions publiques, donc exemptes de charges seigneuriales, vers les comtes, représentants provinciaux du pouvoir royal. Dans la seconde moitié du IXe siècle, l’Auvergne intègre ainsi la principauté aquitaine, représentée par les Guilhemides puis par les comtes de Poitiers, d’origine auvergnate, à partir de 936. Mais comme dans toutes les grandes principautés post-carolingiennes, le contrôle effectué par les ducs-comtes aquitains sur leurs vassaux, en particulier aux marges de leurs possessions tend nettement à s’affaiblir, Le duc d’Aquitaine intervenant une dernière fois vers 1070 pour la fondation du chapitre d’Ennezat. Le pouvoir réel passe alors aux comtes d’Auvergne, dont le premier, Guy Ier, alors vicomte de Clermont, s’empare du titre comtal vers 980. Toutefois, l’assise patrimoniale de la lignée, ainsi que la scission brutale intervenue en 1155 entre les deux branches en raison de l’usurpation des droits de Guillaume VII parti en croisade par Guillaume VIII « le vieux », son oncle, affaiblit encore plus leur pouvoir. On assiste alors à un double phénomène. Tout d’abord des grands propriétaires de Limagne allotissent des terres de leur saltus et en usurpent d’autres, terres qui sont données en bénéfice pour leur compte. Ensuite, les plus anciens lignages issus de la famille comtale, ainsi que de nombreux « seigneurs », chasent leurs enfants sur les hautes terres qu’ils considèrent alors comme allodiales, grignotant le fisc, car situé loin des lieux de pouvoir. On note ainsi l’apparition de certaines lignées comme les Montboissier et plus tard les la Fayette. Enfin, certaines zones géographiques ont certainement été conquises sur la nature et défrichées par des paysans libres, de manière illégale, entraînant la création d’une paysannerie libre, alleutière, qui disparaît lors de la montée en puissance de l’aristocratie lors de l’enchâtellement. On passe alors à partir de l’an mil, de forteresses publiques non habitées et qui font partie du domaine du fisc, aux châteaux constituant le centre de la seigneurie et dont la lignée prend comme surnom puis comme nom le nom du lieu où est construit le château.
A Echandelys, nous sommes à la limite entre les terres mises en valeur et « féodalisées » progressivement comme nous venons de le voir, et l’ancien domaine fiscal représenté par la forêt de Bois Grand ainsi que ses prolongements correspondant au bois du Marquis et au bois de Mauchet, tous deux détachés progressivement du fisc royal, en particulier par les familles de la Fayette(100), de Guérines et plus tardivement des Roys en ce qui concerne le bois du Marquis. Le bois de Mauchet quant à lui , s’en est détaché très tôt puisque sous le règne de Lothaire (954-986) un certain Gérard(101) (du consentement de son épouse Ermengarde), cède à l’abbaye de Sauxillanges la forêt confinant les appartenances du bourg de Saint-Eloy-la-Glacière, la voie publique, le ruisseau (le Miodet) et la goutte des voleurs. En témoignent les textes faisant état de multiples conflits entre en particulier les gardes des Eaux et Forêts ainsi que l’adjudicataire du domaine d’Usson, prouvant l’appartenance de la forêt de Bois Grand au domaine d’Usson. Or, ledit domaine est un fief faisant anciennement partie du domaine comtal d’Auvergne, et en dehors de multiples sorties du domaine royal (en particulier liées à des dons en 1466, 1530, 1572) qui reste dans le domaine royal jusqu’en 1724 lorsque les commissaires du roi le vendent avec le fief de Nonette à Yves d’Alègre maréchal de France. On peu donc considérer le grand croissant bois du Marquis, bois de Sagnerade, Bois Grand, bois de Mauchet, bois de Roure et bois de la Rodde comme le territoire initial du fisc, territoire qui n’aura de cesse d’être grignoté et abandonné en fonction des poussées et déprises démographiques.

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Les terres féodales.

Comme nous l’avons entrevu plus haut, le pouvoir temporel s’est trouvé réparti entre trois grandes entités qui se sont partagées le territoire d’Echandelys selon une topographie variable dans le temps. Située à la frontière entre deux zones d’influences différentes, voire opposées, pour simplifier franque au nord et latine au sud, l’Auvergne a bénéficié pendant le haut Moyen Age d’un certain degré d’indépendance brutalement stoppé par la campagne de Pépin le Bref, de 760 à 768, laissant dans l’esprit des contemporains l’image de dévastations aussi terribles que celles d’Euric et ses Wisigoths au Ve siècle. Aussi, persiste toujours larvée, la remise en cause du pouvoir franc. Aussi, lorsque Charlemagne analyse avec ses conseillers le désastre de Ronceveaux (778), il en déduit la nécessité d’une réforme administrative au cours de laquelle il constate que la seule façon d’administrer ces provinces peu sûres est de recruter sur place ses agents et ses comtes (comme Ithier à Clermont). Seuls leurs vassi, nommés pour les seconder (et les surveiller) sont francs. En 781, il va même jusqu’à créer un royaume aquitain à la tête duquel il nomme Louis, son troisième fils, alors âgé de 3 ans ! Plus grand, Louis le Pieux dilapide le fisc dont il favorise les usurpations par l’aristocratie locale, nécessitant la venue de deux missi qui firent restituer les terres royales. Après la mort de Charlemagne, le pouvoir royal ne va que s’affaiblir progressivement avec la mise en place sous Charles le Chauve de la principauté territoriale guilhemide, dont son successeur Eudes tentera de contrôler lors de trois campagnes militaires en Aquitaine alors qu’il est menacé à l’ouest par les Normands. Lors de la troisième, Guillaume, comte d’Auvergne, tue en 893 Hugues, représentant du roi. La dernière tentative d’Eudes de reprendre le pouvoir contre Guillaume se solde à la bataille de Montpensier par un échec. Ce sera la dernière tentative royale de reprise en main. Mais parallèlement à l’affaiblissement du pouvoir royal, le comte, d’origine franque, ne peut se targuer d’avoir la mainmise sur tout son territoire. Aussi, pour asseoir son pouvoir sur des bases plus solides, il va s’attacher l’aristocratie locale en donnant des charges et en avalisant des usurpations territoriales établies, faisant de cette aristocratie méridionale sa vassale. L’avènement après la mort de Guillaume le Pieux de son neveu Guillaume II le jeune resserrera les liens avec cette aristocratie car lui-même est fils d’un comte méridional authentique, Acfred de Carcassonne.
Ce morcellement des pouvoirs s’accompagne par la mise en place de vicomtes locaux dont le premier, Armand, en 895 est l’ancêtre présumé des Polignac. Initialement non héréditaire, cette charge le devient progressivement et on voit apparaître des lignées de Clermont, Polignac, Dalmas, Brioude, dont l’origine topographique de la plupart des noms traduit le passage d’une aristocratie de charge à une aristocratie héréditaire. Ce fractionnement des pouvoirs au profit de la noblesse indigène se terminera par l’usurpation du titre comtal par les vicomtes de Clermont eux-mêmes. De plus, les textes font état à partir de la fin du IXe siècle d’une montée de violence entraînant une anarchie qui remplace peu à peu les ambitions aristocratiques plus feutrées ; violence économique qui vise le patrimoine ecclésiastique et la paysannerie libre (plus généralement l’alleu dont l’importance antérieure est difficile à évaluer) et violence militaire qui provoque l’enchâtellement et la mise en place d’une nouvelle hiérarchie féodale précédant la mise en place de la seigneurie justicière. Elle peut expliquer dans certaine régions comme le Roussillon l’utilisation des cimetières comme endroit se stockage puis d’habitation, l’enceinte cimétériale étant protégée par l’Eglise de toute attaque, redistribuant topographique l’habitat (voir en bibliographie La restructuration du peuplement aux Xe-XIe siècles en Roussillon). G Fournier a démontré la floraison de châteaux à partir de la fin du Xe siècle et surtout pendant le XIe siècle. L’Auvergne se couvre de châteaux qui tissent un étroit réseau de surveillance des vallées comme des zones montagnardes et boisées. C’est dans la première moitié du XIe siècle qu’apparaissent les noms des premières familles châtelaines d’Auvergne. Ces châteaux sont pour les plus précoces tenus par les domini castri eux-mêmes, ceux qui prendront le nom de leurs terres. Puis rapidement, en raison de la nécessité de « tenir le terrain » face aux familles voisines, ces domini castri créent de nouveaux châteaux, plutôt en périphérie de leur domaine d’influence, afin d’asseoir leur pouvoir, châteaux confiés à des membres de l’entourage de ces domini castri, soldats, chevaliers, parfois des membres de leur famille, entraînant la création de liens vassaliques de plus en plus complexes comme en témoigne l’apparition du terme miles dans les textes au cours du XIe siècle. De nombreux cadets seront ainsi casés, mais une partie importante de ses membres sont issus de la couche supérieure de la paysannerie, la paysannerie libre, faisant valoir leur terre en direct ou par l’intermédiaire de tenanciers. Cette évolution a eu deux conséquences. La première est l’asservissement plus ou moins violente de la paysannerie restée libre et qui n’a pas voulu « collaborer » avec les familles nobles. La seconde est l’apparition du fief dont bénéficient ces nouveaux milites, revenu rattaché à une terre ou un château donné en garde. Devant la pression, l’inféodation peut être volontaire, permettant de garder les biens dans un système devenant de plus en plus héréditaire. A Echandelys, deux grandes familles majeures se sont partagées le terroir ainsi que les droits de haute justice, sans compter le domaine public , autour desquelles ont gravité plusieurs autres familles nobles, certaines anciennes et qui se sont éteintes progressivement, d’autres apparues plus tardivement et qui ont dû faire leur place.

Famille de Pailler-Montboissier.
Comme l’a étudié M Boy, la famille de Montboissier est en fait issue d’un castrum ou castellum situé à Pallier(102) , actuellement commune de St-Jean-des-Ollières. Pour une raison indéterminée, le site primitif représentant la famille a été abandonné pour la butte de Montboissier dont la première mention écrite du château date des années 1070-1075 (Charte n°633 du Cartulaire de Sauxillanges). On note donc un glissement de cette lignée noble apparue dès la fin du Xe siècle dans la mouvance de Guy comte d’Auvergne, depuis le site de Pallier tout au long de la première moitié du XIe siècle vers le site de Montboissier, situé 7 km plus au sud-est, à partir des années 1050. Simultanément, la famille fait don à l’abbaye de Sauxillanges de son castrum primitif ainsi que l’église St Julien qui y est construite et toutes ses dépendances (vergers, jardins, manses et autres dépendances). Cette donation a-t-elle forcé la famille à se redistribuer géographiquement vers des terres nouvelles à défricher et à contrôler comme peut le faire penser l’absence autour de Montboissier de toponymes anciens mais plutôt des traces de défrichement médiévaux (Issard, Laire…), ou l’augmentation de l’aire géographique de la famille a-t-elle nécessité un recentrage topographique afin de mieux en assurer le contrôle ? Géographiquement, les possessions de la famille Pailler-Montboissier sont très proches de celles de l’abbaye de Sauxillanges lors de sa fondation. Il est possible qu’elles aient appartenu à la curtis comtale de Sauxillanges qui a servi de fondation à l’abbaye éponyme et dont les « restes » ont pu servir de base à la famille Pailler-Montboissier née dans la mouvance de la famille comtale d’Auvergne. Aussi, les exactions (pillage et incendie du prieuré de Gignat, meurtre d’un moine), mauvaises coutumes et usurpations diverses que Maurice de Pailler a tenté d’effacer par le don de divers biens à l’abbaye de Sauxillanges étaient peut-être le résultat d’une compétition pour réunir à nouveau des biens provenant d’une même origine, biens considérés par Maurice de Pailler à tort ou à raison comme faisant partie des terres à sa famille concédées par le comte d’Auvergne. Cette politique de reconcentration de ses possessions a pu guider Eustache de Montboissier lorsqu’il acquiert en 1239 de Hugues de la Tour, évêque de Clermont, certains biens situés dans un vaste territoire compris entre Montboissier, Fournols et Saint Germain l’Herm ainsi que 406 livres clermontoises en échange du château d’Issandolanges avec tous ses droits et appartenances, tous les biens en cause étant réputés tenus en fief directement du roi(103). Ces différentes transactions fondent l’assise territoriale de la famille de Montboissier pour les siècles à venir, même si la scission de la famille en deux branches distinctes fera passer la majorité des possessions livradoises à la branche de Sugères à la fin du XVIe siècle.

Famille de Motier de la Fayette.
Si Pons Motier, premier ancêtre connu de l’illustre lignée des Motier de la Fayette n’apparaît dans les textes qu’en 1240, la famille existait certainement dès le XIe siècle comme en atteste le cartulaire de Sauxillanges. Si Carolus et Rodolfus de Mota témoins de la charte n°632 datée du début du XIIe siècle, ne peuvent être des candidats convainquants, Girbertus Moters, avec son épouse Aremberge, seuls signataires de leur don (une appendarie non nommée et cinq sous perçus sur les revenus de l’église de St-Eloy) au cours de la seconde moitié du XIe siècle (charte n°800) apparaît comme le premier représentant, déjà suffisamment possessionné dans la région pour pouvoir se séparer d’une partie de ses biens. Un hommage de 1375 de Béraud de la Fayette, damoiseau de la paroisse d’Aix, fils de Gilbert Motier 2e du nom au seigneur d’Olliergues, transcrit au XVIIe siècle, contient le texte d’un accord passé entre Gilbert Motier de la Fayette premier (connu ?) du nom et Robert comte d’Auvergne et de Boulogne qui donne à Gilbert Motier par donation pure, parfaite, irrévocable et à perpétuité à Gilbert Motier […] et à ses hoirs et successeurs, tout ce que nous avons coutume d’avoir et percevoir tant nous que nos prédécesseurs dans les mas et tènements ci-après nommés […] item dans le mas du Brolhet […]. Ledit chevalier ainsi que ses successeurs devront reconnaître que les choses ci-dessus données, ainsi que tout ce que ledit [chevalier] avait et possède dans les mas susdits, lui ont été concédées en fief et que pour cela il nous doit faire hommage et jurer fidélité. Doivent encore reconnaître lad. chevalier et ses successeurs tenir en fief les choses ci-dessous énumérées, c’est à dire la maison communément appelée de la Fayette avec toutes ses appartenances, […]. Item ledit [chevalier] et ses successeurs doivent reconnaître tenir en fief et hommage de nous et nos successeurs les mas de Montchalin et de la Regolis , del Brohet et de Brusto et Longechalin (Longechalm ?) avec toutes leurs appartenances, item la moitié du mas du Cluzel et la moitié du mas appelé de la Cybeaudie et le quart du Grand Bois, item tout ce que ledit chevalier a dans le lieu d’Eschandelis et dans les appartenances des biens ci-dessus. Et en récompense de la donation par nous faite aud. chevalier et à ses successeurs celui-ci nous a remis et cédé tout le droit qu’il a ou avait, ou que ses prédécesseurs avaient coûtume d’avoir, en la haute justice des lieux ci-dessus et de leurs habitants et de ceux qui à l’avenir demeureront en ces lieux, c’est à dire la mort, la mutilation des membres, la fustigation et toute autre cas relevant de la haute seigneurie […] et expressement chaque clameur, connaissance et amende de sang, excepté la connaissance de mort, mutilation, fustigation ou adultère et de tout cas appartenant au seigneur haut justicier […] étant convenu entre nous et lad. chevalier que si quelqu’un des hommes habitant actuellement les lieux ou devant les habiter à l’avenir commettait tel crime, qu’il faudrait suivant la coûtume ou par rigueur de droit le condamner à la confiscation de ses biens, lequel droit demeurera et appartiendra aud. chevalier et de ses successeurs. Item a été accordé que ni nous ni personne en notre nom ne puisse prendre les biens meubles ou immeubles dudit chevalier et de ses successeurs demeurant dans les dits lieux ou qui y demeureront, si ce n’est pour crime perpétré par ledit chevalier ou l’un de ses successeurs.(104) Les dénombrements successifs confirmeront ces possessions. Ultérieurement, les registres de taille prouvent par l’importance des hameaux appartenant au « Cartier de la Fayette » l’emprise géographique des possessions de la famille sur le territoire de la paroisse d’Echandelys. Il est par ailleurs stipulé que Gilbert Motier possède alors le quart de Grand Bois (soit 500 des 2000 hectares correspondant à l’estimation féodale de la superficie totale de la forêt qui n’était ni bornée ni fossoyée), ce qui correspond actuellement à la zone appelées « le bois du Marquis ». aussi, lorsqu’au XVIIIe siècle madame de la Fayette réclame le quart de la forêt de Bois Grand, le grand maître des Eaux et Forêts lui répond en substance que ladite forêt s’est réduite comme peau de chagrin et que les possessions de la famille de la Fayette étaient déjà exclues de la partie encore appelée « Bois Grand », une partie de la forêt possédée par la famille de la Fayette a été défrichée pour être mise en valeur.

Famille de Guérines.
Elle apparaît pour la première fois dans le testament de Gilles Auphier qui en 1271, est co-seigneur de Champétières et seigneur de Guérines. Il est intéressant alors de noter que l’autre co-seigneur de Champétières est Pons Motier de la Fayette. L’alliance au moins politique entre les deux familles peut expliquer, à partir d’une co-seigneurie en plaine, une volonté menée de concert d’expansion territoriale dans des terres encore vierges ou plutôt en marge de toute autorité. En effet, les mottes castrales des deux familles étaient distantes de moins d’un kilomètre. De même ; les nombreuses démêlées judiciaires concernant la possession et l’utilisation de la forêt de Bois Grand font dire en 1797 par le commissaire du pouvoir exécutif qu’une portion de ce terrain avait passé dans les temps les plus reculés aux ci-devant seigneurs de Guérines et de la Fayette. Très rapidement, le fief passe à la famille de Volcon par mariage de la fille de Gilles Auphier. Astorg de Volcon, témoins de plusieurs actes de la fin du XIIIe siècle, est un chevalier de la mouvance de Robert comte d’Auvergne, qu’il a certainement dû confirmé dans ses possessions. Sans reprendre l’histoire des familles qui possédèrent le château de Guérines, celui passa en particulier entre les mains des Laqueuille jusqu’en 1525, puis des Montboissier et de la branche de Sugères jusqu’en 1740 où elle fut vendue à Jean-François Micolon d’Ambert. La terre de Guérines restera dans la famille jusqu’à la Révolution. La prise de possession de 1740 permet de bien positionner les lieux appartenant à la terre de Guérines et situés dans la paroisse d’Echandelys : les Deux Frères, Chomette, l’Estrade, Malgoutte et la Carroitte. Tous ces lieux sont proches de ceux possédés par la famille de la Fayette. Une censive de Guérines de 1485, conservée dans les archives privées du château du Bourgnon, contient pour la paroisse d’Echandelys une reconnaissance de cens à Malgoutte, 6 à Langlade et Sucheyron et 2 à Lestrade.

Famille de Serment.
Ancienne famille connue à partir du XIVe siècle dans la région de Manglieu, elle serait d’après le chanoine J.-B. Foulhioux originaire du château du Montel commune de Manglieu, que le chanoine appelle Montel de Condat. Rien moins sûr puisque la famille est possessionnée au XVe siècle à Condat les Montboissier de manière certaine. Une branche bâtarde dite de la Maison-Blanche, petit fief dans le bourg de Condat s’y éteins le 17 janvier 1705 en la personne d’Alexandre de Serment. Outre leurs possessions dans Condat, cette famille nous intéresse à travers le fief noble des Enclos situé sur le territoire de la paroisse d’Echandelys, appartenant primitivement à la mouvance des Montboissier et dont la famille de Serment est propriétaire dans le courant du XVIe siècle à une date et par une transaction inconnue. Après un passage par mariage puis vente aux familles de Chaslus et de Moreau, il revient à la famille de Serment par mariage en 1628 pour terminer propriété de la famille des Roys jusqu’au XIXe siècle. Toutefois, un document inédit privé cité par Charles Micolon de Guérines(105) jette un regard inédit et permet de remonter beaucoup plus avant dans le temps. Il s’agit d’un serment de foi et hommage prêté par Hugues « Huffram » à Guy de Montboissier en 1199 en présence entre autres de Geoffroy de Sermento seigneur de Condat et Robert des Enclaux seigneur dudit lieu. Ce document remet largement en cause l’extension secondaire tardive de la famille de Serment vers le sud à partir de Manglieu et rend possible l’hypothèse de sa récupération très précoce du fief noble des Enclos.

Plus tardives ont été les implantations des familles des Roys, de Sommièvre et de Terraule sur le territoire d’Echandelys.

Famille des Roys.
Connue dès le XIIe siècle dans le Velay, la famille est originaire du hameau des Roys, paroisse du Brignon. Il faut toutefois attendre Valentin des Roys, qui par son mariage avec Marie de Bourdelles, veuve en premières noces de Ponthus, bâtard de Coysse, va se fixer à Echandelys en 1502. Il semblerait que les propriétés permettant la vie du couple à Echandelys ont été en grande partie apportées par Marie de Bourdelles(106). Elle apporte de manière certaine le fief des Bordes déjà à elle donné par sa famille lors de son premier mariage et qui dépendant de la famille de Montboissier comme le prouvent les multiples foi et hommages, aveux et dénombrements ultérieurs. La maison et métairie des Chandellis est d’origine plus douteuse car elle fait l’objet de la succession de Ponthus, premier mari de Marie de Bourdelles. Peut-être fut-il voir là la reconnaissance de tènements(107) datée de 1525 et qui confirme les droits de la famille des Roys sur le tennement appellé du Molin et de Siberghes, contenant maisons, granghes, jardins, prés, champs et ung pré appellé le « Prelong », avesques une vernyère y atouchant, joygnant es terres de Mellegoucye d’orient, le chamin tendent de seytadour de Coppat au village de Chers, les terres de Chers, le rif descendant d’Eschandellis à Condat, de midi et bize, plus d’un autre tennement appellé de Coderettes et le rif du Molin, d’Orient et de bize ; le chemin tendent des vers à Eschandellis, de midy et les terres des habitants du Croux, d’occident, tenus et mouvens du cens et directe de la dite damoiselle, au cens annuel et perpetuel, chescun, à chescune feste Sainct Jullien, au mois d’Aoust, de trente solz six deniers tournois, seigle, cinq carthons trois coppes ; avene quinze carthons trois coppes, mesure de Monboissier, gellines, deux, censuaulx et reddituaulx et tout cens, censive et directe seigneurie, tiers deniers de ventes et quart denier de soulz ventes et en conditionde main morte et pour luy estre paié de la dicte somme susdites quantité blés et gellines et arrérages des années mil cinq cens vingt un, cinq cens vingt et deux, cinq cens vingt et trois, montans les dits tennemens la dite somme, quantité blés et gellines susdites. Et pour en avoir le droit de lods et ventes et droict de seigneurie directe, […]. Ces différentes possessions sont confirmées au nom de puissante dame Madame Marguerite de VIENNE dame dhoerière et usufructeresse du dict Montboissier. La majorité des possessions nobles de la famille sont donc issues de la famille de Montboissier, ce qui n’empêche pas François des Roys d’être en 1649 gouverneur des terres de la Fayette et d’Echandelys au nom de Jean de la Fayette (108). Progressivement, la famille va agrandir ses possessions par une politique d’acquisition de terres tout d’abord autour d’Echandelys entre 1504 et 1513, puis plus à distance sur les paroisses d’Echandelys (les Enclos, le Cluel), d’Aix la Fayette (le bourg, Limoges, le Rouvet) et Condat les Montboissier (le Jaladis, la Bournerie). Bien que progressivement les centres d’intérêt de la famille se déplaçant, d’abord à Auzat sur Allier puis en Haute-Vienne, dans l’Allier ainsi qu’à Paris et en Normandie, celle-ci restera fidèle à Echandelys jusqu’à ce jour, continuant à y jour un rôle social et à y administrer ses biens.

Famille de Sommièvre.
Rameau détaché d’une famille champenoise, elle apparaît en Auvergne au ban de 1551 et est possessionnée sur le territoire des paroisses de Montboissier, Auzelles et Brousse. Elle se divise en deux branches qui s’éteignent respectivement au début et à la fin du XVIIIe siècle. Il est difficile de savoir à laquelle de ces branches étaient dus les cens perçus sur les terres de la Faye du Rif et de Saint-Eloy. Les documents conservés à ce jour ne permettent pas non plus de savoir de quelle mouvance ces terres relevaient.

Famille deTerraules.
Issue vraisemblablement du hameau éponyme de la paroisse de Cunlhat, cette famille, située dans la mouvance de la famille de Montboissier et connue à partir du XVe siècle, ne nous intéresse que par sa possession du domaine de Roure. Bien que ne sachant pas d’où elle tenait cette terre, prolongement illogique de la paroisse d’Echandelys à proximité du puissant site de Montboissier, l’hypothèse la plus probable, en raison des facteurs historiques et géographiques en font une terre de la mouvance des Montboissier comme le confirme les registres de taille. Le domaine est vendu en 1742 à François du Sauzet de Fournols, seigneur de la Suchère, par un acte(109) dans lequel il est spécifié que le domaine est vendu avec tout droit de directe, franc quitte et allodial de cens et autres servitudes comme appartenant aud seigneur de Teraules vendeur et qui sont lesd . cens et autres servitudes seigneuriales de la comprise de la présente vente à la réserve seulement des cens qui sont deubs au seigneur de la Fayette au sieur Bastier et au sieur Noyet ou de Gathier lesquels cens led. seigneur de Saulzet acquéreur sera tenu de payer. S’il peut être logique que le domaine soit de la mouvance de la famille Bastier (qui a, à cette période, récupéré la majorité des terres des Montboissier), son allodialité est plus difficile à expliquer, de même que le cens dû par la vente à la famille de la Fayette. Peut-être cette incohérence féodale explique-t-elle l’appartenance du domaine de Roure à la paroisse d’Echandelys et non à celle de (Brousse) Montboissier. Il faut toutefois certainement nuancer cette assertion et comprendre dans le terme de seigneur de la Fayette, celui de la Fayette-Vielle, fief pour lequel un certain Bastier, seigneur de la Fayette, rend hommage au comte d’Artois le 15 avril 1775.

Citons enfin la famille Besse de la Richardie, du Vernet, qui est possessionnée en partie aux Verts et au Cros, sans s’implanter de manière durable dans la paroisse et ses environs même si elle fût très brièvement seigneur de Guérines.

Le domaine d’Usson.
La place du domaine d’Usson est à part. Initialement domaine fiscal, appartenant à la puissance publique, le domaine passe de ce fait aux comtes d’Auvergne. Il en est extrait en 1387 lorsque Jean II dit le Mauvais Ménagier le vend à Jean duc de Berry et d’Auvergne. Ayant fait don de tous ses biens au roi, Usson revient donc à sa mort en 1416 au roi Charles VI. Son successeur Louis XI en fait don en 1466 à Louis bâtard de Bourbon comte de Roussillon à l’occasion de son mariage avec sa fille naturelle Jeanne. Le domaine revient à la Couronne en 1507 lors du décès du dernier membre de la famille, pour être à nouveau cédé par François Ier en 1530 à François de Peyrusse des Cars. Il revient à une date indéterminée à la Couronne puisqu’il est cédé en 1572 par Charles IX à Marguerite de Valois, sa sœur, pour compenser sa dot qui n’avait pas été payée. Celle-ci en fait don en 1606 a Dauphin, futur Louis XIII. Il reste alors dans les domaines de la couronne jusqu’en 1724 date à laquelle il est vendu avec Nonette à Yves d’Alègre maréchal de France et reste dans le domaine privé jusqu’à la Révolution. La forêt de Bois Grand a donc été distraite des possessions d’Usson au plus tard lors de sa dernière vente à Yves d’Alègre en 1724. Ce sont donc les comtes d’Auvergne qui ont autorisé une clairière de défrichement sur la zone de la forêt de Bois Grand, appelée la Foresterie puisqu’en 1680 est dressée une reconnaissance de cens dus par diverses personnes dont la famille des Roys, lesquels, de leur bon gré ont reconnu et confessé qu’ils possèdent en pagésie et cens uniforme dans la neveule censive et directe du roy, à cause de son domaine et chatellenie d’Usson, un mas tènement en pagésie, appelé de la Foresterie, scittuée en la paroisse d’Eschandelis, composé de maison, granges, étables, jardins, prés, terres cultes et meubles, bois et autres ses appartenances, contenant […] quatre vingt six sestérées, cinq lastounées et quatre coupées […] confiné par les terres du tènement de Langlade, du couchant au midy, les terres du tènement de la Sibaudie, de levant les terres du tènement du Chat et du Brut, de septentrion, dont leurs prédécesseurs et autheurs en avoient passé diverses reconnaissances au terrier renouvellé l’année mil quatre cent soixante deux […]. L’ancienneté de la mise en valeur de ce tènement explique que le cens soit conjointement levé par la famille de la Fayette comme en témoigne son terrier de 1607 dans lequel 12 personnes sont redevables de cens. Ses confins sont légèrement différents puisque sont cités en plus des confins de l’acte précédent, les terres du tènement de Deux Fraires du costé d’oriant et en partie de jour d’autre et les comuns et bois anciennement appellés du Chastel s’estandant jusques aux fontaynes appellées des Farges et doux Fournest du costé de midy et en partye de nuit d’autre partye. Les mesures des grains sont dites « de la Fayette ».

Les possessions religieuses.

Outre les droits féodaux, les grandes abbayes locales ont été possessionnées sur le territoire d’Echandelys où elles se sont succédées. Au Xe siècle, c’est l’abbaye de Sauxillanges qui prend pied dans ces hautes terres tout d’abord à Fournols (chartes n°235, 481) puis à Saint Eloy (chartes n°436, 437, 636, 712, 800) et enfin Aix la Fayette dont elle récupère progressivement l’église et ses revenus (chartes n°603, 632, 633, 638, 800, 801, 802) à partir de la seconde moitié du XIe siècle. Le déclin rapide l’abbaye laisse le champ libre à la pénétration autrement plus importante de l’abbaye de la Chaise-Dieu qui en 1050 est déjà installée à Fournols et à Saint Germin l’Herm, pour rapidement s’étendre à Echandelys, Fayet, Ronaye, Chambon et Saint Bonnet le bourg. En 1593, Amable de MYET, de la Chaise-Dieu, prieur et seigneur de Fournols et Eschandellis, remet à noble homme Vidal des ROYS, escuyer, seigneur des Bordes, le droict et la dixme que nous avons accoustumé prendre et percepvoir, faire prendre et percepvoir sur les terres et possessions quelconques au dit seigneur des Bordes, appartenant, soict de son domayne particulier, comme de ses mecteyryes qu’il possède dans la dite paroisse d’Eschandellis. Différents documents des archives de l’abbaye (AD de Haute-Loire 1 H 48) évaluent à 800 livres le rapport de l’entière dîmerie d’Echandelys en 1697. En 1641, la Cibaudie produit 35 livres alors que le Cluel et la Foresterie sont affermés en 1654 à 15 setiers. En 1752, les revenus du prieuré d’Echandelys sont affermés à Joseph Amouroux, marchand d’Aix la Fayette pour la somme de 500 livres par an pendant 9 ans. Ces revenus consistent en dixmes en grain de quelque nature qu’il se recueille tant dans le lieu d’Echandelis que dans ladite paroisse et est comprise dans la ferme la dixme des Enclos et des Bordes. L’abbaye conservera des droits jusqu’à la Révolution. Seule Condat est une dépendance de l’abbaye clermontoise de Chantoin.
Enfin, n’oublions l’abbaye du Bouschet, « le Saint-Denis » des comtes d’Auvergne qui fut fondée par la famille comtale en 1192 et dans laquelle furent inhumés de nombreux personnages de la famille jusqu’au XVIe siècle. Elle a confiée à une date indéterminée le tènement appelé de Peu Rossis à Antoine des Roys (ou ses ancêtres) dont la seule trace consiste en sa présence lors d’une énumération des confins du fief des Bordes et de Saignelongue pour une nommée de foi et hommage à la famille de Montboissier datée de 1539(110). On y apprend seulement que le tènement de Peu Rossis est situé au sud du territoire des Bordes (paroisse d’Echandelys ou d’Aix la Fayette ?).

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Carte des mouvances des lieux habités.

On remarque immédiatement en observant la carte des mouvances qu’Echandelys se trouve en zone de conflit frontal entre la maison de Montboissier possessionnée au nord, et à l’ouest et les maisons de la Fayette et de Guérines, à l’origine certainement liées et qui tiraient leur pouvoir directement du roi et de son émanation locale la châtellenie d’Usson. L’avancée géographique des Montboissier se fait par Condat, la vallée du ruisseau de la Maillerie et la vallée sèche se dirigeant vers Aix et passant par les Verts, Lospeux et les Enclos où elle s’arrête devant la multitude de possessions des familles la Fayette et Guérines qui forment une barrière au sud. Ces deux dernières familles ont par ailleurs traversé la forêt qui les séparait au nord d’Echandelys et dont cette partie, issue de la forêt de Bois Grand , était confiée à leur garde, pour remonter loin au nord jusqu’à Fiosson.

Terres « réservées ».

Il peut paraître paradoxal de rassembler sous ce vocable des terres aussi disparates que les communaux, les couderts ou les réserves seigneuriales mais leur sort est plus proche qu’il n’y paraît. Elles sont exclusivement réservées à la jouissance d’un individu (le seigneur féodal), ou d’un groupe d’individus, les habitants d’un même hameau.
Les terres dont le toponyme est évocateur de réserve seigneuriale sont jointives et centrées sur la partie sud du bourg d’Echandelys, au contact étroit de l’actuel château de la famille des Roys dont elles constituent le noyau foncier. Elles peuvent correspondre au domaine d’Echandelys qui avec le domaine des Bordes correspondent à la partie primitive des possessions de la famille des Roys lors de son arrivée en 1502 (contrat de mariage de Valentin des Roys et de Marie de Bourdelles de 1502 et sentence de la justice de Montboissier en faveur de Marie de Bourdelles veuve de Valentin des Roys de 1526). Il faut noter par ailleurs que le domaine noble des Bordes étendait son influence géographique jusque vers le moulin de Géry comme en témoigne la dite sentence. La famille des Roys, arrivée tardivement sur le finage d’Echandelys, a donc tiré ses possessions à la fois des familles de Montboissier et de la Fayette, la maison de Guérines s’affaiblissant et se recentrant plus au sud vers Saint-Germain-l’Herm.
L’étude des communaux, quant à elle, est plus riche de renseignements. Tout d’abord, la presque totalité des toponymes évocateurs de coudert correspondent en 1834 à des communaux. Seules de rares et petites parcelles y échappent. S’agit-il d’une erreur ou d’une imprécision topographique lors de la réalisation du cadastre ? C’est possible sur les petites parcelles adjacentes ((1) sur la carte ci-dessous) au communal commun entre le Buisson et Faux Plantat. Par contre, pour la parcelle d’un peu plus grande taille située entre les deux communaux de Coupat (2), il est possible qu’elle soit issue d’un partage précoce du grand triangle séparant en 1832 ces-dits communaux. Enfin les quelques parcelles situées entre Coudeyras et Lospeux (3) peuvent témoigner d’un habitat initialement centré à cet endroit qui s’est ultérieurement subdivisé en deux noyaux distincts appelés Lospeux et Coudeyras comme peuvent le faire penser d’autres arguments que nous verrons ultérieurement.

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Quittons maintenant les toponymes évocateurs de terre commune pour s’intéresser aux communaux tels qu’ils sont présents sur le cadastre napoléonien (1834 en ce qui concerne Echandelys, les cadastres des communes adjacentes étant datés globalement dans la même décennie). En ce qui concerne Echandelys, plusieurs hameaux partagent des communaux.
Pour le cas du communal commun entre Cher et Coupat, l’enseignement à en tirer est simple. L’objet est situé à égale distance des deux centres de peuplements, et à leurs confins. Il s’agissait donc à l’origine d’une terre non attribuée, éloignée, et pour laquelle les deux communautés se sont mises d’accord pour se la partager. Une indication toute de même, les deux communautés ont dû se développer au même moment et arrêter leur finage de manière concomitante, sinon l’une ou l’autre aurait pris l’ascendant sur cette parcelle.
Pour le Buisson, la situation est autrement plus complexe puisqu’il partage plusieurs communaux avec respectivement Labat et Faux Plantat. La proximité de bien avec Faux Plantat peut être facile à expliquer. En raison du peu de distance qui sépare les deux noyaux de peuplement, et de l’importance à la fois en volume et en biens communs du Buisson, il est vraisemblable que Faux-Plantat est une zone de défrichement et de peuplement secondaire issue du Buisson qui a cédé en partage la possession et l’usage partiel de la totalité de ses communaux. Faux Plantat a donc été postérieur (peut-être de peu) à l’implantation du Buisson. On peut aller plus loin encore sur la partie commune entre le Buisson et Labat. Si les parcelles qui leur sont communes sont géographiquement cohérentes, situées à mi-distance de chaque hameau, on est interpellé par la présence d’un communal appartenant uniquement à Labat et occupant toute la volumineuse parcelle situées immédiatement à l’est. A l’origine, Labat occupait donc un territoire qui s’étendait jusqu’à Chabreyras., englobant le Buisson, Faux Plantat, s’arrêtant aux confins de Coupat, la Bournerie, les Epines et la Faye. Secondairement, un noyau de peuplement correspondant au Buisson a vu le jour, nécessitant un nouveau partage des terres communes, donnant naissance lui-même à Faux Plantat. Il est alors vraisemblable que la vitalité des sites Labat, le Buisson et Faux Plantat ont permis d’empiéter largement sur le finage de Chabreyas qui semble être totalement amputé de son espace géographique situé sur toute sa moitié nord-ouest. Son existence, au moins aussi ancienne que celle de Labat, a été largement remise en cause par sa moindre vitalité démographique, entraînant une perte de substance de son territoire au nord-ouest par le Buisson et au sud-est par Fiosson qui a certainement , vu sa forme résiduelle, largement empiété sur le communal de Chabreyras.
Parel et Fiosson semblent avoir toujours eu un sort commun, évoquant une sorte de gémellarité de hameaux. Leur terre commune renforce cette hypothèse. Ce pôle jumeau s’est vraisemblablement développé dès le XIIIe siècle autour du site de Montchalin, puis Montchal, devenant Montchal sive Parel, puis Parel-Montchal et enfin Parel dans les textes successifs déjà abondamment cités. Parallèlement à cette évolution sémantique et vraisemblablement géographique, est né le site de Fiosson par dédoublement (en débordant sur le communal de Chabreyras comme nous l’avons vu plus haut). Restait alors une terre commune aux confins du finage dont l’éloignement géographique et la piètre qualité n’ont pas rendu nécessaire le partage.
Une certaine simultanéité de peuplement a dû présider à la mise en valeur des hauteurs de crête, anciennes possessions fiscales comme en témoigne les communaux partagés entre Parel (et donc Fiosson), Deux Frères, le Charbonnier et Lenrama, ces deux derniers étant situés sur Fournols. Toutefois, cette mise en valeur a été plus tardive que celle du coteau puisque le communal du Cluel, situé relativement à distance du hameau, s’enfonce comme un coin entre les possessions de Parel et de Deux Frères sur lequel elles sont venues s’appuyer. Enfin la présence d’un communal important en superficie, appartenant à Deux Frères et situé sur le territoire de Fournols rend compte du processus complexe et finalement tardif de stabilisation du territoire paroissial. On en retrouve deux autres exemples en la présence sur le territoire d’Echandelys de communaux appartenant à Fougères et à Limoges (Aix-la-Fayette) au sud ainsi que de communaux appartenant aux Epines (Condat-les-Montboissier) situés entre Roure et Labat, au nord-ouest de la commune.
Enfin, nous retrouvons de vastes communaux appartenant à la fois à Coudeyras et à Lospeux, rendant probable comme nous l’avons déjà évoqué, une origine commune à ces deux noyaux de peuplement qui se sont dédoublés ultérieurement.
Lorsque nous agglomérons ces communaux avec les forêts privées (bois du Marquis, de Guérines, de Mauchet) et la forêt domaniale de Bois Grand, nous obtenons une reconstitution des terres fiscales, saltus initial, prenant la forme d’un fer à cheval ouvert sur la vallée du ruisseau de la Maillerie, entourant les sites initiaux de fixation de la population autour d’Echandelys et mis à mal à la fois par les usurpations plus ou moins tolérées à la fois par les seigneurs locaux (les différents « bois ») et par les habitants mettant en valeur le terroir (les communaux).

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Les données du terrain.

Elles sont issues non seulement d’années de « promenades » plus ou moins orientées sur le terrain, mais aussi de faits rapportés par la tradition populaire dont tous n’ont pu être vérifiés.
Nous ne reviendrons pas longuement sur la motte castrale de la Foresterie, ayant fait l’objet d’une parution récente dans les Chroniques 2016 du GRAHLF (La motte castrale de la Foresterie, commune d’Echandelys (Puy de Dôme par D Lejeune). Ses caractéristiques (ouvrage en terre fossoyé), son absence dans les textes anciens, la rendent contemporaine de la seconde grande ouverture du couvert forestier pendant le haut moyen âge. Sa durée d’utilisation s’étendant au plus du Xe Au XIIIe siècle, elle a été abandonnée en raison du reflux démographique lié à la Grande Peste et à la Guerre de Cent Ans, entraînant un abandon de la mise en valeur des terres hautes et ingrates au profit des lieux de peuplement plus anciens plus fertiles et faciles à travailler. De plus, la situation entre les différents pouvoirs féodaux s’étant stabilisée, il n’était alors plus nécessaire de conserver un pion avancé dans la guerre d’influence menée par les familles de Montboissier, de la Fayette et de Guérines. On passe alors de châteaux sans seigneurs, à des seigneurs châtelains puis à des seigneurs sans château. Notons que cet ouvrage n’a laissé aucune trace dans le parcellaire napoléonien comme le montre la carte ci-dessous.

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Plus mystérieux est le site nord-ouest du village d’Echandelys où plusieurs éléments convergent pour en faire un site historiquement significatif. Tout d’abord la tradition orale en fait, comme pour la motte castrale de la Foresterie, le site du château primitif d’Echandelys, avant celui édifié par la famille des Roys. La présence d’une croix de pierre ancienne non datée, située sur une butte, surplombe l’arrivée au village par l’ancien chemin. Cette butte est actuellement un terrain communal. Elle fait face à une plantation de sapin dans laquelle on retrouve difficilement, compte tenu de la végétation, un fossé semi-circulaire coupé en deux par une levée de terre. La parcelle plantée est bordée au nord-ouest par un ruisseau dont le cours sillonne dans une petite vallée dont la paroi sud est abrupte, formant un talus de 2 mètres de hauteur environ. Plus en amont, ce ruisseau passe dans une petite vallée totalement encaissée dont la régularité donne l’impression d’avoir été creusée de main d’homme. Il prend sa source une peu plus haut, après avoir encerclé Echandelys par le nord, au niveau de la Parade, dans une zone actuellement marécageuse. Il se perd en aval après avoir traversé la route départementale 39 au niveau de la station d’épuration. Au niveau de sa source, dans cette zone marécageuse, a été creusé en 1985 un étang par Mr Christian Salah. Ont été découverts dans la terre extraite du futur étang de nombreux silex et pointes de flèches signalés à la Direction des Antiquités d’Auvergne, mais aussi des boules de pierre d’un diamètre de 10 à 15 cm, deux auges en pierre, mais aussi des pieux de bois enfoncés à intervalle régulier. Malheureusement aucune photographie n’a été réalisée à l’époque. Si les boules de pierre sont d’origine et de fonction indéterminées, les auges peuvent correspondre à une ancienne exploitation agricole située à proximité et connue par un seul texte daté de 1596, contrat de profession de religieuse d’Esteil(111) faite par dame Françoise des Roys, fille de noble Vital des Roys, dont la pension est assurée par les revenus d’ung mas et tenement au dict sieur appertenant, apellé de la Barbye, contenant entour vingt sestérées de terre, consistant en terres ouvertes, prés et pacturages, situé bien proche le lieu d’Eschandellis, et y a de pré pour faire annuellement envyron neuf chards de foing, lequel tenement ce confine jouxte le paschis de Jehan CHOUCHON, et Annet des VIEZ, et le chemin tandant d’Eschandeliis, au village du Mas, d’autre part, ung ruisseau d’aultre et le chemin tendent du village du Cluel à Montboissier, des aultres parties ; et n’a seu dire le dit sieur, d’où le dit tenement est mouvant. Les piquets de bois placés à intervalle régulier et dont la conservation a pu se faire dans ce sol tourbeux gorgé d’eau sont peut-être à l’origine d’une palissade dont le nom de la Parade, pourtant récent correspond à la réminiscence d’états anciens occultés mais non oubliés par la mémoire populaire. Il pourrait alors s’agir d’une clôture de défense de la basse cour d’un ouvrage fortifié du haut moyen âge dont les défenses nord et nord-ouest étaient assurées par le creusement du fossé laissant passer le ruisseau actuel et le flanc ouest par la déclivité naturelle du terrain.

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Photographie aérienne Geoportail avec fond cadastral moderne.

Il pourrait donc s’agir d’une motte castrale dont le point haut (le donjon ?) correspondait à la butte de la Croix, entourée d’une ou basse cour protégée par le fossé actuellement situé dans la plantation, le tout entouré sur le flanc nord par un ruisseau créé à partir de la zone marécageuse entraînant une protection supplémentaire sur une zone plus difficile à défendre, au contact de laquelle était située une exploitation agricole, la Barbye, ancêtre de la Parade. Il faut enfin signaler un témoin de l’occupation ancienne de la partie ouest du bourg en la présence dans la maison appelée « la Forge », dont l’activité a perduré jusqu’au début du XXe siècle dans l’activité de maréchal-ferrant, d’une pierre gravée de la date 1505 dans la partie ancienne de la maison(112). On ne peut exclure toutefois la possibilité d’une pierre de réemploi.
Tout aussi mystérieux est le site des Enclos. Fief noble, connu comme le plus ancien lieu habité de la commune, avant même Echandelys, tenu en fief par Robert des Enclaux lors d’un acte passé à la Saint Martin d’hiver 1199, il est réputé être le lieu de souterrains découverts à l’occasion de leur effondrement dans les années 1950 1970. Là encore, il n’est pas possible de retrouver de documents photographiques mais ces effondrements se sont situés à deux endroits différents matérialisés (1) et (2) sur le plan suivant. Le souterrain (2) serait le siège d’un embranchement en forme de patte d’oie. Loin d’accréditer la thèse de souterrains reliant le château d’Echandelys à celui d’Aix en passant par le Rouvet, voire à la motte castrale de la Foresterie, ces cavités peuvent correspondre aux caves d’anciens édifices aujourd’hui disparus. Cette hypothèse est renforcée par la souvenir d’une tour d’angle en pierre située dans une plantation en bordure du site et dont les pierres ont été exploitées par les habitants des villages voisins. Une autre tour se situerait plus haut dans les bois mais compte tenu de l’importance de la végétation, elles n’ont pas été retrouvées. Enfin, la tradition populaire situe une chapelle totalement détruite dans le champ voisin. La dégradation des anciens bâtiments se serait déroulée en partie à la Révolution Française(113). Le mécanisme d’évolution des Enclos a donc été comparable à celui des fermes riches de Belgique, apparues avant la fin du XIIe siècle, entourées de fossés et parfois de structures défensives, tenues par des milites, souvent cadets de familles nobles. Leur rôle a été uniquement celui de colonisation de l’espace agraire, d’entreprises de défrichement. Ce sont moins des châteaux que des fermes fortifiées qui ont perdu leur caractère défensif et seigneurial avec le temps comme l’a démontré S Mazurier dans sa thèse (voir bibliographie).

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Photographie aérienne Googlemaps sur fond de cadastre napoléonien

Enfin, dernière glane, il existe non loin du site du moulin du Mas, en amont du moulin Neuf, une zone de mise en valeur du petit ruisseau descendant au dessous de Coupat. Il s’agit d’un enrochement du ruisseau sur une distance d’environ 12 mètres, formant un canal de 60 cm ce largeur sur autant de profondeur, fait de pierres vraisemblablement taillées mais non calibrées. La profondeur en est difficile à évaluer compte tenu de l’ensablement du canal, seule une fouille permettrait d’en étudier le fond. L’extrémité nord-ouest de cette structure semble se perdre sous un talus d’origine artificielle permettant la présence à son sommet d’une terrasse plate supportant un chemin d’accès menant au chemin tendant d’Echandelys à Coupat et au moulin Neuf en passant par le moulin du Mas. Toutefois, à hauteur de cet ouvrage, le chemin s’interrompt et fait l’objet d’un petit talus, réalisant une plate-forme supérieure d’environ 50 cm. Cette construction entraîne une accélération du courant du ruisseau dont le débit est relativement élevé compte tenu de la faible importance de ce cours d’eau. Celui-ci, mêlé au ruisseau provenant de Parel, alimente la retenue d’eau permettant de faire tourner le moulin Neuf. Il est vraisemblable que cet aménagement permettait de faire tourner une roue de moulin par la technique de la roue en dessous, soit par la technique de la roue de côté car il existe à la fin du chenal une dénivellation d’environ 80 centimètres. La dernière hypothèse est que la plate-forme sus-jacente ait été le siège d’une retenue d’eau alimentant une roue de moulin verticale par le dessus et dont le canal permettait l’évacuation des eaux. Une prospection plus en amont sur le ruisseau n’a pas permis de confirmer cette hypothèse car il n’existe aucun ouvrage évoquant une prise d’eau sur l’amont du ruisseau et aucune structure ressemblant à un bief ruiné n’a pu être mise en évidence. Mais l’ouvrage aurait été abandonné depuis plus de 400 ans … Jusqu’à ce jour aucun reste du moulin proprement dit n’a été retrouvé dans ce secteur boisé. Toutefois, la majeure partie de cette construction ayant dû être en bois, elle n’a certainement pas laissé de trace apparente, les pierres ayant été réutilisées pour la construction de maisons à Coupat, au moulin du Mas, voire à la construction du moulin Neuf.

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Vue générale vers l’aval
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Vue partielle vers l’amont avec en haut le talus supportant la terrasse plane
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Détail du canal
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Détail des pierres appareillées

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Quelques documents(114) du milieu du XVIe siècle font état lors de la description des confins des tènements du Molin et de Siberghes d’un chemin tendant de Seytadour de Coppat au village de Chers. Les premières mentions du moulin Neuf apparaissant à la fin du XVIIe siècle, il est vraisemblable que ce dernier a pris la place du moulin ancien, le Seytadour de Coppat, dont la technologie et la faiblesse du ruisseau l’alimentant ont rendu le remplacement nécessaire. Toutefois, faute de preuve archéologique formelle, la certitude topographique de ce seytadour (c’est-à-dire moulin utilisé pour scier le bois) n’est pas établie, cet ouvrage pouvant avoir été situé plus en aval comme en témoigne le toponyme « le citadoux » présent dans le cadastre napoléonien et dont la situation est matérialisée sur la carte ci-dessous par une aire jaune. Toutefois, une vérification sur le terrain n’a pas permis de retrouver un emplacement favorable à la construction d’un moulin à cet endroit. Le seul ouvrage retrouvé est l’origine du bief permettant l’arrivée de l’eau aux roues du moulin de Géry et qui est situé à la pointe sud-ouest des parcelles porteuses du toponyme « le citadoux » du cadastre napoléonien.

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Image satellite Googlemaps sur fond parcellaire du cadastre napoléonien

ANALYSE DU PARCELLAIRE.

Une remarque s’impose tout d’abord en observant les lieux habités tant en 1834 que antérieurement en particulier au XVIe siècle lorsqu’il a été possible de les localiser, même approximativement. Une grande majorité est située à flanc de vallée, à proximité des cours d’eau, non en fond de vallée, mais sous la crête. Cette situation évite les zones trop humides, voire inondables et protège des aléas climatiques en restant sous le vent. Une disposition analogue avait été remarquée par L Gachon dans son étude sur Brousse-Montboissier : Les lieux habités fuient les gorges, les creux, pour se retirer jusque vers l’extrême amont des vallonnements où les eaux se rassemblement avant de s’écouler. […] C’est à dire que l’habitat recherche avec le soleil, la bonne terre bien drainée des replats haussés au-dessus des gorges ombreuses, au-dessus des versants ravinés et rocheux comme des fonds mouillés à narses, à « nautes » plus ou moins marécageuses. […] Là s’observe une ligne de sources et une ligne d’écarts reproduisant le dessin même des vallonnements selon une courbe de niveau qui irait en se relevant de quelques mètres vers l’amont. La racine dorsale du peuplement est constituée par le ruisseau de la Maillerie, provenant de Condat les Montboissier, avec une branche secondaire constituée par la vallée secondaire remontant vers Aix la Fayette. Les vallées correspondent aux principales voies de pénétration, induisant une mise en valeur de l’espace par contiguité. Echandelys est alors située sur un plateau entouré par le ruisseau de la Maillerie au sud et la ruisseau du Mas au nord. Les sites de peuplement du nord de la paroisse sont en rapport avec la haute vallée de l’Ailloux. Ce fait explique probablement la pénétration de la famille de Serment à partir de Condat, remontant vers les Enclos, les bois de Saignelade (Sagnerade), venant au contact de la forêt de Bois grand par le sud.

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Cette prééminence de l’hydrographie dans l’évolution du peuplement se retrouve dans le parcellaire sous la forme d’une unité morphologique ponctuelle(115) particulièrement fréquente, les corridors hydro-végétalo-parcellaires. Ce sont des unités morphologiques créées par la présence de rivières, ruisseaux ou paléochenaux et dont le dessin en bandes le long des cours d’eau ressort nettement. Elles ne se résument cependant pas toujours au lit majeur du cours d’eau car elles peuvent se développer plus largement, hors des strictes limites des lits. Toujours dans cette étude concernant le bocage vendéen, la relation avec l’habitat apparaît très forte puisque 80% des habitats relevés sur les photographies aériennes de 1950 se trouvent à 200 mètres ou moins d’un corridor. Dans le cas d’Echandelys, s’il s’avère que l’habitat est effectivement situé à proximité du réseau hydrographique, il n’est pas possible de mettre en évidence ces corridors, les unités morphologiques obéissant à d’autres critères. Trois critères semblent se dégager de manière significative.
Le premier est le rôle structurant de l’habitat. L’espace s’organise en une juxtaposition d’unités morphologiques dites curvilignes, voire circulaires, centrées par les hameaux. Elles développent parfois un dessin radial associé, le plus souvent en rapport avec le réseau viaire d’exploitation le desservant. Certains de ces cercles sont réguliers car situés à distance des unités adjacentes, comme celle de Deux Frères ou de Cher, alors que d’autres sont déformées par les unités adjacentes avec lesquelles elles entrent en conflit. La détermination de ces unités est peu convainquante en ce qui concerne deux régions. Tout d’abord, elle ignore les région de peuplement ancienne groupées autour des vallées du Ruisseau de la Maillerie et de celle qui, partant du ruisseau de la Maillerie, rejoint Aix la Fayette par le Rouvet. Il s’agit dans ces zones d’un peuplement et d’une mise en valeur par contiguïté et non pas comme pour les unités circulaires de manière radiaire en partant d’un centre de peuplement central. De plus la réécriture des mise en valeur des sols a été telle que l’enchevêtrement des traces rend illusoire la caractérisation de celles-ci. Ensuite, les abords des terres fiscales déforment le schéma traditionnel des unités curvilignes avec des petites parcelles d’exploitation au centre, près du lieu habité et des parcelles communes plus vastes en périphérie, en l’étirant de manière importante avec un pôle habité entouré de petites parcelles de mise en valeur personnelle et à distance un pôle de terres communes issues du saltus voisin dont les caractères écologiques diffèrent peu (landes, bois taillis ..), d’autant plus que les usurpations avec exploitation sans autorisation de ces espaces publics a été dans l’histoire monnaie courante comme en témoignent les efforts des gardes des Eaux et Forêts pour maintenir un semblant de futaie dans Bois Grand. Ces étirements sont parfaitement caractéristiques pour le couple Coudeyras-Lospeux, la Foresterie, le Cluel et un peu moins marqués les zones de Fiosson Parel Montchalin et Deux Frères. Reste alors le tiers nord de la commune pour lequel on peut déterminer deux centres de mise en valeur initiaux, Labat et Chabreyras, qui ont tout deux subi un sort très différent. Si Labat a souffert de la mise en place d’un centre de peuplement secondaire au Buisson puis à Faux Plantat comme le suggèrent les formes de leurs unités curvilignes respectives, Chabreyras a presque totalement disparu sous la prise d’importance progressive du Buisson et de Fiosson qui a totalement amputé ses communaux initiaux en réalisant dans ceux-ci une poche de mise en valeur visible sous la forme de petite parcelles enfonçant totalement le grand communal de Chabreyras. Il est par ailleurs vraisemblable que le développement du pôle Fiosson à partir de Parel, plus ancien et certainement appelé auparavant Montchal ou Montchalin, a empiété sur les communaux du Mas dans leur partie nord-est. Le Mas a par ailleurs été aussi « victime » du développement de Coupat dans sa partie ouest. La forme des unités curvilignes semblent apporter la preuve d’un développement concomitant de Coupat et de Cher. A partir de cette analyse, nous nous retrouvons bien loin de l’opinion courante à la fin du siècle dernier selon laquelle les clairières circulaires de mise en valeur étaient obligatoirement moyenâgeuses. La forme ne permet de déduire que le type de mise en valeur, défrichement à partir d’un noyau de peuplement central, mais en aucun cas de dater ces évènements. Il est par ailleurs notable de constater que l’on arrive aux mêmes conclusion concernant la cinétique du peuplement que lors de l’analyse des communaux. De même, cette étude morphologique conforte l’hypothèse d’une filiation Fiosson à partir de Parel-Montchal ainsi que le dédoublement d’un site initial de peuplement ayant donné Lospeux et Coudeyras (à partir du coudert de Lospeux ?).

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Une étude plus géométrique est rendue possible par l’utilisation du diagramme de Voronoï. Sans entrer dans les détails mathématiques, il s’agit du pavage d’un plan en différents polygones (appelés cellules) contigus tel que chaque point de la cellule est plus proche du point interne (ou germe) que de tous les autres points des autres polygones. Nous avons choisi comme point interne tous les lieux d’habitation de 1834 en excluant les écarts et les moulins sans autre type d’habitation à proximité. Ce diagramme permet d’évaluer géographiquement la zone d’influence d’un lieu. Elle ne tient toutefois pas compte de l’importance démographique d’un lieu habité (ce qui peut être un avantage car celle-ci n’est pas toujours connue pour des périodes reculées et dépend du type de mise en valeur du terroir), mais aussi des caractéristiques géographiques (topographiques et hydrographiques) ainsi que du type de couverture et de la propriété foncière (excluant l’influence des zones de fisc). On peut alors constater la faible importance de l’aire de Lospeux, ce qui renforce l’hypothèse de la présence primitive d’un seul centre Coudeyras-Lospeux. Ensuite, on remarque la similitude morphologique entre le couple Parel-Fiosson et le couple la Faye-Labat, ce qui constitue une surprise pour ce dernier, mais pas pour l’étude la Faye qui n’a laissé jusqu’à présent que peu de matière à conjoncture. Son intégration permet de recentrer l’importance de ce noyau de peuplement plus vers le nord, expliquant la place laissée au sud pour le développement de la zone du Buisson et de Faux Plantat. Enfin, cette construction redonne son importance initiale à Chabreyras et ampute Deux Frères de ses communaux extra paroissiaux, occultant par là le caractère ancien de ses origines. Se dégagent donc au vu de la carte deux groupes. Un premier situé à proximité des zones de pénétration du peuplement, fait d’unités de petite tailles (Cher, Coupat, le Mas), et un autre groupe, pas forcément plus tardif mais plus à proximité de « l’impénétrable forêt » ou désert du haut moyen âge, fait d’unités de plus grande taille parfois déformées en bandes occupant ce saltus méconnu par cette méthode d’analyse, mais proche de la forme bi-polaire de ces centres de peuplement que nous avons évoquée plus haut (la Faye-Labat, Chabreyras, Fiosson-Parel-Montchalin, Deux Frères, la Foresterie-la Cibaudie, Coudeyras-Lospeux).

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Les deux derniers correspondent à la possession foncière du sol considéré. Les zones appartenant à l’ancien fisc, puis domaine royal, nous l’avons déjà vu, restent représentées par les forêts formant un fer à cheval entourant les vallées du ruisseau de la Maillerie ainsi que du Mas, siège d’Echandelys et de ses abords. Il s’agit de grandes parcelles, à contours irréguliers et dont une bonne partie correspond en 1834 à des communaux de hameaux. Cette différence se poursuit à une échelle moindre dans le type de possession foncière même, noble ou paysanne. Les grandes parcelles sont l’apanage des terres nobles et tenues directement ou sous forme de métairies par le propriétaire. On retrouve cet état au niveau des hameaux de l’Anglade, des Vers, de la Cibaudie, du bourg d’Echandelys et dans une moindre mesure des Enclos. En contrepartie, le parcellaire de Deux Frères, de Parel-Fiosson, de la Faye-Labat, de Cher entre autres est particulièrement découpé, fait parfois de lanières parallèles correspondant à des lanières de défrichement, c’est-à-dire à un partage de terres initialement communes, défrichées ensemble, mais mise en valeur séparément car de propriété finale individuelle. Cette différence de taille tient aussi au fait de partages successoraux plus délabrants pour la propriété pour les petits paysans que pour les propriétaires nobles qui peuvent , même si le coût en est parfois important, désintéresser les cadets. Il est par ailleurs notable que tous ces hameaux issus et mis en valeur par leur propriétaire noble, comportent aujourd’hui peu d’habitants, voire sont abandonnés, et ne présentent pas de communaux, ceux-ci étant confondus dans les limites de ces anciennes métairies par des parcelles de bois comme aux Bordes, aux Enclos, à Roure, voire à l’Anglade. Seul le Cluel semble avoir été le siège d’une métairie de création secondaire, au cours de la Renaissance, comme L Gachon en a décrit bon nombre à Brousse-Montboissier, de riches propriétaires, par forcément nobles, achetant des terres contiguës pour un faire un domaine viable, confié à un métayer. Reste le mystère de Coupat qui, sans aucune trace écrite de possesseur noble, est le siège de toutes leurs caractéristiques précédemment décrites. Peut-être faut-il y voir comme pour d’autres couples paroissiaux déjà célèbres, le site jumeau de peuplement de celui de Courbadour, connu seulement par une liève de 1690(116) rédigée par le bailli de Montboissier pour le compte du seigneur de Chabannes, Gabriel de la Gardette. Situé au nord de Coupat, il comptait en 1690 14 petits propriétaires. Il faut noter par ailleurs que certains documents (registres paroissiaux et levées de taille), considèrent Coupat comme une métairie.

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Nous nous sommes basés, pour cette étude du parcellaire de la commune d’Echandelys, de la seule représentation cartographiée disponible, à savoir le cadastre napoléonien levé en 1834. La démarche est-elle valide et peut-on constater une certaine pérennité des formes ? La seule réponse possible actuellement en l’absence d’autres documents retrouvés, est une comparaison avec les plans terriers conservés au château d’Echandelys. Malgré leur conservation parfois médiocre (en ce qui concerne la partie Echandelys-Langlade), ils ont été numérisés et géoréférencés pour être intégrés au SIG comportant le cadastre napoléonien. Comme ils ne permettent d’étudier qu’un seul type de propriété foncière, la propriété noble en faire valoir direct ou indirect, ils ne sont donc pas représentatifs de l’évolution du parcellaire de l’ensemble du territoire communal. On peut toutefois observer une remarquable stabilité des formes générales. Dans le détail, apparaît une plus grande simplicité avec une présence de parcelles plus grandes au XVIIe qu’au XIXe siècle, sauf pour le territoire des Bordes dont l’organisation est restée à peu de chose près identique. Cette constatation va paradoxalement de pair avec l’appauvrissement toponymique constatée lors de la création du cadastre napoléonien. Plus les parcelles sont nombreuses et de petite taille, plus il est difficile de les distinguer. On procède donc à un renommage approximatif, fait de grands quartiers, faisant disparaître des toponymes intermédiaires ayant permis de distinguer des lieux de manière plus fine. Cette perte microtoponymique avait aussi été constatée par B VUE dans sa thèse consacrée à Neuilly-l’Evêque (voir en bibliographie). Ce n’est qu’à partir de la Révolution que ces domaines nobles, vendus à des particuliers, ont subi avec plus ou moins d’intensité la lois des partages successoraux. La résilience formes est donc, sur deux siècles, suffisante pour pouvoir en déterminer une certaine stabilité dans l’organisation spatiale. Il ne faut toutefois pas se leurrer, les bouleversements historiques, responsables de flux et reflux dans la mise en valeur du terroir, ont pu effacer totalement les traces antérieures comme nous l’avons constaté lors de l’étude sur la motte castrale de la Foresterie.

ESSAI CHRONOLOGIQUE.

Arrivé au terme de cette analyse, force est de constater que nous sommes bien loin de la seule étude du cadastre napoléonien, la richesse documentaire allant de pair avec la finesse de l’étude. celle-ci doit de plus composer avec deux paramètres perturbant à la fois la vision topographique et la vision chronologique des faits du peuplement. La premier consiste en une important richesse géographique, avec un relief marqué et un réseau hydrographique riche jouant un rôle initiateur important dans l’implantation de l’habitat comme nous avons pu le constater. Nous sommes loin de la pérennisation des formes protohistoriques ou de la centuriation romaine comme dans d’autres régions moins tourmentées. Le corollaire de cet état géographique est une reprise de la forêt rendant impossible toute prospection aérienne ou pédestre et de ce fait la localisation d’habitats disparus. Le deuxième élément perturbateur est la persistance linguistique de termes qui ont parfois même perdu leur signification pour les utilisateurs (comme par exemple la roche de Cher qui est en fait une redondance). Ainsi, tous les toponymes d’origine latine n’ont pas été forcément mis en place pendant l’antiquité, mais pour la plupart bien après comme l’a démontré M Roblin pour la région parisienne, le latin ayant été utilisé par les clercs et pour les documents officiels pendant le moyen âge.
Les découvertes d’outils néolithiques à la Parade nous confortent dans la présence ou tout au moins le passage de populations préhistoriques sur le territoire de ce qui sera la future paroisse d’Echandelys. La présence du grandiose tumulus de la Sibaudie, entre Fournols et Echandelys, où furent incinérés les cadavres des druides du monument voisin [c’est-à-dire les Pierres Folles], à l’époque de la guerre de Crassus attesté par le Dr Coste au début du XXe siècle est plus sujette à caution car l’ouvrage n’a pas été retrouvé ce jour. De même, nous ne pouvons affirmer, preuves archéologiques à l’appui, de la fixation d’habitats pendant l’antiquité tardive. Toutefois, la présence du Mas et de son corollaire géographique et toponymique la Pendarille indiquent une occupation autour d’Echandelys relativement précoce. La Mondeyre et la Juria, fondés sur des anthroponymes peuvent être un peu plus tardifs en particulier si l’on y associe Lissard témoignant d’un défrichement du haut moyen âge. Enfin, les Enclos, devenus ultérieurement fief noble, ont certainement été antérieurs ou au plus tard contemporains de l’établissement de la féodalité en même temps que Lissard agrandissait la Juria.

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C’est parallèlement à cette période que se met en place le réseau paroissial. Né d’un point de fixation religieux, la paroisse organise son espace autour du lieu de culte dans lequel tous les fidèles doivent pouvoir se retrouver pour la messe dominicale et que le desservant sillonne afin d’apporter les sacrements en particulier. Il s’agit donc d’une organisation économique, le prêtre devant en grande partie vivre des paroissiens qui le payent pour chaque prestation fournie. La paroisse doit dons être viable économiquement et ses paroissiens ont l’obligation de fréquenter seulement l’église et le prêtre qui y est rattaché. Les marges paroissiales sont tout d’abord floues puis les confins se précisent au fur et à mesure de la mise en valeur et de la création de l’habitat dans le finage. De quelle paroisse dépendront les futurs paroissiens ? Ces limites resteront longtemps floues. La Bournerie (Condat) et Lenramas (Fournols) sont par exemple considérés à certaines périodes comme faisant partie de la paroisse d’Echandelys. La proximité géographique de la Bournerie, faisant actuellement enclave dans la limite communale ouest d’Echandelys peut expliquer ce premier rattachement. Pour Lenramas, nous avons, en étudiant la répartition des communaux, constaté un bien commun à Deux Frères, Fiosson, Parel, au Charbonnier et à Lenramas. La mise en place de ces centres de peuplement a donc été antérieure à la délimitation des paroisses et un certain flou a perduré quant à l’appartenance de Lenramas. Enfin, le cas de Roure, comme dans une moindre mesure celui de Sagnerade, tient compte d’un autre mécanisme. Comment expliquer cette excroissance topographique du territoire de la paroisse d’Echandelys vers un centre pourtant potentiellement, Montboissier et son château ? Cet état tient son origine dans le fait que la création paroissiale est un mécanisme uniquement religieux et que l’importance du château et la répartition de l’influence topographique de la mouvance féodale n’a pas joué de rôle moteur. Montboissier n’a pas été capable de fédérer les énergies et la transformation de la chapelle castrale en église paroissiale n’a été que temporaire, la commune de Montboissier étant à ce jour rattachée à celle de Brousse. L’Eglise, avec la mise en place de ses prieurés monastiques, a su offrir en même temps l’encadrement religieux et les espaces de mise en valeur des terres. Ce phénomène a été mis en valeur dans nombre de régions françaises dans lesquelles le château n’a pas représenté un point de fixation de la paroisse et de la future commune. L’étude des diagrammes de Voronoï de la carte ci-dessous met en évidence une meilleure cohésion de la répartition dans l’espace des paroisses si l’on part des églises présentes (traits pleins) que des châteaux à motte (traits pointillés), même s’il est vraisemblable que l’on méconnaisse bon nombre de mottes castrales, ce qui entraînerait une densification des cellules. Cette construction mathématique n’explique toutefois pas la relative grande taille d’Echandelys par rapport aux paroisses voisines qui ne peut s’explique que par une certaine antériorité de celle-ci, ainsi que la position de Roure, qui bien que plus proche de l’église de Montboissier, a intégré la paroisse d’Echandelys, traduisant la prééminence de l’Eglise sur le Château.

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Parallèlement à la mise en place du réseau paroissial, on assiste à une mise en valeur des terres dont les toponymes d’origine germanique (les Littes, les Bordes, Siberge, Lalo) peuvent être témoins, mais dont la trace est surtout attestée par les toponymes évocateurs de couvert forestier primitif.

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C’est pendant cette expansion démographique, nécessitant la mise en culture de terres nouvelles, que se met en place les différentes familles nobles que nous avons étudiées, avec la poussée des Pailler-Montboissier venant du nord-ouest et celle des Mottier-la Fayette et Guérines venant du sud-est, source de conflits pendant tout le XIe siècle. Mais cette expansion, encouragée par les différents établissement monastiques, va perdurer jusqu’au début du XIVe siècle, si bien qu’un bon nombre de lieux habités encore aujourd’hui existaient déjà. Mais la survenue d’aléas climatiques (pluies excessives) puis l’arrivée de la Grande Peste (1348-1381) et de la guerre de Cent ans (1353-1392) vont changer la donne. La mortalité, d’environ 30 à 50 % de la population a été très variable avec des localités très touchées, à plus de 50% et d’autres, pourtant voisines, beaucoup moins. On observe alors vraisemblablement un recul du peuplement vers des zones plus riches, des vallées depuis longtemps mises en valeur et l’abandon des terres moins fertiles, plus hautes en altitude. L’importance de cet abandon ne peut être évalué de manière objective mais la richesse des toponymes évoquant des espèces végétales ayant proliféré sur des espaces abandonnés est parlante. Si les Friches situées entre le Cluel et la Foresterie ne prêtent pas à confusion, la Bessière, situé au confins de Deux Frères et au contact de la forêt de Bois Grand témoigne de l’importance de la mise en valeur de l’espace avant cette déprise. Il n’est toutefois pas possible de savoir si cette perte démographique a entraîné l’abandon de villages entiers ou seulement, comme c’est le plus vraisemblable compte tenu de la topographie de ces lieux, un abandon de l’exploitation des parcelles les plus éloignées, les plus difficiles à cultiver.

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Puis au XVe siècle, l’essor permet une multiplication progressive de la mise en valeur et de l’habitat avec un phénomène totalement occulté par la toponymie napoléonienne compte tenu de son caractère réducteur, mais particulièrement mis en valeur par les textes des XV et XVIe siècles. On y constate en effet une multiplication des lieux habités, ceux-ci ayant rapidement disparus par la suite, comme si la mise en valeur du sol s’accompagnait de la multiplication d’unités rurales isolées et que la concentration de l’habitat en hameaux ne s’est faite que secondairement, alors que bon nombre de hameaux existaient déjà. On remarquera sur la carte ci-dessous que nombre de ces habitats se concentrent sur des lieux anciennement peuplés, mais ce ne peut être dû qu’à un biais de sources, les principales données provenant des archives d’une même famille, la famille des Roys. Si la conservation et l’étude d’autres familles nobles comme les Montboissier ou les La Fayette avaient été possibles, il est vraisemblable que la carte aurait été d’autant plus enrichie. Ces toponymes étant absents du cadastre napoléonien, leur localisation a été rendue possible par la désignation de leurs confins. Elle est donc pour le moins incertaine. S’il n’est pas certain que le Courbadour ait été habité, la présence de la Sauvadière sur la carte de Cassini n’a été confirmée par aucun texte. S’agit-il d’une erreur de la carte ?

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L’Hostier, présent sur les registres de taille du XVIIIe siècle n’a quant à lui pas pu être localisé. Des prospections pédestres dans ces différentes zones ont permis de retrouver un serve vers le Brohlet ainsi que des murs en pierre sèche vers Codierre, mais la végétation de la rive gauche de la vallée du ruisseau de la Maillerie ne permet pas une étude fiable comme le montre la photographie ci-dessous.

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Vue de la vallée du ruisseau de la Maillerie depuis le chemin de Cher
avec au premier plan le moulin de Gery et au fond le village de Coudeyras.

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Tas de pierres et reste de mur sur l’éventuel site de Codierre

Des murs de soutènement traduisant une exploitation agricole avec terrasses ont par ailleurs été mis en évidence dans ce secteur comme dans beaucoup d’autres sur le territoire de la commune.
Enfin, la disparition de ces toponymes et de leur trace comme lieu habité dans les registres d’état civil et de taille prouve une reconcentration de l’habitat en hameaux atteignant plusieurs centaines d’habitants comme en témoignent les recensements du XIXe siècle. Les habitats liés à une mise en valeur noble, devenus des métairies après la Révolution française ont vu quant à eux leur population décroître avec la disparition actuelle d’un certain nombre d’entre eux (Roure, les Bordes, les Enclos par exemple). Ce mécanisme explique aussi peut-être le déclin beaucoup ancien de Chabreyras dont l’origine est plus ancienne comme nous avons pu le voir en étudiant ses communaux, que sa toponymie animalière pouvait l’évoquer. Il tire certainement son origine de Caprius, homme de l’antiquité tardive ou du haut moyen âge, et dont le type de propriété et de mise en valeur n’ont pas permis l’attachement d’une population importante, expliquant son déclin.

Ainsi se clôt j’espère temporairement cette étude, en attendant de donner site par un 3e volet de l’aventure, sur les « affinités électives » liant toponymes et patronymes, fondement de l’onomastique.

NOTES : 

(1) Voir références en bibliographie.
(2) Archives privées de la famille des ROYS, château d’Echandelys.
(3) Voir références en bibliographie.
(4) Voir références en bibliographie.
(5) L DROUOT Notes et documents pour servir à l’histoire du Livradois du Vallorgue et de la vallée de la Dore Tome 2 GRAHLF 1994 Document 6 p73 et suivantes (Archives privées).
(6) Archives départementales de la Haute-Loire Fonds de l’abbaye de la Chaise-Dieu 1 H 48.
(7) Voir la bibliographie.
(8) Les mots curtis et villa ont souvent été utilisés de manière identique et il n’est pas facile de faire la différence entre les deux. Mais le mot villa semble avoir été appliqué de préférence à un fond constitué par la réunion d’exploitations paysannes dont les maisons formaient un village ou un quartier de village.
(9) Archives départementales du Puy-de-Dôme microfilm 1 Mi 183 folios 44 et 48.
(10) Archives départementales du Puy-de-Dôme microfilm 2 E 0 2467.
(11) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(12) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(13) [ le Brouhlet ] Copie du XVIIIe d’une déclaration notariée in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(14) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(15) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(16) Acte de vente Document non classé des Archives départementales du Puy-de-Dôme aimablement communiqué par Lucien DROUOT.
(17) Prise de possession de la terre de Guérines par Jean François Micolon in C MICOLON de GUERINES Le fief et les seigneurs de Guérines in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(18) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(19) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(20) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(21) Copie du XVIIIe d’une déclaration notariée in Drouot XI doc 3 p114 et suivantes.
(22) Déclaration des habitants concernant la forêt de Bois Grand in Drouot X 2005 doc 13.
(23) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(24) Liève rédigée pour Gabriel de la Gardette seigneur de Chabannes citée par J et F PARROT Livradois mon cher pays et par P COUPAT En haut Livradois COPPAT COUPAT, mais malheureusement non localisée.
(25) Ancienne reconnaissance des habitants de Deux Frères in JC DOUSSON Les forêts du Livradois au XVIIe siècle Chroniques Historiques HS n°37 2002 Chap 5.
(26) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(27) Copie du XVIIIe d’une déclaration notariée in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(28) Bornage de la forêt de Bois Grand in Drouot X 2005 doc 13.
(29) Prise de possession de la terre de Guérines par Jean François Micolon in C MICOLON de GUERINES Le fief et les seigneurs de Guérines in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(30) Projet d’aveu et dénombrement du fief de Guérines 1775 in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(31) Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(32) Liste d’appel au synode et enquête sur les procurations dues par les paroisses (Archives du Vatican) in PROU Pouillés de la province de Bourges.
(33) Prieuré casadéen uni à l’office d’ouvrier de l’abbaye de la Chaise Dieu, PROU Pouillés de la province de Bourges.
(34) Terrier de la rente du Livradois appartenant à Jean Olivier dit Callard seigneur de Freyssonnet in Drouot II doc 6 p.73 à 108.
(35) Taxe du don gratuit in PROU Pouillés des diocèses de Clermont-Ferrand et de Saint-Flour du XIVe au XVIIIe siècle p. 120 131 132.
(36) Robert des Enclaux nommé dans l’acte de foi et hommage du seigneur de Domaize à Guy de Montboissier in C MICOLON de GUERINES Le château, la terre et la seigneurie de Domaize Chroniques historiques n°21 1999 p.122.
(37) Guillelmus daus Enclaus Etat des feux des paroisses de la prévôté de Montferrand in Drouot III p.21 doc 6.
(38) Liève de la rente du Livradois appartenant à Jean Olivier dit Callard seigneur de Freyssonnet in Drouot III doc 13 p.114.
(39) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(40) Qui appartiennent à Mademoiselle de Condat Copie du XVIIIe d’une déclaration notariée in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(41) Lettre à l’intendant de la généralité d’Auvergne Archives départementales du Puy de Dôme 1 C 1668.
(42) Drouot VII p73 doc 8.
(43) Acte de vente Document non classé des Archives départementales du Puy-de-Dôme aimablement communiqué par Lucien DROUOT.
(44) Liève de la rente du Livradois appartenant à Jean Olivier dit Callard seigneur de Freyssonnet in Drouot III doc 13 p.114.
(45) Terrier de la rente du Livradois appartenant à Jean Olivier dit Callard seigneur de Freyssonnet in Drouot II doc 6 p.73 à 108.
(46) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(47) [ Frousson] Copie du XVIIIe d’une déclaration notariée in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(48) Déclaration des habitants concernant la forêt de Bois Grand in Drouot X 2005 doc 13.
(49) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(50) Déclaration des habitants concernant la forêt de Bois Grand in Drouot X 2005 doc 13.
(51) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(52) Lettre à l’intendant de la généralité d’Auvergne Archives départementales du Puy de Dôme 1 C 1668.
(53) Terrier de la rente du Livradois appartenant à Jean Olivier dit Callard seigneur de Freyssonnet in Drouot II doc 6 p.73 à 108.
(54) Langlade et Sucheyron Censive de Guérines 1485 in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(55) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(56) Censive de Guérines 1485 in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(57) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(58) Prise de possession de la terre de Guérines par Jean François Micolon in C MICOLON de GUERINES Le fief et les seigneurs de Guérines in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(59) Projet d’aveu et dénombrement du fief de Guérines 1775 in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(60) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(61) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(62) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(63) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(64) Compte de la taille levée pour la chevalerie de Philippe de Rouvres Arch. Nat R2* 31 cité par Michel ESTIENNE (voir biliographie).
(65) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(66) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(67) Prise de possession de la terre de Guérines par Jean François Micolon in C MICOLON de GUERINES Le fief et les seigneurs de Guérines in Le canton de Saint Germain l’Herm Chroniques Historiques HS n°14 1989.
(68) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(69) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(70) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(71) Dénombrement de la terre et seigneurie de la Fayette par Louis du Mottier in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(72) Arrêt du Conseil in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(73) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(74) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(75) Déclaration des habitants concernant la forêt de Bois Grand in Drouot X 2005 doc 13.
(76) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(77) Liève de la rente du Livradois appartenant à Jean Olivier dit Callard seigneur de Freyssonnet in Drouot III doc 13 p.114.
(78) Anthoine de TERRAULES sieur de Roure in Le canton de Cunlhat Chroniques Historiques HS n°20 1992 p. 27.
(79) Reconnaissance faite à Anthoine de TERRAULES seigneur de Roure in Drouot XIV 2012 p 176-177.
(80) Contrat de mariage de Benoiste HOSPITAL fille de Pierre GRANGER à Roure. Document non classé des Archives départementales du Puy-de-Dôme aimablement communiqué par Lucien DROUOT.
(81) Donation à Antoine de Serment de divers cens in L DROUOT Le chartrier de la Faye Essai de reconstitution (XIVe – XVIIIe siècles) doc 140 p.603 et suivantes.
(82) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(83) François de TERRAULES vends le domaine de Roure à François du SAULZET in Le canton de Cunlhat Chroniques Historiques HS n°20 1992 p. 30 et reproduction du document aimablement fournie par Lucien DROUOT (Archives départementales du Puy-de-Dôme J 845).
(84) Transcription d’un acte de donation de Robert comte de Boulogne et d’Auvergne à Gilbert de Motier seigneur de la Fayette in Drouot XI doc 3 p.114.
(85) Archives départementales du Puy-de-Dôme 2 E 0 1944.
(86) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(87) Copie du XVIIIe d’une déclaration notariée in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(88) Dénombrement de la terre et seigneurie de la Fayette par Louis du Mottier in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes.
(89) Déclaration des habitants concernant la forêt de Bois Grand in Drouot X 2005 doc 13.
(90) Archives départementales du Puy-de-Dôme B(IS) 739, B(IS) 740, B(IS) 741 et 4C 601.
(91) Archives départementales de Haute Loire 1 H 48.
(92) Archives privées de la famille des ROYS documents n° 71 et 72.
(93) Lettre cote 1 C 1668 AD du Puy de Dôme
(94) S MAZURIER Thèse citée.
(95) Opus cité.
(96) Jean COSTE Opus cité.
(97) M BOY voir bibliographie.
(98) Au XIe siècle, en pays de Retz, un seigneur décide de transformer une partie du territoire paroissial en forêt (dans le sens actuel du terme) et en chasse habitants et agriculteurs (J C MEURET in La paroisse communauté et territoire).
(99) Drouot XI doc 166.
(100) A partir du XVe siècle au moins, les habitants des villages entourant la forêt de Bois Grand mais aussi le bois de Mauchet payent une redevance au seigneur de Guérines et au seigneur de la Fayette leur donnant le droit de pacage et d’usage dans la forêt de Bois Grand. La famille des Roys fait état d’une sentence rendue en la châtellenie d’Usson le 22 avril 1567 lui donnant les mêmes droits sur la forêt. In Drouot tome X doc n°13.
(101) Certainement apparenté à la famille de Roche-Savine d’après M BOY Les premiers seigneurs de Roche-Savine in Chroniques Historiques du Livradois-Forez n°23 2001.
(102) Il est intéressant de noter que le castrum de Pallier dépendait de l’ancienne viguerie d’Usson, d’origine royale.
(103)  AD du Puy-de-Dôme 1 G 1 cote 43b pour le document de janvier 1239 et 1 G 1 cote 43a pour le document de juin 1239.
(104) Acte de reconnaissance de 1607 in Drouot XI doc 3 p.114 et suivantes à partir de : B.N. Cabinet des Manuscrits, Mss. Fr. 26275, n°l26 et A.D. du Puy de Dôme, 2 E 0 1945.
(105)  Ch MICOLON DE GUERINES Le château, la terre et la seigneurie de Domaize in Chroniques Historiques du Livradois-Forez n°21 1999.
(106) D LEJEUNE A l’origine, un mariage … in Chroniques Historiques du Livradois-Forez n°35 2013.
(107) Archives privées du château d’Echandelys.
(108) Archives privées du château d’Echandelys.
(109) AD du Puy de Dôme document non classé aimablement communiqué par L Drouot.
(110)  Archives privées du château d’Echandelys.
(111) Archives privées du château d’Echandelys famille des Roys n°95.
(112) Renseignements communiqués par Philippe Blanchy, actuel propriétaire de la maison.
(113) Renseignements fournis par Christian Salah.
(114) Reconnaissance des tennements du moulin de Siberges, en faveur de Marie de Bourdeille, dame des Bordes, mère de feu noble Claude des Roys, seigneur des Bordes du 15 novembre 1525, Sentence en faveur de demoiselle Marie de Bourdeille des Bordes veuve de noble homme Valentin des Roys du 5 juillet 1526 et Nommée du fief des Bordes par Antoine des Roys, fils de Valentin des Roys du 16 avril 1539, Archives privées de la famille des Roys pièces 71, 72 et 76.
(115) Par cette expression, on entend le niveau intermédiaire entre la masse parcellaire et les grandes formes organisatrices de la planimétrie d’après G CHOUQUER, repris par M WATTEAUX (voir bibliographie).
(116) Document non retrouvé ce jour.

 

REMERCIEMENTS.

Remerciements aux habitants d’Echandelys pour m’avoir fourni les renseignements présents dans cette étude, en particulier à la famille de MERODE, propriétaire du château d’Echandelys, pour m’avoir laissé consulter les archives familiales, messieurs Jean Charles ROCHE du château de la Cibaudie et Christian SALAT de la Parade.

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Annexe1 :

Données issues des registres de taille.

Annexe1a.jpg

Annexe1b.jpg

Annexe1c.jpg

Annexe1d.jpg

Italique : Cartier de la Fayette ; Souligné : Cartier de Montboissier ; Gras :domaine, métairie.

Annexe 2
ChronoGantTotal.jpg

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